Agnès Obel : "Je veux simplement faire émerger la lumière dans le noir"

Trois ans après le magnétique "Aventine", Agnès Obel nous invite de nouveau dans son univers feutré avec "Citizen Of Glass". Au travers de la voix, de la rythmique et du choix des sonorités, ce nouvel album est une expérience auditive unique. Entretien avec une artiste à part mais en totale connexion avec le monde.

© AlexBrüelFlagstad

Quelle a été votre source d'inspiration pour "Citizen of Glass" ?
Je voulais faire un album sur l'expérience d'être "fait de verre".  En Allemagne, le concept "Gläsener bürger" désigne le citoyen de verre.  En sciences sociales, cela mesure le degré d'intimité d'un individu. Je voulais, à travers ma musique, expliquer ma vision de cet humain dont la transparence est variable et que je perçois tel un matériau. Je pense que c'est typique de notre temps d'être individualiste. Je voulais exprimer ma vision de ce monde ultra connecté.

Comment vivez-vous ce monde ultra connecté justement ?
Je trouve que c'est une très bonne chose que les gens puissent s'exprimer à travers les réseaux. J'ai moi-même pu me faire connaître grâce à MySpace. Donc je sais à quel point Internet est un vecteur de communication puissant et un outil important dans le cadre de la liberté d'expression. Je redoute juste que les relations ne deviennent exclusivement digitales.

Le travail de votre voix a évolué dans ce nouvel album. Passant des aigus aux graves, parfois à la limite de la casse. On l'entend beaucoup plus que le piano qui était central dans Aventine. Est-ce une façon de montrer votre fragilité ?
Chaque chanson demande un état d'esprit différent. Certaines fois, je voulais que ma voix semble désespérée en montant dans les aigus. Dans Familiar, ma voix se brise presque. Je voulais, tout comme les facettes du verre, explorer de nombreux aspects de ma voix. Et de me montrer fragile, vulnérable.

On a la sensation d'une évolution, d'une nouvelle étape depuis Aventine mais aussi d'une continuité. Le ressentez-vous de cette manière ?
Effectivement. Quand je fais un album, je n'aime pas me répéter. J'aime faire quelque chose de nouveau.  J'ai envie d'explorer de nouveaux horizons et de ne pas me reposer sur ce qui fonctionne déjà. Même si je conserve toujours la même identité.

Pour les instruments, on retrouve toujours les cordes, très présentes. Mais aussi de nouvelles sonorités comme le singulier trautonium. Pouvez-vous nous parler de ces choix ?
Le trautonium sonne comme le verre. C'est très étrange. Les cordes, comme le violon ont un son organique, très naturel. Quand on les mixe avec le trautonium qui offre des sonorités métalliques, il en résulte une expérience assez unique. Je voulais donner la sensation que tout vole en éclats et le trautonium était parfait pour cela. Pour créer un joli bordel. (rires)

La rythmique est envoûtante. On pourrait presque la superposer à un film de Tim Burton. Aimeriez-vous composer pour le cinéma ?
Oui pourquoi pas. Peut-être un jour. Mais vous savez, vu le temps que je mets pour faire un album, je ne suis pas sûre de tenir les délais pour créer une musique de film ! (rires) Mais j'aimerais beaucoup vivre cette expérience au moins une fois. J'adore quand la musique devient un personnage à part entière. Je n'apprécie pas les comédies musicales par exemple.

© Axel Brüel Flagstad

Pour vos albums, vous composez, produisez, arrangez… Vous faites tout ! Est-ce une manière de contrôler votre art, de protéger votre identité ?
C'est surtout une manière d'être sûre que la musique vient bien de moi. Je veux que les sons que j'entends soient les mêmes que j'imagine dans ma tête. Cela  demande forcément beaucoup de contrôle autour de ma musique.

Avez-vous le sentiment d'être une artiste à part ?
Je ne sais pas. Je me sens moi-même et c'est déjà une chance. Je ne veux pas que ce que je fais ressemble à autre chose. L'industrie de la musique peut vite vous happer. J'essaie de rester fidèle à ce que je suis. Je veux que mes chansons reflètent exactement ce qu'elles doivent signifier et non pas ce que l'industrie voudraient qu'elles  soient.

Quand on écoute vos chansons, c'est un peu comme un cocon. Pourquoi cette mélancolie dans votre musique ? Est-elle un réconfort ?
Je ne sais pas. J'aime à la fois l'obscurité et la lumière. J'aime les combiner dans ma musique et parfois dans une même chanson. Je ne ressens pas de mélancolie. Je veux simplement faire émerger la lumière dans le noir.

Avez-vous déjà une idée pour votre prochain album ?
Non ! Je n'ai aucune idée. Citizen of Glass vient juste de sortir et j'ai vraiment besoin de temps pour réfléchir aux choses. Cet album m'a pris tellement de temps… Peut-être que ce sera plus facile pour le prochain !

Citizen Of Glass d'Agnès Obel est disponible dans les bacs depuis le 21 octobre 2016. 

Le site officiel d'Agnès Obel 

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