La Femme : "Etre fou, c'est la même chose qu'être artiste"

Le groupe de pop français La Femme sort son "Mystère" trois ans après "Psycho Tropical Berlin". Cette boule d'énergie à six facettes revient avec l'album le plus attendu de la rentrée musicale. On a rencontré ses deux têtes et sa voix.

© Christophe Crénel

"Derrière chaque grand homme se cache une femme." Pour La Femme, c'est l'inverse. Derrière ce groupe qui retourne la pop française depuis 2013 se cachent deux (jeunes) hommes : Marlon Magnée et Sacha Got, 25 ans. Amis depuis le collège, ces Biarrots ont commencé à composer ensemble au lycée, puis ont petit à petit rallié des pièces pour créer la personnalité de La Femme. En tout, cette demoiselle étrange, douce, surréaliste et dansante, est composée de six membres, dont Clémence Quélénnec au chant. C'est eux trois que nous avons rencontrés à Paris pour la sortie de leur psychédélique Mystère, disponible le 2 septembre. Rouge à lèvres fuchsia pour elle, coques mangées avec les doigts pour Marlon et lunettes de soleil sur le nez pour Sacha, l'interview peut commencer.

La Femme pendant son concert à Rock en Seine 2016 © Christophe Crénel

Dites-nous en plus sur ce nom, Mystère... 
C'est mystérieux comme La Femme. Parce que la vie est un mystère dont on n'a pas toujours les réponses… Même en tant que femme.

Les chansons parlent d'amour, de fête... C'est un album sur la jeunesse ?
Sur la vie et la mort. Il y a quelques morceaux de fête, pas mal d'histoires d'amour ou juste d'autres choses comme "Septembre" ou "Mycose". C'est aussi notre vie. Cet album est un compagnon de route pour les gens qui vont l'écouter. Si tu vas mal, il peut te donner des outils, te remonter le moral ou t'enfoncer encore plus vers le fond. Mais bon, quand tu touches le fond tu remontes, alors ça va.

Marlon et Sacha composent les titres, Clémence pose sa voix dessus. Comment vous bossez ensemble ?
On fait des essais. Clémence n'est pas la seule chanteuse sur cet album. On a essayé des voix pour presque toutes les chansons. Certains titres ont besoin de voix différentes, question d'harmonie. On n'a jamais trouvé LA voix de La Femme. Il y en a plusieurs, c'est un tout. Un peu comme un instrument. 

On parle de vous comme "l'avenir de la pop", "le groupe le plus passionnant de sa génération" : ça vous fait quoi ces éloges ?
Ça nous fait plaisir, mais ça reste des belles phrases. "L'avenir" de la pop, c'est un grand mot, tu ne peux pas être unanime. On sent qu'on est attendus au tournant, pourtant on se met la pression tout seuls. Que les critiques n'aiment pas l'album, c'est une chose. Si nous, nous ne l'aimons pas, c'est un vrai problème.

Vous êtes influencés, entre autres, par Ennio Morricone. Le cinéma joue-t-il un rôle important dans votre processus créatif ?
Les films de Tarantino nous impressionnent. Au début du groupe, on rêvait de faire une BO pour lui. On est toujours partis dans une optique de cinéma. Même quand on marche dans la rue, on aime bien s'imaginer des musiques comme si c'était le film de notre vie.

Vous avez déjà dit que vous aimez le vintage parce que le présent vous ennuie. C'est encore vrai ?
Globalement, la musique d'aujourd'hui nous parle moins que celle d'avant. Mais on écoute les Growlers, Mustang, Frank Ocean, Justice, Daft Punk… Même si on adore le vintage, on a de la chance de vivre à cette époque. Si on avait vécu à une autre période, on ne serait peut-être pas là.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Sacha et moi (Marlon) étions dans la même école primaire. On est devenus vraiment proches au collège, vers 12 ans. Sacha faisait pas mal de guitare, moi du piano. On a commencé à faire des jams. Au lycée, on a écrit de la musique grâce à GarageBand, chez nous. Puis on a contacté Clémence via Myspace.

Pourquoi La Femme ?
C'est un mystère !

Vous avez un univers bien à vous, sur scène notamment…
On aime bien l'énergie qui se dégageait des groupes un peu punks dans les années 70-80, avec des tenues extravagantes et osées. On a commencé dans les années 2000, quand les groupes étaient plus sobre. On a eu envie de contre-réagir. Notre univers tourne autour des rêves, du psychédélisme, de la magie, du réalisme et du surréalisme. C'est très imagé.

Marlon a posé pour Hedi Slimane. La mode est-elle importante ?
Pas tant que ça, mais les vêtements et le style le sont. Adopter la tendance, ce n'est pas notre truc. On suit notre instinct. On a toujours été dandy, on aime s'habiller, faire des boutiques, élaborer notre style. Pour les shootings, on se prend la tête. Parfois on essaie d'être raccords, mais il y en a toujours un pour s'en foutre et faire son truc.

On dit que vous êtes fous. Vous l'êtes ?
Oui, mais être fou et être artiste, c'est un peu la même chose. Sauf que l'artiste est celui qui est reconnu.

Qu'est-ce qu'une femme à vos yeux ?
Ça peut être soit une muse soit une succube, ça dépend des situations. L'homme et la femme sont comme le ying et le yang, le jour et la nuit. C'est un tout qui se sépare. Certains ont des attirances pour le même sexe, mais sinon on cherche l'opposé pour finir sa vie ensemble, s'unifier à travers un enfant. Ça touche à la spiritualité. D'ailleurs, ce serait bien qu'il y ait un troisième sexe.

Qui est la femme de votre vie ?
Sacha : Ma mère.
Clémence : Moi aussi.
Marlon : Je ne l'ai pas encore rencontrée…

Qui sont les femmes qui vous inspirent ?
Clara Rockmore, Barbara, Françoise Hardy, Zouzou, Delphine... Toutes celles qui ont nourri la scène sixties yéyé en France, les actrices des années 50, les Spice Girls, Céline Dion, Mylène Farmer, Alizée.

Et celles qui vous agacent ?
Marine Le Pen et Valérie Pécresse.

"Etre une femme" de Michel Sardou ou "Femme que j'aime" de Jean-Luc Lahaye ?
Brigitte Lahaie !

Si vous étiez une femme ?
Marianne (rire) ou Mère Thérésa pour Clémence.

Voir aussi :