Moura : on s'énamoure d'Ana Moura

Elle possède une voix de velours, un timbre unique, grave, plein de sensualité. Ana Moura est l’une des chanteuses de fado les plus influentes de sa génération. Nous l’avons rencontrée à l’occasion de la sortie de son nouvel album Moura.

© Universal

Toute de noire vêtue, juchée sur des talons de 12 cm, Ana Moura nous accueille chaleureusement. A 37 ans, elle a déjà 5 albums à son actif, enchaîne les tournées, a récolté des dizaines de prix prestigieux et compte même Prince et Rolling Stones parmi ses plus grands fans. Son style unique – elle n'hésite pas à marier le fado, musique traditionnelle portugaise, à d'autres styles musicaux – font d'elle l'une des fadistas les plus influentes de sa génération. Quelques jours après la sortie de son dernier opus sobrement intitulé Moura, elle s'apprête à entamer une nouvelle tournée qui débutera par une date à l'Olympia.

Nous vous faisons gagner 4 exemplaires de Moura, le nouvel album d'Ana Moura. Pour participer, répondez à ce questionnaire jusqu'au vendredi 26 février. A vous de jouer !

Moura, le 6e album d'Ana Moura © Universal

Bercée par la musique. La musique a toujours fait partie de la vie d'Ana Moura. Son père avait son propre groupe et était à la fois chanteur, guitariste et batteur. "Lorsque je chantais en famille, mes parents et leurs amis s'arrêtaient pour m'écouter chanter" nous confie-t-elle. "Ils avaient compris que c'était mon truc". Adolescente, elle créé avec des amis un groupe de rock et ira même jusqu'à enregistrer un album, jamais édité. Après une séance d'enregistrement en studio, Ana Moura se rend avec son groupe dans un bar où est organisée une soirée fado. Encouragée à prendre le micro, elle est repérée. "Une personne dans le public m'a proposé de me produire dans les maisons de fado, et notamment celle de Maria da Fé, l'une des plus mythiques". Sa voix ne passe pas inaperçu. Son timbre grave, fragile et intense à la fois surprend et convainc António Pinto Basto, un chanteur de fado présent dans la salle, de l'inviter dans son émission de télévision. "Un journaliste a vu ma prestation et a fait sa Une sur moi. C'est là que mon entourage a su que je chantais du fado et que ça me plaisait". Son producteur lui propose alors d'enregistrer un album de fado. C'était en 2003, Guarda-me a vida na mão rencontre un succès immédiat. Suivront trois albums couronnés de succès.

Des fans prestigieux. Parmi ses nombreux fans, deux se distinguent : Prince et les Rolling Stones. Le premier lui confiera être tombé sous le charme de sa voix, tandis que le second lui proposera un duo et une série de concerts à ses côtés. Devenus amis, ils se retrouvent souvent en studio pour des bœufs improvisés. "Prince est quelqu'un de très exigeant et perfectionniste, c'est un honneur qu'il soit l'un de mes fans et amis". Son rêve : partager un duo avec Stevie Wonder qu'elle n'a encore jamais rencontré. "Un jour, peut-être…"

Le succès à l'international. C'est en 2012 que la carrière d'Ana Moura explose. Dans son cinquième album Desfado produit par Larry Klein, Ana Moura ajoute de la batterie, du synthé et d'autres guitares au fado traditionnel. "Desfado était un risque, j'ai reçu beaucoup de critiques pour avoir voulu moderniser le fado" nous confie-t-elle. Créer et inventer un "nouveau" fado sont deux des forces d'Ana Moura. "Quel est l'intérêt de copier ce qui existe déjà ?" L'album rencontre un succès tel qu'il lui ouvre les portes de l'international. Pendant trois ans, Ana Moura chante sur les scènes du monde entier. Et malgré le rythme intense, pas question de se décourager. "C'est un rythme fatiguant mais on s'y habitue" nous confie-t-elle. "Rencontrer le public est aussi ce qui nous booste et ce qui nous fait voyager". L'artiste nous explique par exemple qu'au Mexique, le public crie tout au long du spectacle tandis qu'en Chine et dans le nord de l'Europe, il reste calme, silencieux, comme en communion avec les musiciens. "C'est génial de vivre ça !"

Moura, l'album du renouveau. La tournée à peine achevée, Ana Moura se rend en studio enregistrer Moura. "J'étais encore dans l'euphorie de la tournée et je pense que cette bonne humeur se ressent dans l'album". Pour cet opus une nouvelle fois produit par Larry Klein, Ana Moura s'est entourée de ses fidèles musiciens mais aussi de musiciens américains. "En studio, il y avait de la spontanéité, une découverte perpétuelle… c'était magique !" Pour Moura, un piano Hammond et des guitares électriques ont été utilisées. Même le son de la guitare portugaise de fado – une guitare à 12 cordes – a été travaillé. "Un ampli de guitare électrique a été associé à la guitare de fado, ce qui lui procure une sonorité plus intense". Une fois encore, Ana Moura n'hésite pas à casser les codes du fado. "Je suis curieuse, j'aime tenter de nouvelles choses". Dans ce nouvel opus, l'artiste a fait appel à José Eduardo Agualusa et Toty Sa'Med, deux figures angolaises, pour collaborer à l'album. "Ma maman est angolaise et la chanson angolaise a bercé toute mon enfance, c'était logique qu'il y ait un peu d'Angola dans l'album". Autre collaboration de prestige, son duo avec Omara Portuondo des Buena Vista Social Club, sur Eu Entrego. "Je les ai accompagnés sur leur dernière tournée et, lorsque j'ai entendu cette chanson aux sonorités cubaines, j'ai immédiatement pensé à Omara".

L'Olympia, salle mythique. Moura, sorti au Portugal en octobre 2015, rencontre un succès immédiat. "En deux semaines, j'ai obtenu un disque de platine, c'est insensé !" s'émerveille-t-elle. Dans les bacs en France depuis début février, l'album sera prochainement édité dans d'autres pays alors qu'une tournée mondiale se prépare. Et c'est à Paris, à l'Olympia qu'Ana Moura a choisi de donner le coup d'envoi de celle-ci. "Les Rolling Stones, Edith Piaf, Jacques Brel ont chanté ici… Je n'en reviens pas de monter sur cette scène !" Le concert, à guichets fermés, promet de séduire une nouvelle fois le public. "J'ai constamment la volonté de me réinventer, et le spectacle a été pensé comme ça, comme un papillon qui sort de son cocon".  

Les pieds sur terre. Malgré le succès, Ana Moura est restée la même. "Je suis consciente d'avoir une vie plus confortable que d'autres mais, pour autant, je ne vis pas dans l'exubérance" nous confie-t-elle "Je ne me sens pas supérieure à d'autres, je suis surtout reconnaissante de ce qu'il m'arrive". Reconnue par ses pairs – elle a notamment reçu le prix Amália Rodrigues récompensant les meilleurs chanteurs de fado –, Ana Moura ne compte pas en rester là. "Ces récompenses et la fidélité du public me montrent que ce que je fais est bien. C'est ça le plus important et ce qui me motive".

Ana Moura © Universal