Fauve, sauvagement libre

Fauve a donné rendez-vous à ses "vieux frères" à Rock en Seine, pour ce qui pourrait bien être une de ses dernières dates. On a parlé succès, cinéma et Scrabble avec le collectif parisien qui crie toujours au blizzard d'aller "niquer sa mère".

© Olivier Hoffschir
Fauve à Rock en Seine © Olivier Hoffschir

"Vous attendez pour une interview avec Fauve ? C'est nous." Dans l'espace presse du festival Rock en Seine, un groupe de garçons en jean tee-shirt se présente à nous. Des mecs normaux, la vingtaine, aussi accessibles que si on faisait connaissance autour d'une bière.
Depuis 2013, le collectif Fauve fait vibrer sa "mifa", son public, avec son phrasé percutant, sa poésie teintée d'espoir et son énergie sauvage. En chanson, il drague une Infirmière, écrit une Lettre à Zoé, défie le Blizzard et ne veut pas Kané. En interview, Fauve blague, s'empare du dictaphone pour improviser un beatbox et se vanne gentiment dès que l'un des membres a le dos tourné.
"Y'a des gens qui rêvent d'être musiciens, nous on y pensait comme on rêvait de devenir Zidane", nous glissent-il quelques heures avant de se produire devant des milliers de personnes. Le succès, ils font semblant de ne pas le voir et n'en ont tellement rien à faire qu'ils ont décidé de mettre un terme (éphémère ?) à l'aventure dans quelques semaines. Rencontre avec de chics types "désespérement optimistes", d'"éternels apprentis", drôles et sans prise de tête.

Rock en Seine, c'est votre dernier concert ?
Non, mais il n'en reste pas beaucoup, quatre ou cinq. On a besoin de prendre un peu de recul, de se reposer pour voir ce qu'on fera plus tard. C'est la première fois en 3 ans qu'on n'a pas de projets. Même si dans 6 mois ou 10 ans on pourra décider de revenir, c'est la fin d'un cycle, d'un chapitre. On a envie de reconnecter avec le réel, de moins fumer, de faire des parties de Scrabble et des fondues.

Vous êtes lassés du succès ?
On commence à avoir l'impression de faire les mêmes choses, de nous répéter, mais on n'est pas lassés du succès. Fauve est connu, pas nous. Parfois après les concerts, les gens viennent nous parler, on a un petit frisson de popularité qui dure environ 10 minutes et qui retombe quand on va prendre le métro.

Vouloir arrêter alors que tout se passe si bien, c'est un moyen de vous protéger de l'échec ?
On veut éviter de potentielles engueulades, un éventuel manque d'inspiration, une possible tournée de trop. C'est peut-être un peu maso, mais c'est le mieux à faire. Chacun mesure ses échecs à sa façon. Pour nous, un concert où il n'y a personne ou un disque qui ne se vend pas, ce n'est pas une défaite tant qu'on est fiers du projet. Le malheur, c'est si on commence à se mentir, à faire des choses qu'on ne veut pas. L'estime des copains est le plus important.

L'univers de Fauve est très visuel. Quels cinéastes vous inspirent ?
Dans la bande, il y a des geeks du cinéma et d'autres qui vont juste voir ce qui sort en salles. On a les influences de tout le monde, même si Bertrand Blier (Les Valseuses) est un nom qui revient très souvent entre nous, tout comme Henri Jean Debon, qui faisait plein de vidéos pour Noir Désir.

Y a-t-il un groupe pour lequel vous aimeriez réaliser un clip ?
Pour nos potes de Bagarre, Feu! Chatterton, Georgio... Tout ceux avec qui on bosse et à qui on aimerait rendre la pareille.

Quels sont vos meilleurs et pires souvenirs de festival ?
Pour le meilleur, Rock en Seine, il y a deux ans. C'était notre premier gros festival, même si on était sur la petite scène. Ou sinon dès qu'on est allés un peu loin, comme Budapest, la Réunion, le Canada... On a même bu un verre de Bordeaux avec Iggy Pop à Colmar ! Pour le pire, c'est quand on a des problèmes techniques qui laissent un blanc de 20 minutes pendant le concert.

Sur scène, vous êtes les mêmes ?
La scène fait ressortir une sorte de violence, c'est un défouloir, une zone de non-droit salutaire. On y a tous découvert une partie de nous-même, plus exaltée, plus contrastée.

Quel est le truc le plus rock'n'roll que vous ayez fait ?
Une course de golfette avec Placebo 5 minutes avant qu'ils montent sur scène. Le bassiste est tombé et s'est blessé la main juste avant de jouer. C'est rock'n'roll non ? Sinon parfois sur une même soirée on peut boire une ou deux bières, finir notre paquet de clopes et le balancer par terre. Tout ça après minuit. Plus sérieusement, on est plutôt chiants, des Mister Bean revendiqués. Le côté artiste rock incompris, c'est un truc qu'on déteste.

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