Tahar Rahim et Stacy Martin, bons joueurs [INTERVIEW]

Dans "Joueurs", avec Tahar Rahim et Stacy Martin, le héros se révèle à lui grâce à une femme fatale... et ce n'est pas celui que vous croyez. Les deux acteurs, brillants dans ce film noir autour de l'addiction, nous ont confié leur plus gros coup de poker et parlé d'amour.

Tahar Rahim et Stacy Martin, bons joueurs [INTERVIEW]
© Michael Buckner/Deadline/SIPA

Tahar Rahim et Stacy Martin en couple tumultueux, il fallait y penser. Marie Monge l'a fait et les a mis en scène dans son premier film, Joueurs. Le Prophète repéré par Jacques Audiard joue Abel, accro aux jetons de casinos, badboy séducteur face à Ella, rejeton de restaurateur, fille à papa bien sous tout rapport. A 27 ans, l'actrice vue chez Lars Von Trier (Nymphomaniac) et Michel Hazanavicius (Le Redoutable) révèle un jeu rugueux, dramatique, entraînée par cette histoire d'amour avec le charmeur et malicieux césarisé. Un vrai beau couple de cinéma, aussi convaincant en interview.

Le Journal des Femmes : Qui sont Ella et Abel, vos personnages ?
Stacy Martin :
Ella est une jeune femme courageuse, qui assume ses choix sans jamais se mettre en position de victime. Même si elle en souffre beaucoup, elle y va. Peu de rôles féminins sont écrits de cette manière, ça fait du bien ! C'est inspirant qu'une réalisatrice ait pensé à un personnage à la hauteur des meilleurs rôles masculins. 

Tahar Rahim : A l'inverse, je suis la femme fatale du film et j'ai adoré cette idée. Etre filmé comme tel par une réalisatrice, c'est formidable. Abel est addictif, pas seulement au jeu. Il se joue de la vie, il découvre l'amour alors qu'il ne s'aime pas lui-même, C'est un personnage flamboyant, tentaculaire, félin : un diamant noir.

Comment gardez-vous de la distance avec vos personnages ?
S. M. :
Chaque rôle demande une énergie différente. Heureusement, on sait que c'est éphémère. Etre plongé dans un monde totalement différent pendant deux ou trois mois nous m'aide à garder une distance. Je fais une coupure avec mon univers personnel.

T. R. : Je ne comprends pas la schizophrénie chez les acteurs. S'il y a des choses qui restent, je n'en ai pas conscience et mes proches me le font remarquer, mais c'est plus dû à une habitude de personnage qu'à son âme. Les tournages nous mettent dans une bulle. Revenir à la vie normale n'est pas toujours simple, mais quand je rentre chez moi, je sais qui je suis.

© BAC Films

Qu'avez-vous appris sur vous grâce à Joueurs ?
T. R. : Je ne le soupçonnais pas, mais j'ai appris que je pouvais devenir addict au jeu. Je ne retournerai jamais dans un cercle !

S. M. : On est devenus accros aux jeux à gratter pendant le tournage. Il nous a fallu au moins deux semaines pour arrêter (rires)...

A quoi d'autre êtes-vous dépendants ?
T. R. :
A la cigarette, pas à grand chose d'autre. Je suis addictif à court terme. Quand j'aime, j'y vais à fond et je m'arrête à l'approche du danger. Par exemple, le jeu, aussi nocif que les drogues dures selon moi, je ne m'y risque même pas.

S. M. : Je ne fume pas, je bois de temps en temps, mais dès que je ne suis pas sur un plateau de tournage, ça m'angoisse, je ne sais pas quoi faire.

"Il y a quelque chose d'exaltant à perdre pied"
Stacy Martin

Qu'est-ce qui peut vous faire perdre pied ?
S. M. :
Il y a quelque chose d'exaltant, de positif à perdre pied. La beauté arrive quand on oublie les normes imposées par la famille, la société ou nous-mêmes. Ella n'est pas malheureuse, mais sa vie a été décidée malgré elle. Sa rencontre avec Abel lui rappelle qu'elle peut être elle-même. Elle prend le risque de se découvrir. Elle devient femme, elle devient belle, elle est vivante. 

T. R. : Abel perd pied dès qu'il essaie de se relever. Je le comprends parce que dès que je deviens passionné, je prends le risque de me brûler. Quand je m'engage dans un rôle, mon entourage sait que je peux devenir mono-maniaque et passer à côté de certaines choses. 

Une grande partie du film se passe une fois le jour couché. Êtes-vous des oiseaux de nuit ?
T. R. : J'aime le jour pour des raisons, la nuit pour d'autres. J'aime me lever tôt et voir le monde se réveiller, prendre le temps de profiter, observer le mouvement. La nuit, il faut chercher l'action dans un bar, un cercle ou un club. On fait le choix de s'y aventurer, ce n'est pas un flot qui nous parvient.

S. M. : Je suis moins de nuit, plus paresseuse. Quand je sors, je ne rentre pas avant 6 heures et c'est tellement riche ! Le lendemain je me souviens pourquoi je ne le fais pas plus souvent...

© BAC Films

Quelle est la chose la plus forte que vous ayez faite par amour ?
T. R. :
 La chose la plus grande, la plus agréable, la plus forte que j'ai fait par amour, c'est me marier (avec Leïla Bekhti, NDLR). C'est un témoignage de confiance, comme un contrat de vie de se dire qu'on part de là et qu'on reste ensemble peu importe où ça nous mène. J'adore l'idée d'une histoire d'amitié impérissable couronnée par l'amour. En découle une famille et tout un tas de trucs… C'est extraordinaire.

S. M. : Pour moi, c'est avoir grandi avec la personne que j'aime. On est ensemble depuis longtemps et on ne se pose pas de question, Il y a quelque chose de compris et de très normal entre nous, que je ne retrouve pas chez tous les couples.

"La chose la plus grande, la plus agréable, la plus forte que j'ai fait par amour, c'est me marier"
Tahar Rahim

Quel a été votre plus gros coup de poker ?
S. M. :
Accepter le rôle de Lars Von Trier pour Nymphomaniac. Pas parce que cela me faisait peur, je voulais faire le film, mais parce que je ne savais pas où ça allait me mener.

T. R. : Décider d’être acteur. Vouloir faire ce métier, c'est un pari absolu. Il faut que la pièce tombe du bon côté, sinon on se retrouve sans travail, sans formation, on finit frustré et triste. Avant Jacques Audiard, j'ai pris le risque de faire des études de cinéma, de débarquer à Paris avec un sac à dos sans savoir où dormir, d'entrer dans un cours de théâtre, de passer des castings…

Comment vous imaginez-vous dans le futur ?
S. M. : J'aimerais être en train de tourner un film, c'est ce que j'espère faire le plus longtemps possible.

T. R. : Je souhaiterais ouvrir mon CV d'acteur et me rendre compte que j'ai tourné avec des réalisateurs de toutes les cultures que j'admire : l'Asie, l'Amérique latine, l'Afrique... Pouvoir explorer le cinéma de toutes les nations, je sais, c'est une utopie.

Joueurs, de Marie Monge. Avec Tahar Rahim et Stacy Martin, au cinéma le 4 juillet.

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