Festival de Cannes : Albane Cleret, businesswoman au sommet

C'est "chez Albane", à Cannes, que depuis 17 ans, décideurs et célébrités du 7e art se retrouvent en toute discrétion. Les grands noms du cinéma parlent business sur la Terrasse la journée et se retrouvent la nuit tombée au Club pour poursuivre la fête. Albane Cleret nous a confié les secrets de sa réussite et son expérience de femme dans ce milieu très fermé.

Festival de Cannes : Albane Cleret, businesswoman au sommet
© Service de presse

C'est en hauteur que tout se passe. Sur le toit du JW Marriott très exactement. Cet espace avec vue imprenable sur la Croisette se transforme en haut-lieu de rencontres pendant le Festival de Cannes. C'est ici que la Terrasse et le Club by Albane accueillent le monde du cinéma pendant les dix jours les plus importants du 7e art. Le midi, le restaurant qui surplombe la baie réceptionne producteurs, réalisateurs et autres personnalités. L'après-midi, la valse des journalistes commence pour interviewer les stars à l'abris des regards. A minuit, le club fait danser tout ce beau monde jusqu'au petit matin. On peut y croiser Marion Cotillard, Martin Scorcese, Carey Mulligan et à peu près tous les gens qui comptent.
Ce lieu ultra-sélect, présent sur la Côte d'Azur depuis 17 ans, a vu le jour grâce à Albane Cleret, à la tête de l'agence de communication du même nom. Cette businesswoman ne cesse de se renouveler pour répondre aux mieux aux attentes de ses clients. Cette année, la décoration des lieux à été entièrement repensée, avec le palmier et les végétaux en vedette. Elle nous a reçu dans sa chambre pour nous parler de son parcours et de ce milieu pas toujours tendre avec les femmes qui ont la niaque.

Le Journal des Femmes : La Terrasse et le Club sont des lieux très privés, accessibles par carte de membre. En quoi ce côté inaccessible, mystérieux, est-il important ?
Albane Cleret : C'est essentiel. Les photos sont interdites, hormis celles du photographe à l'accueil, qui travaille avec nous depuis des années. C'est bien d'avoir un entre-soi, que les gens ne soient pas regardés à travers les objectifs comme ils le sont constamment, de la Croisette aux marches en passant par les interviews. Je veux qu'ils puissent travailler et réseauter tranquillement.

Vous êtes devenue un nom important...
Je ne sais pas, mais je vois bien que je suis devenue une marque. Ma façon de faire les choses me démarque, c'est une fierté. Ce qui l'est moins, c'est de pouvoir penser que je suis une personne de nuit. Je ne supporte pas cette image. Ce n'est pas moi. Je suis comme toutes les femmes : je m'occupe de ma fille avant qu'elle aille en cours, je gère les soucis de la maison et du bureau, j'essaie de trouver du temps pour faire du sport... Ma petite réussite, toute relative, est due à mon assiduité, ce qui ne m'empêche pas de garder beaucoup d'humilité.

Comment en êtes-vous arrivée là ?
J'ai fait les Arts appliqués, puis j'ai travaillé dans des maisons de mode et de bijoux pendant une dizaine d'années. D'abord dans la création, puis dans la vente en haute-couture. Je suis ensuite passée par Les Bains en tant qu'assistante de direction pour la logistique du lieu. Ces deux parcours m'ont permis d’accroître mon carnet d'adresses, coté connaissances et fournisseurs. J'ai acquis une vision globale des milieux de la mode et du cinéma. Cela s'est fait comme ça, je n'ai rien vu venir.

De quoi êtes-vous la plus fière ?
De ma fille de 16 ans et demi ! Dans le travail, je suis contente, mais je n'ai pas de fierté. J'essaie de faire au mieux. Je suis heureuse de constater une certaine reconnaissance dans un milieu très difficile et fermé. J'ai beaucoup travaillé pour ça. Je n'ai pas envie de m'arrêter.

Ce milieu fermé est aussi très masculin. Vous êtes-vous déjà sentie moins écoutée parce que vous étiez femme ?
J'ai ressenti une séduction inconsciente. Les hommes pensent qu'en s'adressant à nous sur le ton du charme, on va céder plus de choses. Je l'ai beaucoup vu et j'ai essayé de ne pas tomber dans le panneau. Cela m'a valu des critiques, une réputation de femme dure, rentre-dedans. Il y a une époque où j'étais effectivement trop ferme, mais cela m'a permis de m'imposer. Je suis trop sensible, trop honnête. Je ne sais pas faire semblant. On ne peut pas m'avoir par la séduction.

Mélita Toscan du Plantier, Martin Scorcese et Albane Cleret © Service de presse

Vous n'êtes entourée que de femmes. Est-ce un choix conscient ?
C'est inconscient. Peut-être que c'est parce que je viens d'une famille de sœurs ? J'aime la compagnie des femmes. Je ne suis pas jalouse, envieuse des autres. J'aime leur fragilité, leurs fous rires, leurs coups de gueule. Je me livre tellement dans le cadre perso et pro que c'est assez lié. Entre filles on se comprend, on est dans la complicité.

Vous qui voyez évoluer l'industrie du cinéma depuis des années, quels changements observez-vous ?
Depuis une dizaine d'années, il y a des regroupements de femmes qui veulent faire bouger les choses… Les médias ont toujours défendu la prise de pouvoir féminine dans ce métier-là. Il faut aussi parler des agents femmes de cinéma, des réalisatrices, des productrices, des banquières… C'est moins un univers d'hommes qu'il y a quelque temps. La Terrasse est toujours fréquentée par un nombre supérieur d'hommes, mais la différence est moins flagrante. 

Avez-vous un conseil pour celles qui veulent réussir ?
Arriver à allier l'humilité et la force de penser que tout est possible. C'est un exercice intéressant. Il faut travailler, être curieux, s'intéresser aux gens pour ce qu'ils sont avant ce qu'ils font. Je suis très intuitive. Dans ce métier, il faut cette petite défense. A Cannes tout est décuplé, personne n'est vraiment à sa juste valeur. Il faut se préserver de ça.

Quel souvenir du Festival vous a particulièrement touchée ?
J'ai eu un regard très fort de Marion Cotillard une année. J'ai senti qu'elle savait à quel point l'enjeu était important pour moi, alors qu'elle aussi jouait sa carrière. Son soutien, en venant dans l'endroit que j'avais créé, était très  important. Elle m'a offert ce moment-là.

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