Rod Paradot : "Il faut garder la tête froide"

Rod Paradot crève l'écran dans "Luna", en salles le 11 avril. Le César du meilleur espoir masculin 2016 incarne un jeune homme victime d'une agression, sensible et robuste à la fois. Des traits qu'il partage avec son personnage, l'humilité en plus. Rencontre.

Rod Paradot : "Il faut garder la tête froide"
© Pyramide Distribution

Ni enfant de la balle ni du sérail, plutôt terrible. Rod Paradot, 22 ans, 1 César et 2 ans de carrière seulement dans le cinéma, a déjà donné la réplique à Catherine Deneuve, Yvan Attal, Benoît Magimel. Rien que ça. L'ancien apprenti menuisier – répéré en casting sauvage dans son lycée de Stains (93) – a parcouru du chemin depuis son premier rôle dans La Tête haute d'Emmanuelle Bercot. Il est monté sur les planches de la Comédie des Champs-Elysées, a tourné dans deux séries et est aujourd'hui à l'affiche son deuxième film, Luna d'Elsa Diringer, en salles le 11 avril, dont il nous a (entre autres) parlé. Interview.

Le Journal des Femmes : Comment ça va depuis le César du meilleur espoir masculin ?
Rod Paradot : J'étais comme un malade quand je l'ai reçu. Je me suis dit : "Mais ça ne va jamais s'arrêter !" J'ai ensuite passé plein de castings et je suis tombé sur le scénario de Luna, que j'ai adoré. C'était super de jouer un rôle différent de Malony dans La Tête Haute. Alex est un jeune plus émotif, plus posé, plus attentionné, mais quand même un peu frustré dans la vie du fait de son agression. 

De quoi garder la tête haute, justement.
Il faut surtout garder la tête froide ! J'essaye de ne pas oublier d'où je viens et de toujours bosser à fond. Après Luna, j'ai enchaîné sur les séries Ad Vitam avec Yvan Attal et Neils Schneider et Aux Animaux la guerre avec Roschdy Zem et Tchéky Karyo. Après, j'ai eu la pièce Mon fils de Florian Zeller avec Yvan Attal. J'ai failli prendre des cours de théâtre pour Luna, mais je n'avais pas eu le courage. C'est tombé à pic. Je ne pensais pas rencontrer toutes ces personnes-là. Aujourd'hui, je me dis toujours qu'il faut que j'aie un plan B au cas où ça ne marche pas, même si j'aurais du mal à faire autre chose.

Comment avez-vous abordé la scène de viol dans Luna ?
C'était cool à jouer. On se connaissait tous, je me suis donc senti à l'aise. C'est toujours un peu dur de se dénuder devant les gens, mais j'ai aimé l'exercice, ça m'a entraîné. Les situations que j'ai vécues m'ont aussi aidé. Ça m'est déjà arrivé de me faire violenter ou racketter et je sais ce que c'est de ne pas se sentir bien à cause de ça. Je trouve la scène plutôt réussie. Ma mère n'a pas trop aimé en revanche (rires).

Comment s'est passée la collaboration avec l'héroïne, Laëtitia Clément ?
On a la même histoire, c'est dingue. C'est la même directrice de casting qui nous a répérés dans nos lycées. Quand on s'est rencontrés, on a tout de suite accroché. J'essayais d'être le plus bienveillant possible avec elle. Je lui ai toujours dit : "Ce n'est pas parce que j'ai déjà tourné que je suis au-dessus de toi. Je peux te rassurer un peu, mais je ne suis pas non plus Catherine Deneuve !" Même à son âge, elle continue d'apprendre. Je ne suis pas un modèle.

Ça fait quoi de donner la réplique à mademoiselle Catherine Deneuve ?
C'est prenant. Elle a une grosse présence. Elle est super cool et très bienveillante. J'espère que je retournerais avec elle.

J'ai lu que vous aviez "cramé" tout votre cachet de La Tête haute...
J'ai aujourd'hui appris à gérer mes sous et à penser au futur. C'était mon premier gros salaire, j'en ai fait profiter ma famille. J'ai lu des interviews qui disaient que j'avais tout dépensé en soirées. C'est totalement faux : je n'ai jamais bu une goutte d'alcool ou pris de drogue de ma vie. J'aime bien faire la fête, mais le monde de la nuit ne m'intéresse pas. Ce que je veux, c'est faire plaisir à mes proches, pas me défoncer.

C'est assez rare dans le 7e art ! 
Je trouve ça génial de ne pas boire dans ce milieu-là, d'autant plus à mon âge. Au moins, je n'ai pas de problème. A Cannes, j'ai pu voir de la coke et je ne suis absolument pas intéressé par ça.

Comment vous protégez-vous dans ce milieu ?
J'ai ma mère, mes amis et ma petite copine qui m'entourent. J'ai la tête tellement dure que pour me faire changer d'avis ou me faire prendre la grosse tête, il en faut beaucoup. A aucun moment je ne prendrais quelqu'un de haut.

Avez-vous le sentiment d'avoir beaucoup changé ?
J'ai l'impression d'avoir pris en maturité, même si on apprend tout le temps. J'ai beau avoir un César, je devrais toujours travailler, passer des castings, me surpasser.

Ce César vous a-t-il ouvert des portes ?
Ça a contribué à me faire connaître, mais je n'ai pas eu plus de castings que ça. C'est une super récompense, pour moi comme pour le film.

Avec qui aimeriez-vous tourner ?
Avec Xavier Dolan. Il aborde des sujets qui me touchent particulièrement, comme la famille. Il a une bonne réflexion sur la vie. Ce qui me parle dans le cinéma, c'est ce qu'on vit, ce qui émeut les gens. J'aimerais aussi toucher le public en le faisant rire.

Vous voulez tenter la comédie ?
Pourquoi pas, mais je sais que ça va être dur. Quand on a habitué le public à un registre dramatique, c'est plus dur de les faire rire ensuite. Il aurait fallu que je commence par ça.

Êtes-vous déjà allé à la rencontre de votre public ?
Je ne vais pas forcément à la rencontre des gens, mais j'aime le faire quand je suis en festival. C'est grâce à eux que je suis là aujourd'hui. Si personne ne nous regarde ou nous aime, on n'existe pas.

Qu'est-ce qui vous a le plus marqué ?
Des lettres, des messages... Pour exemple : Il y a une fille qui m'a envoyé un message sur Internet comme personne ne l'avait jamais fait, après m'avoir vu dans La Tête Haute et aux César. On s'est vus, revus et depuis, ça fait un an et demi qu'on est ensemble. C'est génial, je suis avec une fille super. Elle m'apporte beaucoup. Elle est très bienveillante, j'ai de la chance. Et je ne suis pas prêt de la lâcher !

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