Meryl Streep et Tom Hanks, au nom de la liberté [INTERVIEW]

Deux géants du cinéma face à un troisième génie : Meryl Streep et Tom Hanks se donnent la réplique dans le dernier film de Steven Spielberg, "Pentagon Papers", au cinéma le 24 janvier 2018. A Paris, les deux acteurs nous ont parlé de liberté, de décisions, d'admiration... et de perruques.

Le Journal des Femmes : Pentagon Papers est un film sur la liberté de la presse, mais c'est aussi l'histoire de l'émancipation d'une femme...
Meryl Streep
 : On parle d'une semaine et demie en 1971, à une époque où le monde était différent. La majorité des Américains avaient confiance en leur gouvernement et la plupart des femmes étaient à la maison. Elles n'étaient pas dans le business, ne faisaient pas carrière… Elles étaient enseignantes ou infirmières, mais elles ne dirigeaient pas les plus grosses entreprises du pays. C'était un moment charnière. Un moment particulier pour le Washington Post, qui a dû prendre une décision au nom de la liberté de la presse... et pour cette femme qui était à sa tête.

Pourquoi c'est si important d'avoir des films avec de tels messages ?
Tom Hanks : Chaque film peut prétendre à un certain degré d'importance et de pertinence, mais ce qui est indéniable, c'est que l'histoire se répète. Ce film se déroule en 1971 et nous n'avons pas eu besoin de changer un mot, de modifier un morceau ou d'inventer quoi que ce soit sur ces événements pour qu'ils aient un lien direct avec ce qu'il se passait en 2017 quand nous faisions le film. Les événements collaient à la réalité d'un président qui tente de violer le premier amendement, d'une femme à qui l'on ne donne pas le crédit ou l'opportunité qu'elle mérite, mais aussi de la menace d'une stratégie commerciale sur le droit du travail. Un film ne peut être qu'authentique. S'il l'est, dans ce cas, le passé fait sens avec le futur. Si vous parvenez à ça aux yeux du spectateur, vous avez atteint votre but.

"Il était important de faire ce film maintenant, parce qu'on sent une menace"

Katharine Graham et Ben Bradlee défendent le droit à la vérité… Pour quel droit seriez-vous prêts à vous battre ?
Tom Hanks : Dans notre Constitution, le premier amendement est tellement puissant… C'est bien pour ça qu'un mec l'a placé en premier ! Il garantit les choses suivantes : la liberté de religion, la liberté de vous rassembler et de traîner avec qui vous voulez, la liberté de parole, vous pouvez dire ce que vous voulez à l'exception que si vous criez au feu dans une salle de cinéma remplie, il doit y avoir un feu (rire) et enfin la dernière chose est le sujet du film : la liberté de la presse. Vous pouvez être en désaccord avec les médias, dire que vous n'aimez pas, que vous n'acceptez pas cette version, mais vous ne pouvez pas vous interposer. Sans cela, notre République n'est plus vraiment une démocratie. Ce sont les fondations des pensées et de la politique occidentales. C'est une des raisons pour lesquelles les gens continuent d'essayer de s'installer chez nous. Afin de profiter de ces quatre libertés, parce que sans elles on ne respire pas, il n'y a pas de vie.

Meryl Streep : Dans les endroits où ces libertés ne sont pas respectées, les journalistes sont tués pour faire leur travail. Ça n'est jamais arrivé aux Etats-Unis, mais nous tenons ce danger à distance. Dans le monde, des personnes continuent de mourir pour avoir révélé la vérité. On peut dire quand elles sont menacées. Il était important de faire ce film maintenant, parce qu'on sent cette menace.

Qu'est-ce que vous admirez chez Katharine Graham ?
Meryl Streep
 : J'admire beaucoup de choses chez elle... Comme sa prise de décision judicieuse et prudente. Elle ne se laissait pas guider par ses émotions, mais par son intellect et son intégrité. Elle connaissait le prix de cette décision. Elle aurait pu tout perdre… Son courage est très impressionnant.

Tom Hanks : Elle a passé l'appel. C'est ce qui m'a impressionné en lisant le scénario et son autobiographie, qui est tellement puissante. C'est une position qui vous isole. Vous êtes au sommet de la chaîne alimentaire. Vous êtes une idiote si vous le faites, vous êtes une idiote si vous ne le faites pas. Vous courez un grand risque. Elle n'a pas fait voter ses conseillers, elle n'a demandé l'expertise de personne, elle y est allée avec sa propre intuition. Ceux qui font ça méritent le plus haut salaire.

Quelle est la décision la plus risquée que vous ayez prise ?
Meryl Streep
: Tomber enceinte pour la quatrième fois à 43 ans (sourire).

Tom Hanks : J'ai parfois fait des choix de perruques... hasardeux (rire) !

Pentagon Papers, de Steven Spielberg, avec Meryl Streep et Tom Hanks. Au cinéma le 24 janvier 2018.

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