Donald Sutherland, acteur aux mille visages

À l'affiche de "L'échappée Belle", en salles le 3 janvier, Donald Sutherland campe le rôle d'un homme atteint d'Alzheimer qui entame un tour des États-Unis avec sa femme, en camping-car. Un film dramatique, romantique, sublime. Retour sur la carrière fascinante d'un comédien qui a tout joué, tout tenté, tout vécu.

Donald Sutherland, acteur aux mille visages
© Jordan Strauss/AP/SIPA

De ses débuts à la radio à son triomphe au cinéma en passant par sa jeunesse révolutionnaire : Donald Sutherland a vécu mille vies. Né le 17 juillet 1935, ce Canadien ne s'est pas toujours destiné à une carrière d'acteur. Dans sa jeunesse, il officie en tant que DJ pour des radios locales avant de se prendre d'affection pour le 7e art, une après-midi de 1955. Le jeune homme a vingt ans et l'envie lui prend d'aller au cinéma. Il y découvre La Strada de Fellini, et Les Sentiers de la Gloire, de Kubrick : c'est la révélation. "Ma vie a basculé ce jour-là. J'avais l'âme et le coeur en miettes", explique-t-il dans L'Express. Trois ans plus tard, il quitte le Canada, son pays natal, pour faire carrière en Grande-Bretagne. La chance lui sourit en 1964, lorsque le réalisateur Warren Kiefer lui propose un rôle dans Le Château des morts-vivants, un film d'horreur italien.  

Un homme de convictions

C'est sur le petit écran que le grand public le découvre : en 1970, l'acteur joue dans la série M*A*S*H qui narre le quotidien de chirurgiens de l'armée durant la Guerre de Corée. Il confirme son statut d'acteur renommé au cinéma avec des films comme Commencez la révolution sans nous, de Bud Yorki, ou Klute dans lequel il partage l'affiche avec Jane Fonda. C'est avec elle qu'il réalise une tournée antimilitariste à proximité de... bases militaires. "C'était très drôle. Le Pentagone a essayé d'en interdire l'accès aux troupes, mais elles n'en ont pas tenu compte. On a fait salle comble à chaque fois", se souvient-il dans L'Express. Le tout a été documenté dans le long-métrage Free The Army, produit par les deux acteurs. Doté d'une véritable conscience politique et d'un intarissable sens de la justice, le comédien octroie des dons au mouvement révolutionnaire des Black Panthers et milite contre la guerre du Vietnam.

Un comédien polyvalent

L'acteur, passionné de nature, transpose sa fougue dans des rôles lourds et graves. En 1973, il interprète un père accablé par le décès de sa fillette dans Ne vous retournez pas. Trois ans plus tard, il est à l'affiche de 1900, aux côtés de Robert de Niro et Gérard Depardieu et campe le rôle d'Attila, un contremaître démoniaque qui viole et tue un petit garçon.

Dès les années 2000, le comédien enchaîne les rôles sur le petit écran. Multimillionnaire dans Dirty Sexy Money, superflic dans Crossing Lines, comte dans l'Angleterre du XIIIe siècle pour Les Pilliers de la Terre : Donald Sutherland triomphe dans tous les registres.

Perpétuel rebelle

En 2012, il se fait connaître par un public plus jeune grâce à son rôle dans la saga Hunger Games, pour lequel il obtient le MTV Awards du meilleur méchant. La série de longs-métrages dépeint une dystopie dans laquelle des citoyens tirés au sort s'affrontent jusqu'à la mort. Les puissants conservent leur pouvoir par la tyrannie. Donald Sutherland ne peut s'empêcher de faire le lien avec l'hégémonie capitaliste dans la société américaine. "Je veux que le film engendre une révolution, que les jeunes aillent voir les films et décident de changer le statut quo", déclare-t-il au Guardian. De sa jeunesse, l'acteur a conservé son impérissable engagement.

Récemment, l’éternel rebelle de 82 ans s'est illustré dans un tout autre registre. À l'affiche de L'Échappée Belle, en salles le 3 janvier 2018, il campe le rôle d'un vieillard atteint d'Alzheimer qui fait le tour des États-Unis avec sa femme. Un long-métrage émouvant, ponctué de scènes loufoques comme celle où le personnage joué par Donald Sutherland oublie qu'il a voté démocrate toute sa vie et… milite pour Donald Trump. L'ironie est palpable. Une séquence, on l'imagine, difficile à tourner pour cet ardent détracteur du capitalisme. Décidément, Donald Sutherland sait tout faire.

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