Paolo Virzi : "L'amour est une danse, mais c'est aussi une bataille"

Le réalisateur italien Paolo Virzì revient au cinéma dès le 3 janvier 2018 avec "L'Échappée Belle". Porté par Helen Mirren et Donald Sutherland, ce drame raconte l'histoire d'Ella et John, couple marié depuis toujours, qui décide de s'enfuir sur les routes pour échapper aux contraintes de la fin de vie.

Paolo Virzi : "L'amour est une danse, mais c'est aussi une bataille"
© Luca Bigazzi

John et Ella sont mariés depuis 50 ans. Pour que chacun d'entre eux reçoive les soins médicaux dont il a besoin et pour faire face à la volonté de leurs enfants, ils sont censés se séparer pendant les derniers jours de leur vie. Contrariés, les amoureux décident de partir pour un voyage sur la Route 1 des États-Unis avec leur camping-car. Leur ultime but : profiter de ces moments en duo et se rappeler les bons (et mauvais) souvenirs avec passion, humour et mélancolie. Voici ce que le réalisateur italien Paolo Virzì nous a raconté.

Le Journal des Femmes : Comment est née l'idée de ce film ?
Paolo Virzì : J'ai lu le livre The Leisure Seeker de Michael Zadoorian quand je tournais Les Opportunistes. J'ai aimé cet esprit de rébellion, cette ballade rythmée par l'amour conjugal et la liberté de vivre sa propre vie jusqu'à la fin, sans pactiser avec les contraintes de la famille ou de la société.

Alors que vous avez toujours tourné en italien, pourquoi vous êtes-vous entouré d'un casting américain cette fois ?
L'idée de faire un film en anglais m'amusait beaucoup, mais m'effrayait en même temps. Mes amis m'ont conseillé et inspiré. Dès le début de l'écriture, j'ai pensé à un casting américain. J'ai quand même amené une bonne partie de mon équipe italienne sur le tournage. Je reste un fils du cinéma italien.

Helen Mirren a reçu une candidature aux Golden Globes comme meilleure actrice : vous avez pensé à elle tout de suite pour ce rôle ?
Nous avons pensé à Helen et Donald (Sutherland, NDLR) au moment de l'écriture du script. Nous ne pensions pas que ça se réaliserait car les deux acteurs étaient très occupés, mais ils ont montré un véritable intérêt. J'ai rencontré Donald à Miami pour la première fois, il était déjà dans le rôle de John : il est arrivé à notre rendez-vous avec plein de livres sur Hemingway. Nous avons parlé dans sa voiture, il était en train de conduire, mais il avait déjà mémorisé tout le script. Helen m'a raconté qu'elle avait juré de ne jamais faire un film sur le cancer ou sur Alzheimer, mais qu'elle était tombée amoureuse du personnage d'Ella. Ils avaient tellement leurs personnages à cœur que lorsque je leur proposais de changer certaines scènes, ils refusaient.

© MLuca Bigazzi

Qu'est-ce qui vous intéressait dans le traitement d'un couple qui a passé sa vie ensemble et qui ne peut se séparer ?
Je voulais montrer quel était le secret de l'amour conjugal : se connaître, mais aussi avoir des secrets inavouables. Je voulais traiter cet esprit avec humour. C'est un sentiment anarchique, mais doux et drôle.

Une complicité qui dure depuis toujours : comment avez-vous retranscrit cela à l'écran ?
Helen et Donald sont eux-même dans un mariage qui dure depuis longtemps avec leur partenaire respectif, donc ils connaissent bien le sujet. On le voit dans les petits gestes : Ella enlève les lunettes de John quand il s'endort par exemple. Ce ne sont pas des choses que j'ai suggérées, cela venait de leur plein gré. Je connais depuis très peu de temps la vie de marié, mais c'est grâce à cette découverte que je me suis lancé dans ce projet. On ne peut pas prévoir l'amour conjugal, il ne doit pas se fonder sur la routine, mais il doit garder actifs des sentiments comme la jalousie et la passion. L'amour est une danse, mais aussi une bataille.

Qu'est-ce qui donne la force à Ella pour supporter son état de santé à elle et prendre soin de quelqu'un qui, parfois, ne se rappelle pas qui elle est ?
John est la force, Ella est le cerveau. C'est elle qui décide. Tout cela fait partie de son plan. Elle est très fragile, mais totalement lucide. C'est elle qui organise leur aventure. Ce film retranscrit comment je vois le rôle des hommes et le rôle des femmes dans la vie, pourquoi une femme est vitale dans la vie d'un homme.

Comment expliquer qu'Ella et John prennent la décision de s'isoler, de s'éloigner de leurs enfants à ce moment de leur vie. Sont-ils égoïstes ?
Au contraire ! Je dirais que c'est un acte de générosité pour ne pas surcharger leurs enfants. S'il y a un égoïsme, c'est celui de leurs enfants et du système qui ne laisse pas aux personnes âgées la liberté de vivre comme elles veulent.

L'Echappée Belle, de Paolo Virzi. Avec Helen Mirren et Donald Sutherland. Au cinéma le 3 janvier.

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