Clotilde Hesme : "Je vais vers plus de légèreté et de lumière"

Clotilde Hesme porte "Diane a les épaules" vers l'excellence grâce à son jeu tout en finesse. En mère porteuse insouciante, l'actrice admirée chez Garrel ou Honoré se révèle comique et attachante. Exit la comédienne mélancolique, place à la jeune femme drôle. Entretien.

Clotilde Hesme : "Je vais vers plus de légèreté et de lumière"
© Petit Films

Le Journal des Femmes : Le réalisateur a écrit Diane a les épaules pour vous. Comment avez-vous réagi ?
Clotilde Hesme : J'ai été extrêmement touchée et surtout agréablement surprise qu'un personnage féminin aussi débordant sorte de la tête d'un auteur masculin. Fabien a instauré entre nous une relation d'égalité et pas un rapport de désir. J'étais son alter-ego. Dans le film, il bouscule les codes. Le désir de paternité est plus fort du coté des hommes. Diane ne se réalise pas par la maternité. Elle ne regrette pas ce qu'elle est en train de faire, elle ne tombe pas dans le sacrifice. Elle se sent plutôt investie d'une mission, comme un Mel Gibson.

Vous vous retrouvez en elle ?
Oui, dans son rapport à la séduction, ou à la non-séduction plutôt, avec quelque chose de masculin. Elle n'entre pas dans les stéréotypes de la féminité… tout en étant féminine. Avec Fabien, on s'amuse à dire qu'il est ma part féminine et moi sa part masculine. Ses personnages ont une dualité. Ils dépassent la question du genre. Ils interrogent de nouveau l'image du couple, de la famille, de la filiation. Sa grossesse est un non-événement pour Diane. Le film n'apporte pas de justification sur son acte. C'est avant tout une comédie intelligente, divertissante et drôle l'air de rien.

"Je ne devais pas confondre ma maternité avec ce que je racontais dans le film"

Avez-vous eu votre mot à dire ?
Comme Fabien a écrit Diane en pensant à moi, j'ai même eu l'impression qu'il avait enregistré des trucs que j'avais pu dire (rires). Ce rôle mettait en scène ce que j'étais. Je venais d'accoucher. La maternité était très récente pour moi, je ne devais pas confondre ma vie avec ce que je racontais dans le film. C'était un peu dissociant, schizophrène. Je ne pouvais pas penser à mon enfant. Le personnage s'est aussi nourri de cette sensibilité-là.

Vous avez même proposé qu'on vous filme à 7 mois et demi de grossesse...
C'était important de montrer le corps tel qu'il est à ce moment-là. Porter des faux ventres, surtout dans l'eau comme la scène de la piscine, c'est catastrophique, Ça m'a demandé un jour de tournage en piscine chauffée dans un studio. J'étais comme un cachalot qui se retournait. Je pense que ma fille ne m'en a pas tenu rigueur !

Alors que vous veniez d'être maman, qu'avez-vous ressenti au moment du visionnage ?
J'ai vu que mon corps était différent. On n'a pas la même silhouette un mois après avoir accouché et 18 mois après. Ça photographie une période. J'étais en plein post-partum pendant le tournage donc je n'étais pas sure d'être capable de jouer une fille enjouée, rigolote, qui n'a aucune conscience de ce qu'elle fait. J'ai demandé à Fabien s'il ne préférait pas prendre une actrice drôle. J'ai porté un enfant dans le film, mais j'ai été portée par le réalisateur.

Clotilde Hesme dans "Diane a les épaules" © Petit Films

Le film pose la question de la mise à disposition de son corps au service de l'autre. Le rôle d'une actrice (ou d'un acteur) est-il de se mettre à la disposition d'un réalisateur, d'autres comédiens ?
Ce n'est pas un service qu'on accepte de rendre, mais les acteurs font feu de tout bois : avec ce qu'ils sont, ce qu'ils ont traversé. On devient meilleurs en vieillissant, après avoir été lestés et allégés de certaines choses. Diane tend vers la gravité, la prise de conscience. Mon parcours est à l'inverse : vers plus de légèreté, de lumière. J'aime la tournure que ça prend. On est responsables des signaux qu'on envoie. Je ne peux pas reprocher aux gens d'avoir vu en moi des personnages plus mélancoliques, mais j'ai très envie de continuer dans le burlesque, dans la comédie sans cynisme. Avec Diane a les épaules, je réussis enfin la synthèse d'un film exigeant, qui donne à réfléchir l'air de rien et qui peut toucher un large public.

"Le problème de la comédie, c'est que les rôles féminins sont rarement intéressants"

On pourrait bientôt vous voir dans une grande comédie populaire ?
J'ai fait de très belles choses qui sont souvent restées confidentielles. Je n'ai jamais eu la volonté de faire des films pour une poignée d'initiés entre Saint-Germain et je ne sais pas où ! Le problème de la comédie, c'est que les rôles féminins sont rarement intéressants. Je ne suis pas une grande intellectuelle, mais j'ai envie que mes personnages soient vraiment drôles. On n'a jamais le beau rôle dans ce genre de films...

Vous faites attention à l'image que vos rôles renvoient ?
C'est inconscient, complètement ancré en moi. Si je pense que le film est porté par des mauvaises raisons, des prétextes, alors je dis non. Je suis assez attentive. Quand je n'aime pas quelque chose, je le sens tout de suite.

Qu'avez-vous appris avec ce film ?
C'est parce qu'on réfléchit ou qu'on formule les choses qu'on réalise la portée d'un film. Je ne me suis pas posé toutes ces questions avant le tournage. Je n'avais pas notion de ce qu'était la GPA. Diane m'a nourrie. Les personnages qui nous donnent l'impression d'y laisser beaucoup sont ceux qui nous apportent le plus. Je sens qu'il amorce un tournant que j'avais envie de prendre depuis un certain temps. Je compte bien continuer à défendre le féminin dans sa représentation.

Diane a les épaules, de Fabien Gorgeart, avec Clotilde Hesme. Au cinéma le 15 novembre.

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