"DIANE A LES EPAULES ne montre pas la femme comme objet de désir"

Fabien Gorgeart signe un premier film drôle et émouvant avec "Diane a les épaules", en salles le 15 novembre 2017, dans lequel Clotilde Hesme devient mère porteuse pour rendre service à un couple d'amis homosexuels. Rencontre avec un cinéaste inspiré.

"DIANE A LES EPAULES ne montre pas la femme comme objet de désir"
© Petit Films

Le Journal des Femmes : Comment est née l'idée de Diane a les épaules ?
Fabien Gorgeart : Le film est la cristallisation de plein de désirs. J'avais envie de trouver un personnage et d'écrire pour Clotilde Hesme. Ensuite, j'ai toujours été intéressé par la procréation, la paternité décalé. Des amis à moi se sont lancés dans la GPA : ça a ouvert un champ de réflexion. J'étais moi-même animé par le désir très brûlant de devenir père et ça ne se passait pas très bien. Vous additionnez tout ça et vous ajoutez une amie enceinte qui se déboîte l'épaule et qui oublie de préciser sa grossesse aux pompiers. C'est comme si elle avait appuyé sur un bouton : j'ai développé Diane a les épaules autour de cette idée.

Diriez-vous que c'est un film sur la GPA ?
Ce n'est pas un film sur la GPA, c'est un film sur des gens qui ont recours à la GPA. On ne peut pas avoir d'avis tranché sur la question tellement ça appartient à des histoires singulières. Rien n'est pamphlétaire. Je voulais savoir comment ces gens se réinventent, comment ils vivent ça. Pour Diane, qu'est-ce que ça raconte de son personnage de femme : est-ce une femme libre, une femme ventre ? J'ai dû m'autoriser à être femme pour mon premier long-métrage. En tant qu'homme, je pouvais écrire "je peux séparer ma tête de mon ventre", mais est-ce que c'était aussi une vérité pour elle ? Je ne voulais pas filmer une femme comme objet de désir, mais comme quelqu'un avec qui j'ai une similarité, une connivence. J'aime Almodovar pour ça : il est pas dans cette mécanique là. J'aime aussi des réalisateurs qui le sont, comme Hitchcock ou Truffaut, mais je n'avais pas envie d’être ce genre de cinéaste.

"Clotilde Hesme est aussi une ado dégingandée, une camarade de chambrée"

Qu'est ce qui vous fascine chez Clotilde Hesme ?
Je l'aimais beaucoup chez Honoré ou Garrel en tant que pur spectateur de cinéma. En la rencontrant, j'ai découvert un autre pan de sa personnalité. Elle n'était plus la femme fatale mélancolique, mais aussi une ado dégingandée, une camarade de chambrée. Aussi féminine soit-elle, il y avait aussi une connivence. Elle peut très bien être un vieux pote avec qui on peut faire le con. Ça a cassé plein d'images et de frontières que j'avais. Je la trouve fascinante pour ça. Elle a cette énergie, cette drôlerie que je n'avais pas encore vu chez elle au cinéma. Comme je m'autorisais à casser cet objet du désir, je m’engageais à simplement filmer quelqu'un.

Il s'avère qu'elle était enceinte au moment du tournage...
Tout s'est miraculeusement résolu. Clotilde a été impliquée très tôt dans le projet, bien avant qu'elle attende un enfant. J'ai développé le scénario pendant 2 ans. Quand il était prêt à entrer en production, elle m'a annoncé qu'elle était enceinte et qu'elle voulait que ça profite au film. C'est là qu'on a tourné les plans de la piscine. Elle était à 7 mois et demi. C'était un miracle parce qu'on était hantés par l'idée de filmer une fausse grossesse. Il s'est passé un autre hasard heureux pour le nouveau né qu'on voit à l'écran. On n'a pas le droit de filmer un enfant en dessous de 3 mois au cinéma. Finalement, je suis devenu père pendant cette période et c'est ma fille de 15 jours qu'on a filmée.

"Il y a aussi des révolutions souterraines grâce à des gens capables de se réinventer"

Le réalisme des situations, du couple, des personnages, est frappant : c'était recherché dès l'écriture ?
C'était une attention particulière. Pour que les détails se voient, il ne faut pas les noyer. Tout le film doit être à ce niveau-là. Donc oui, c'était au scénario. J'ai essayé d'apprendre cette précision en travaillant avec le réalisateur roumain Razvan Radulescu. Pour le couple, on y croit parce qu'il marche sur le principe inverse de la comédie romantique. Ce n'est pas un coup de foudre : ce sont des gens qui créent un lien parce qu'ils traversent quelque chose ensemble.

Dans Diane a les épaules, vous renversez les codes : les hommes ont le besoin d'être pères alors que la femme est totalement détachée...
Les hommes du film veulent absolument un enfant et les femmes sont juste là pour les faire. L'instinct maternel est une autre question encore. C'était important pour moi d'inverser les codes sans avoir l'impression de faire de la provocation. Je voulais que ce soit naturel. J'aime que des spectateurs réalisent après coup "ah mais elle est comme ça". Il y a des révolutions politiques flagrantes, mais il y a aussi des révolutions plus souterraines grâce à des gens capables de se réinventer eux-même. On ne l'a pas vu venir et maintenant les gens sont comme ça. Je voulais changer les mentalités sans mettre la tête dedans au public, juste en modifiant le système de représentation l'air de rien.

Qu'est-ce qui vous intéresse dans la parentalité ?
Je me suis beaucoup posé la question parce que je reviens toujours à ce sujet dans mes films. Ma mère était assistante maternelle. On accueillait des enfants de la DASS, qu'on considérait comme des frères et sœurs, jusqu'au jour où ils étaient replacés dans des familles. Ma mère était mère professionnelle et mère maternelle. Elle a dû faire le tri dans ses émotions. Qu'est ce que la parentalité ? Quel est le lien qui nous unit ? Comment on se repositionne ? j'ai été rattrapé par ces questions dans ma vie. J'ai aussi eu du mal à devenir papa. J'en reviens tout le temps à ça. C'est mon terrain de jeu.

Diane a les épaules de Fabien Gorgeart. Au cinéma le 15 novembre 2017.


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