Michel Hazanavicius : "Si ma vie était un film, ce serait une comédie familiale"

Michel Hazanavicius prouve la puissance de son talent avec son dernier film, "Le Redoutable", au cinéma le 13 septembre. En interview, le président du jury au Festival du Cinéma Américain de Deauville est tout aussi intelligent et intéressant que son œuvre. Entretien.

Michel Hazanavicius : "Si ma vie était un film, ce serait une comédie familiale"
© Arthur Mola/AP/SIPA

Le Journal des Femmes : Quel est votre premier souvenir de cinéma ?
Michel Hazanavicius : Mon premier souvenir de cinéma c'est Pinocchio, terrifiant. Je me rappelle avoir vu L'Arnaque dans un Rex complètement plein et Frankenstein Junior aussi. Quand le film a commencé, j'ai d'abord eu très peur et j'ai compris que c'était une comédie.

Vous souvenez-vous de la première fois qu'un film vous a bouleversé ?
En voyant Le troisième homme j'ai compris que le cinéma n'était pas seulement une manière de raconter une histoire. J'ai vu quelqu'un se servir de la lumière pour faire plus que d'enregistrer la réalité. Je ne m'étais jamais posé la question avant, mais de voir ces effets dramatiques, presque expressionnistes, ça m'a frappé.

Une scène de film que vous aimeriez vivre ?
La fin de Cars. quand Flash McQueen renonce à la victoire pour aider Doc à franchir la ligne d'arrivée. Il gagne plus qu'une simple course en aidant le vieux à finir dignement. J'aimerais vivre un truc comme ça, être le rookie qui se sacrifie pour la dignité de quelqu'un qu'il admire et respecte.

"J'aimerais être un rookie qui se sacrifie pour la dignité de quelqu'un qu'il respecte"

Une scène de votre vie que vous aimeriez voir sur grand écran ?
Quand j'étais gamin, un copain qui faisait du foot au Paris Football Club m'a demandé de venir le voir jouer. Comme il manquait un joueur, j'ai enfilé une tenue trop grande et j'y suis allé avec mes Kickers. Mon pote était goal, je lui ai marqué 6 buts. Son père, l'entraîneur, était comme un dingue. Il m'a demandé d'adhérer au club. J'y suis resté trois ans, on a gagné la coupe de Paris et j'ai même joué contre le Barça ! Ce match était épique.

Et si votre vie devait être un film ?
Si ma vie était un film, ce serait une comédie familiale type Treize à la douzaine. J'ai 4 enfants, je vis avec une femme magnifique. mon quotidien est hyper tranquille. Je ne pense pas que ce serait assez intéressant au cinéma, alors je confierais la réalisation à John Landis (The Blues Brothers), pour en faire un truc sympa. Je mettrais Jim Carrey dans mon rôle et le titre serait "Le grand con", porté par le morceau Family Affair de Sly and the Family Stone.

Le prix que vous aimeriez qu'on vous décerne ?
Les gadgets qu'ils vendent à Los Angeles genre "Oscar du meilleur papa" : un truc en plastique, mais qui fait plaisir.

Michel Hazanavicius et Bérénice Béjo à Cannes © David Fisher/Shuttersto/SIPA

Vous êtes président du jury au Festival du Cinéma Américain de Deauville. Comment vivez-vous ce rôle ?
Quand vous allez au cinéma, c'est comme chez le psy : vous payez. ça fait partie du processus. Vous exprimez un désir. Quand vous êtes juré ou critique, vous vous asseyez et le film vient à vous. Il manque un truc pour que ça fonctionne. Là, je regarde parfois des films pour lesquels je n'ai aucun désir au départ. Il faut les laisser venir pour voir ce qu'ils ont à proposer.

Quand vous êtes dans l'autre position, l'avis des autres compte-t-il à vos yeux ?
Sur The Search, les critiques ont été très douloureuses, mais j'en suis revenu. J'ai entendu Daniel Auteuil dire quelque chose de très sage : "Il ne faut pas croire ce que les gens disent de vous, en bien ou en mal." Dès qu'on a intégré ça, chacun est dans son rôle. Je fais des films, les critiques critiquent. Je me suis construit une espèce de carapace.

Bérénice Béjo trouve que Le Redoutable est votre film le plus personnel. Vous validez ?
Les films ressemblent toujours énormément à leur réalisateur. Mes autres films sont très personnels aussi, mais plus dans la manière de m'exprimer et de voir les choses. Là, pour la première fois, des segments de moi servent d'objet au film. Je me sers de ce réalisateur qui vient de se prendre un râteau, qui se remet en question, qui vit avec une actrice... Bérénice reconnait un truc d'autodérision parce que je parle de moi en me servant de Godard. Ma mère aussi pense que c'est mon meilleur film, mais elle dit ça depuis le premier (sourire)…

"Ce n'est pas parce qu'on est léger qu'il n'y a pas d'enjeu"

Le cinéaste qui se demande s'il veut continuer à faire de l'art, c'est un peu vous ?
On se pose toujours des questions sur le choix du prochain film, ce que ça implique, ce que ça raconte, Ce n'est pas parce qu'on fait des comédies qu'on n'est pas en prise avec ce qu'il se passe. Ce n'est pas parce qu'on est léger qu'il n'y a pas d'enjeu. Il y a plein de choses dans Le Redoutable que je pense. comme le fait que décider de ne pas faire de politique, pour moi c'est de la politique. Ce film m'a aussi permis de poser des questions auxquelles je n'ai pas forcément les réponses. Pour la première fois, j'ai essayé de faire de la comédie en m'autorisant plein de types différents, sans sacrifier les personnages et l'histoire. Dans The Artist, ils sont importants, mais ce n'est pas drôle. Je n'y vois rien de parodique. OSS, c'est franchement de la comédie, même s'il y a un fond politico-machin. Les personnages n'ont pas d'épaisseur, aucune réalité. Là j'ai essayé de mélanger tout ça. 

Et concernant les rumeurs sur un troisième OSS ?
OSS 3 n'existe pas encore ! J'adore qu'on me le demande parce que c'est comme si on me disait "j'adore le 1 et le 2". Le choix du film est hyper important. je ne peux pas faire un film juste parce que les gens me le demandent. Je suis hyper content de refaire de la comédie. Tourner de nouveau avec Jean Dujardin me fait très envie. Après, OSS ou pas, on verra.

Qu'est-ce qui est mieux "à l'américaine" ?
La classe est mieux à l'américaine. C'est le nom d'un de mes films et aussi celui de ma société de production et j'aime bien cette idée, même si tout le monde sait que les Italiens et les Argentins ont plus de classe.

Les sirènes d'Hollywood vous appellent-elles ?
Je n'entends pas les sirènes d'Hollywood parce que c'est du concret. Je reçois des propositions par mails : tu veux lire ce scénario ? Tu veux rencontrer machin ? Ce sont des projets. Faire un film américain juste parce qu'il est américain ça n'a aucun sens. Je veux faire des bons films, peu importe qu'ils soient français ou italiens.

Quelle est l'icône hollywoodienne qui vous a marqué ?
Il y a plein de stars que j'adore. Si je pars dans une liste, ça ne s’arrête plus. De John Wayne à Humphrey Bogart en passant par Steve McQueen… Mais aussi Tom Hanks, Katharine Hepburn, Marilyn Monroe, Meg Ryan, qui est d'ailleurs là à l’hôtel (rires), Mel Brooks, que j'ai eu la chance de rencontrer... J'ai été formé et éduqué par le cinéma américain. Comme beaucoup. On a tous forgé des morales de vie, des valeurs, tirées de ces films.

Le Redoutable de Michel Hazanavicius, au cinéma le 13 septembre.

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