Réparer les Vivants, de la belle ouvrage

Adaptation remarquable et délicate du roman de Maylis de Kerangal, "Réparer les vivants" entrecroise l'histoire d'un adolescent victime d'un accident de voiture et celle d'une quinquagénaire malade du cœur. Bouleversant jusqu'aux larmes, ce film porte à l'écran l'épineuse question du don d'organes.

© Mars Films

C'est avec minutie, pudeur et émotion que la cinéaste Katell Quillévéré (dont Réparer les Vivants est le troisième long métrage, après Un poison violent et le louangé Suzanne), place avec intelligence le spectateur face à la tragédie et l'engage à cent "pour sang" dans une course contre la montre.

Parti surfer sur une plage de Normandie avec des amis, puis terrassé par un accident de la route, le jeune Simon est transporté aux urgences du Havre. Il est déclaré en état de mort cérébrale. Ses parents, interprétés par Emmanuelle Seigner (talent brut) et le rappeur Kool Shen, sont plongés dans la douleur et l'incompréhension. Et un lancinant espoir : comment leur fils serait-il décédé puisque son cœur bat encore ?

A l'hôpital, confrontés au médecin (Bouli Lanners) puis à l'infirmier du centre de transplantation (Tahar Rahim exceptionnel dans ce rôle), ils vont prendre une lourde décision : accepter d'ouvrir le corps de leur fils et de donner ses organes. Une greffe providentielle pour Claire (Anne Dorval), une femme atteinte d'une grave pathologie cardiaque... 

Compte à rebours sous tension du périple d'un cœur battant, "Réparer les vivants", ovationné à la Mostra de Venise comme au Festival de Toronto, est un opus aussi poignant que le livre éponyme, succès littéraire de l'année 2014.
Sans complaisance ni pathos, avec la juste distance face au choix crucial d'une famille, la réalisatrice Katell Quillévéré, 36 ans, réussit la prouesse d'allier exigence documentaire, rythme palpitant et extrême sensibilité. Un exercice relevé avec grâce et brio jusque dans la musique lyrique d'Alexandre Desplat.

En salles le 1er novembre © Mars Films

Un coup de projecteur sur les règles mal connues du don d'organe

"Pourquoi on ne l'opère pas ?", "Il y a bien des gens qui sortent du coma...": les interrogations au début du film montrent bien la difficulté pour les soignants d'aborder le sujet avec les proches qui peinent encore à accepter la disparition d'un être cher.

"Dans ce cas, le donneur est mineur, c'est donc aux parents de décider", a expliqué le Pr Olivier Bastien, chargé des prélèvements et greffes d'organes à l'Agence de la biomédecine, lors d'une conférence de presse. Mais pour les adultes, la loi stipule que l'on est donneur présumé, à moins d'avoir exprimé son refus sur le registre national en renvoyant un formulaire et une pièce d'identité par voie postale. Un principe que seulement 7% des Français connaissent.

Si plus de 5.700 greffes d'organes ont été réalisées l'an dernier en France, plaçant le pays au premier rang européen, la liste des personnes en attente de greffe s'allonge: elles étaient plus de 21.000 fin 2015, un chiffre qui a doublé en vingt ans.