Lucy Boynton (Sing Street), sur un Eire de rock'n'roll

Elle crève l'écran dans "Sing Street", nouveau film musical de John Carney, au cinéma le 26 octobre. Lucy Boynton, jeune Anglaise de 22 ans, est aussi douce et solaire dans la vie que mystérieuse dans le film. Interview d'un talent à suivre.

© PJB/SIPA

Inconnue en France, Lucy Boynton n'est pourtant pas une débutante. À seulement 22 ans, la comédienne anglaise a déjà 10 ans de carrière derrière elle. "Je me sens si vieille !", s'exclame-t-elle quand nous lui faisons la remarque. Sing Street devrait définitivement la faire sortir de l'anonymat dans l'Hexagone. En l'espace d'une journée, lors de la présentation du film au 42e Festival de Deauville, tous les projecteurs se sont braqués sur elle. Dans le long-métrage de John Carney, qui retourne au film musical après Once et New York Melody, elle incarne la mystérieuse Raphina, aussi excentrique et forte qu'elle semble en réalité douce et discrète. Apprentie mannequin, elle rêve de faire carrière en Angleterre. Pas étonnant que le jeune Cosmo ait craqué sur elle, au point de monter un groupe et d'en faire la star de ses clips dans l'Irlande des années 80...

Lorsque nous la rencontrons, Lucy Boynton est méconnaissable : elle a troqué sa crinière noire pour une lumineuse chevelure blonde et opté pour un look moins rock'n'roll. Si elle est restée hors des radars pendant si longtemps, c'est parce qu'elle a privilégié ses études au cinéma. Elle débute à 12 ans en 2006 dans le film Miss Potter, où elle incarne la version jeune de Renée Zellweger. Trois ans plus tard, elle reprend le chemin de l'école et ne retourne sur les plateaux qu'à 18 ans. Bonne pioche avec Sing Street, feel-good movie inspirant et inspiré. La route de Lucy Boynton promet d'être longue et on lui souhaite aussi rock'n'roll qu'enchantée...

Le Journal des Femmes : Qu'est-ce qui vous a plu dans le scénario de Sing Street ?
Lucy Boynton :
Il était vraiment unique. Le genre de script où vous réalisez dès la deuxième page à quel point il est spécial. J'aime la manière dont John Carney capture le contraste entre la part d'ombre et de lumière dans la vie des gens, la manière dont ils peuvent avoir de l'espoir tout en étant très ancrés dans la réalité. C'est aussi ce qui m'a plu dans le personnage de Raphina. Elle est très lumineuse, mais a une part d'ombre. 

Le Journal des Femmes : Qu'avez-vous en commun avec elle ?
Lucy Boynton :
Pas grand-chose. Elle est bien plus cool que moi. 

Le Journal des Femmes : Etes-vous fan de musique ?
Lucy Boynton :
Je suis une grande fan de musique. Je ne connaissais pas très bien celle des années 80 avant de tourner le film. Ça a fait mon éducation et mon iTunes est devenu bien meilleur grâce à ça. La musique a été une grande partie du travail, avec les clips. Ils m'ont permis de trouver la bonne attitude, de comprendre les sentiments des personnages et des gens à cette époque, mais aussi d'en savoir plus sur leur style vestimentaire, leur maquillage et leur coiffure. 

Le Journal des Femmes : Le look de Raphina est incroyable. Comment l'avez-vous créé ?
Lucy Boynton :
Il est tellement cool et il me manque tous les jours ! (rires) Nous avions une équipe coiffure et maquillage incroyable, ainsi que de fantastiques costumiers. La première fois que j'ai fait des essayages, il y avait des photos de Madonna et Debbie Harry affichées sur les murs. Les habits de Raphina sont aussi un costume pour elle. Elle se cache derrière cette façade avec sa coiffure, son maquillage, ses tenues colorées pour garder une distance de sécurité avec les gens. C'était intéressant à travailler.

Le Journal des Femmes : Comment avez-vous instauré cette harmonie de groupe avec les autres comédiens ?
Lucy Boynton :
J'ai passé la plupart du temps avec Ferdia [Walsh-Peelo, ndlr]. Pendant une semaine, John Carney nous a enfermés dans son bureau et nous a fait voir des films pour créer des liens, notamment des films de Wes Anderson. Les garçons étaient tellement amusants. Ils me manquent vraiment.

© Mars Film

Le Journal des Femmes : Quelle scène avez-vous préféré tourner ? 
Lucy Boynton : J'adore le bal de promo parce que c'est la seule fois où tout le casting est réuni. La scène parle de rédemption et de pardon. C'était génial d'être ensemble dans cet univers surréel, en changeant de costumes. Nous nous sommes entraînés pour la scène de danse. C'était très amusant !

Le Journal des Femmes : La scène la plus difficile ?
Lucy Boynton :
Sans aucun doute celle où je saute dans l'eau. Dans le film, la scène dure 30 secondes, mais elle a nécessité 2 journées entières de tournage. L'eau était glacée, on était au milieu du mois de novembre, en Irlande. Il nous a fallu beaucoup de chocolat chaud et de serviettes. Je ne l'oublierai pas de sitôt. 

Le Journal des Femmes : Comme Raphina, avez-vous déjà été animée par une passion tellement forte que l'opinion des autres ne comptait plus ?
Lucy Boynton :
D'une certaine manière, je pris le contre-pied de tous mes amis. Quand ils sont allés à l'université, j'ai ressenti une grande pression pour faire la même chose, mais j'ai toujours su dès l'âge de 12 ans, que je voulais, que je devais devenir actrice. Mes parents étaient très inquiets pour mon avenir. Je devais faire ce que je savais être juste. J'ai été très chanceuse avec les opportunités qui m'ont été offertes et je ne pouvais pas envisager une seconde d'y renoncer.

Le Journal des Femmes : Comment est né votre intérêt pour le jeu ?  
Lucy Boynton :
Nous avions une fantastique professeur de théâtre à l'école quand j'avais 10 ans. La comédie m'était présentée comme l'expression de l'humain, de ses réactions, plutôt que comme un jeu où l'on faisait semblant. Ensuite, j'ai eu énormément de chance. A 12 ans, un directeur de casting est venu voir la pièce de l'école. Il m'a fait passer une audition pour Miss Potter. Après la première heure sur le plateau, je me suis dit : "On y est. Rien ne me rendra plus heureuse que ça."  

Le Journal des Femmes : Quels sont vos modèles dans l'industrie du cinéma ?    
Lucy Boynton :
Je suis une grande fan de Felicity Jones et de Marion Cotillard, qui est l'incarnation de l'élégance. C'est un vrai caméléon. J'aime beaucoup aussi Anne-Marie Duff et Michael Shannon.

Découvrez la bande-annonce de Sing Street, en salles le 26 octobre :