Paula Beer, Frantzment magnifique

Dans "FRANTZ", le nouveau film de François Ozon, Paula Beer prête son teint de porcelaine et ses yeux de velours à Anna, veuve pleurant la mort de son fiancé. La jeune femme s'est confiée dans son plus beau français. Rencontre.

© Mars Film

Ludivine Sagnier dans Swimming Pool, Marine Vacth dans Jeune et Jolie... François Ozon a le chic pour dénicher les talents féminins de demain. Et surtout l'art de les filmer. Dans FRANTZ son nouveau film en salles le 7 septembre, sa magnifique "trouvaille" est Paula Beer, une jeune allemande de 21 ans. Héroïne mélancolique de ce drame situé au lendemain de la Première Guerre Mondiale, l'actrice filmée en noir et blanc irradie l'écran de beauté. Même Pierre Niney, son partenaire, semble troublé. Comment ne pas succomber à cette jeune première capable de s'exprimer dans la langue de Molière avec un accent aussi bluffant que charmant ? C'est en couleurs que nous rencontrons la jeune femme. Avec Paula Beer, un regard suffit - le nôtre plongé dans le sien - pour avoir la certitude qu'elle ira loin.  

Paula Beer est Anna dans Frantz en salles le 7 septembre 2009 © Mars Film

Le Journal Des Femmes : Paula, pourriez-vous nous présenter Anna avec vos mots ?  
Paula Beer : Anna est une jeune femme qui s'est arrêtée de vivre depuis la mort de son fiancé Frantz, tombé pendant la première guerre mondiale. Elle a mis sa vie entre parenthèse et s'occupe de ses beaux-parents chez qui elle vit. Sa vie est rythmée par ses allers-retours au cimetière jusqu'à sa rencontre avec le mystérieux Adrien (Pierre Niney). Au contact de ce Français, elle va prendre conscience qu'elle est de nouveau capable de vivre. Il va engendrer une sorte de renaissance chez elle.

Un Français avec lequel elle communique dans sa langue. Où l'avez-vous apprise ?
En partie à l'école mais surtout lors de mon séjour à Paris où je me suis installée pour un tournage. Je suis restée pour perfectionner mon français. Il est loin d'être parfait mais François Ozon ne souhaitait pas que je le travaille avec un coach. Il craignait que je perde mon accent qu'il jugeait approprié le rôle.

Était-ce plus difficile d'exprimer vos émotions ?
C'était d'autant plus difficile que le contexte du film est très riche émotionnellement. Pour être la plus juste, je répétais tous les soirs en allemand. Cela me permettait de ressentir mes émotions et de connecter mon français en jouant. Je me sentais plus libre ainsi, moins focalisée sur la langue.

Pierre Niney a semblé dire qu'il y avait quelque chose d'érotique dans cette rencontre des langues…
Complètement. Parce que la barrière est excitante, cela attise la curiosité. Il y a une rencontre de l'autre, et de sa culture aussi. C'est une façon différente de découvrir une personne.

Le mensonge est au cœur du film. Plus personnellement, est-ce quelque chose que vous pratiquez ?
Rarement ou des petits mensonges. J'estime que l'on ne peut s'accomplir que dans la vérité. Ne serait-ce que pour être dans l'échange. Même si la vérité n'est pas toujours bonne à entendre et qu'elle suppose du courage, elle facilite la vie. Je suis une "pro vérité" (rires, ndlr). 

Pourtant, Anna ne fait pas ce choix-là avec ses beaux-parents…  
C'est une question de contexte. Anna porte leur souffrance en plus de la sienne. Lorsque la lumière se fait de nouveau dans leur maison, elle n'a plus envie de faire marche arrière. Elle a de nouveau goûté à la joie et partagé la leur, et préfère donc les préserver de la vérité. Elle ne peut pas concevoir de les voir à nouveau malheureux. Elle choisit le mensonge pour que chacun puisse continuer à vivre. La distance géographique qu'elle met avec ses beaux-parents facilite cette décision.

Elle accepte aussi de pardonner Adrien…
C'est la force d'Anna. Sans le pardon qu'elle lui accorde, elle ne pourrait pas ouvrir un nouveau chapitre dans sa vie.

Savez-vous pardonner ?
Je ne suis pas rancunière mais j'ai besoin qu'on s'excuse. Si la personne qui m'a blessée s'excuse, je passe à autre chose très facilement.

Comme Anna, seriez-vous prête à partir à l'aventure pour un homme ?
Je ne me suis jamais retrouvée dans cette situation mais lorsque j'avais 18 ans j'ai pris la décision d'aller passer un an à Paris. Je trouve qu'il y a quelque chose d'exaltant d'être à l'étranger. Tout y est nouveau, on se sent plus libre. D'être vraiment soi ou une autre personne. Cela dit, je suis assez casanière. Avec mon métier, je voyage beaucoup. J'ai besoin de retrouver mes proches et mon cocon dès que je peux.

Anna a un acte désespéré dans le film… Le comprenez-vous ?
Dans le contexte oui. Elle a perdu son fiancé, découvert une effroyable vérité, repris espoir puis reperdu. Elle commet cet acte car elle ne sait ni pour quoi, ni pour qui continuer. Parfois, la mort, c'est le début de quelque chose de nouveau.

On parle de vous comme la nouvelle Romy Schneider. Cela vous met-il la pression ?
C'est une immense actrice, je prends ça comme un très joli compliment. Et c'est rassurant. Cela prouve que le public a aimé le film et mon jeu. J'avais tellement peur que cela ne fonctionne pas à cause de mon français. C'est encourageant et cela ne peut que me motiver pour la suite.

Dans le film, les allemands sont loin du cliché du "méchant nazi" auxquels ils sont souvent cantonnés en France. Y'a-t-il aussi un genre du Français dans les films allemands ? 
Celui qui se moque de tout, un peu arrogant, snob (rires).

Avec Pierre Niney, vous formez un magnifique couple de cinéma en noir et blanc. Avez-vous une référence en la matière ?
Jules et Jim. Ce film est d'une grande beauté.

Interview vérité

Comment jugez-vous l'allemand de Pierre Niney ?
Très bon. Son accent est bluffant.

A l'apéro, vous êtes plutôt bière allemande ou vin français ?
Vin blanc. Je ne suis vraiment pas très bière !

Entre strudel et tarte aux pommes, quel dessert a votre préférence ?
Le strudel sans hésiter. Avec une boule de glace à la vanille, c'est un délice. Mais je raffole des tartelettes aux fruits en France !

Entre Angela Merkel et François Hollande, avec lequel préféreriez-vous dîner ?
Ni l'un ni l'autre. Je choisirais plutôt mes amis.

Qu'est-ce qui vous déplaît chez les Français ?
Leur arrogance et lorsqu'il te dévisage des pieds à la tête pour juger ta tenue.

Et ce que vous aimez ?
Leur art de vivre. Pendant le tournage, le déjeuner était un moment très précieux. Toute l'équipe prenait le temps de manger, ensemble. J'adore cette tradition.

Ce que vous n'aimez pas chez les Allemands ?
Je les adore ! Ils sont parfois trop pessimistes.

Et ce que vous aimez ?
Ils sont serviables. Ce sont des personnes de parole : s'ils disent qu'il te donnent un coup de main, ils le feront toujours et à l'heure !

Qu'aimez-vous à Paris ?
Son romantisme, sa beauté. Et on y mange tellement bien. Paris a la classe !

Et à Berlin, votre ville ?
Les cafés avec leur canapé, leurs petites chaises. Tout est très cosy. Moins guindé qu'à Paris.

Enviez-vous le style de la parisienne ?
Oui. J'adore faire du shopping ici. C'est beaucoup plus simple qu'à Berlin.

Quelle est votre plus grosse honte ?
Ah je ne peux pas le dire !

Et votre plus gros défaut ?
C'est à la fois un défaut et une qualité. Je suis très perfectionniste ce qui peut être très handicapant.

Quel est votre atout séduction ?
Mes yeux je crois…

Quelle est votre saison préférée ?
Le printemps et l'automne. Ce sont deux saisons qui annoncent les premières et dernières fois du soleil et des feuilles. C'est aussi idéal pour se balader car plus frais qu'en été et moins froid qu'en hiver.

Êtes-vous addict à votre téléphone ?
Pas du tout. Je l'utilise surtout pour envoyer des SMS. Et prendre quelques photos aussi.

Quel est votre quartier préféré à Paris ?
Le Xe arrondissement et son Canal Saint Martin.

Que diriez-vous à un spectateur pour le convaincre d'aller voir le film ?
Qu'il interroge, questionne sur des sujets profonds auxquels chaque personne peut être confrontée dans sa vie. Il donne vraiment à réfléchir.

FRANTZ de François Ozon © Mars Distribution

FRANTZ est un ovni tant dans le paysage cinématographique que dans la filmographie de François Ozon. Le noir et blanc y prend tout son sens. A la fois sombre et lumineux, révélateur d'une éclatante beauté, il se fixe sur les visages de ses acteurs principaux Paula Beer et Pierre Niney. Plutôt que de se concentrer sur la couleur de leurs vêtements, cheveux ou de leurs yeux, on ne voit plus que leur expression : souvent empreinte de douleur mais toujours d'une splendeur inouïe. 

Beaucoup d'amour et de tendresse aussi dans ce film. Le couple de parents, formidablement interprété, est aussi touchant qu'émouvant, quand Paula Beer, tout en retenue et délicatesse, se révèle sous les traits d'une fiancée transie d'amour puis tiraillée par des désirs complexes. Bercé par les notes de violons d'Adrien et du piano d'Anna, l'usage des langues allemandes et françaises rythme cette symphonie des sentiments avec une incroyable douceur. On n'oubliera pas FRANTZ

En salles le 7 septembre 2016