Finnegan Oldfield (Nocturama) : "J'aime sortir du rang"

Finnegan Oldfield fait partie de la bande de poseurs de bombes de "Nocturama". Face à la caméra de Bertrand Bonello, l'acteur de 25 ans incarne un rebelle flamboyant. Face à nous, il évoque son parcours hors des sentiers battus, la nuit et ses rôles.

© Carole Bethuel / Wild Bunch Distribution

"Il y a un roman de James Joyce qui s'appelle "Finnegans Wake". Bah… apparemment mon prénom n'a rien à voir", nous explique Finnegan Oldfield dans un sourire. Fils d'un Anglais et d'une Française, la nouvelle gueule du cinéma hexagonal tient son nom d'Huckeberry Finn, l'acolyte de Tom Sawyer. "Le petit vagabond", précise-t-il. Ça lui va bien.
Repéré grâce à Gang Bang et nommé en tant que Meilleur espoir masculin aux César avec Les Cowboys, ce rebelle à tâches de rousseur met le feu dans Nocturama, de Bertrand Bonello. On le suit, lui et un groupe de jeunes d'horizons différents, se retrancher pour la nuit dans un grand magasin après avoir commis des attentats. Le Parisien de 25 ans joue David, le mec observateur, amoureux, à la fois lâche et courageux. Il se détache de cette fresque ardente comme une flamme plus vive que les autres. Ce rôle, il l'a eu en "faisant le cake" face au réalisateur de Saint Laurent, lui parlant entre autres de cinéma anglais. Pendant l'interview, on note son envie de bien faire. Une force de caractère qui convainc. Après Bonello et Quillévéré (cette même année pour Réparer les vivants), le jeune acteur tourne actuellement pour Anne Fontaine. "Un film sur Eddie Bellegueule avec Vincent Macaigne et Isabelle Huppert. J'ai le rôle-titre", nous glisse-t-il. Après Nocturama, on n'en attendait pas moins.

Finnegan Oldfield dans "Nocturama" © Carole Bethuel

Le Journal des Femmes : Qu'est-ce qui vous a séduit dans ce film ?
Finnegan Oldfield : Ça m'a semblé évident. Une bande de jeunes diverse et variée qui se retrouve unie pour une cause floue. Comment allaient-ils faire face ensemble ? Comment allaient-ils réagir après leurs actes ? Mon personnage est très divisé face à la situation. Il est ambigu, il s'échappe, il reste extérieur au truc.

Certains de vos partenaires de jeu sont amateurs. Avez-vous rencontré des difficultés à tourner avec des non-professionnels ?
Au contraire, c'est toujours hyper intéressant. Les acteurs pros s'entraînent énormément et puis il y a ceux de ma génération qui débutent. Les enfants et les non-acteurs sont bien meilleurs parce qu'il sont dans l'instinct. Ils ont du recul.

Bang Gang, Les Cowboys, Nocturama : cherchez-vous à faire parler via des films "à polémique" ?
Il n'y a pas de provocation. J'aime bien sortir du rang. Mes choix ne sont pas faits par hasard, mais rien n'est calculé pour déranger. J'aime les scénarios forts, intenses, où il se passe beaucoup de choses émotionnellement. Je me retrouve dans ces fictions qui racontent beaucoup sur le monde d'aujourd'hui, le monde que je connais.

Bertrand Bonello filme une jeunesse désenchantée, révoltée. Vous avez déjà ressenti ce besoin de rébellion ?
Depuis petit, j'ai toujours eu envie de me rebeller. À l'adolescence, il y a un moment où tu as envie d'exploser. J'ai grandi avec des parents qui me parlaient beaucoup de mai 68. Le peuple français a tendance à se révolter, ça m'intrigue. Ce film est une bonne manière de l'exprimer.

Et, vous avez explosé ?
J'ai arrêté l'école en quatrième pour faire des choses de mon coté. À 14 ans, j'ai eu un rôle principal pour un téléfilm et j'ai compris que je voulais faire du cinéma, devant ou derrière la caméra. L'école ne me semblait pas compatible, je ne voulais pas suivre ces rails imposés.

D'où vous vient cette passion pour le cinéma ?
Ma mère me faisait regarder beaucoup de films petit, des trucs bizarres pour mon âge comme Hitchcock ou Lynch. C'est peut-être pour ça que mes choix de films sont étranges (sourire). Orange Mécanique m'a beaucoup fait grandir, comme Le bon, la brute et le truand. Ces dernières années, quand je m'ennuyais, j'allais faire un tour à la Filmothèque du Quartier Latin à Paris. J'adorais ça.

Dans le film, la nuit a son importance. Êtes-vous un oiseau de nuit ?
Pour compenser avec mes années de rébellion, comme pour avoir un cadre,  je suis plutôt un couche-tôt. Au lit à minuit ! C'est beau les gens qui écrivent ou écoutent de la musique la nuit. J'espère devenir comme ça... Mais pour l'instant, il n'y a que quand je fais la fête que je suis le dernier debout.

Nocturama montre un Paris double, entre couloirs de métro froids et rues nocturnes chaudes. Quelle facette vous parle le plus ?
Les deux sont fascinantes. Je suis complètement parisien, né ici. J'ai toujours pris le métro. Je me retrouve dans le gros bordel que c'est. Se balader dans les beaux quartiers est différent. Les deux me font rêver. C'est une ville où les gens finissent toujours par être mélangés.

Seul dans un grand magasin, que feriez-vous ?
J'en rêve depuis que je suis petit. J'irais directement au rayon alimentaire... Ou vers les habits ? En tout cas, je prendrais le plus de trucs possibles, même si ce n'est pas très malin. Dans le film, ils pètent tous les plombs. Ils s'attaquent aux symboles du capitalisme, mais ils plongent en plein dedans et sont fascinés par tous ces objets.

Ils écoutent aussi beaucoup de musique. Comme vous ?
C'est un des trucs qui comptent le plus pour moi. Dans le scénario de Bertrand, les chansons étaient indiquées dans les didascalies et c'était très motivant. J'ai pour habitude de parler musique avec le réalisateur quand je prépare mes rôles, à en écouter pour me mettre dans l'ambiance.

On vous prédit beaucoup de succès. Ça vous angoisse ?
Si cela me permet de bien travailler, de rencontrer encore plus de gens intéressants, c'est super. Je ne cherche pas la célébrité, qui me semble plus contraignante qu'autre chose. La sortie du film ne me stresse pas. Seul un amalgame m'embêterait : qu'on fasse un lien avec les attaques djihadistes de ces derniers mois en France. Il ne faut pas tout voir à travers les yeux du terrorisme. Sinon, on ne fait plus rien.

Regardez la bande-annonce de Nocturama, au cinéma le 31 août 2016 :

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