Oulaya Amamra (Divines) : "La célébrité ne m'intéresse pas"

Oulaya Amamra embrase l'écran dans "Divines", au cinéma le 31 août. La jeune actrice de 20 ans fait des étincelles en ado dealeuse, décidée à réussir sa vie. Rencontre avec ce talent brut qui a déjà conquis le Festival de Cannes.

© Easy Tiger

Son bagou a fait chavirer Cannes, à raison. Oulaya Amamra est l'héroïne de Divines, drame politique d'amitié et d'amour, vainqueur de la Caméra d'Or sur La Croisette. La jeune femme y incarne Dounia, une ado ambitieuse, en proie aux habituelles questions qui vous saturent l'esprit à 15 ans. Comment s'en sortir ? Qui devenir ? En quoi croire ? En devenant dealeuse, cette Tony Montana coiffée d'une cascade de boucles va trouver des réponses, souffrir, aimer, vivre. L'actrice débutante qui cite Emir Kusturica et Michael Haneke comme références s'est investie pendant des mois pour prouver son talent à sa sœur, la réalisatrice Houda Benyamina. Pari gagné : aujourd'hui, l'intéressée la compare à Al Pacino. Et la critique approuve.

Oulaya Amamra dans "Divines" © Easy Tiger

Le Journal des Femmes : Comment avez-vous convaincu votre sœur de vous donner le premier rôle ?
Oulaya Amamra : J'ai dû lui montrer qu'être féminine ne m'empêchait pas de jouer un gangster. J'ai arrêté de m'épiler les sourcils et de mettre du vernis. Je me suis rendue aux castings en jogging et capuche. Même dans la vie privée, il fallait qu'Houda voit Dounia en moi. J'ai traîné aux Halles, été dans un camp de roms pour mieux la comprendre.

Qu'avez-vous appris d'elle ?
J'ai toujours été très coquette, mais méfiante envers la séduction et les hommes. Au fil du tournage, je me suis sentie plus à l'aise, j'ai découvert mon côté animal. Je ne savais pas que je pouvais avoir ce regard-là. Je lui ai apporté ma folie, elle m'a appris la rage de vaincre. J'ai frôlé la mort et sans avoir joué ce rôle, je ne sais pas si j'aurais pu supporter ce que les médecins m'ont dit. Grâce à elle, je relativise. Je suis devenue une femme forte.

Partagez-vous son ambition, son désir d'argent ?
Oui, comme tout le monde. La célébrité ne m'attire pas, mais j'ai un besoin viscéral de reconnaissance de la part de mes proches. Peu de gens ont cru en moi. J'ai envie de montrer à mes profs que je ne suis pas seulement le clown de service qui aurait pu aller en CAP coiffure. Je veux montrer ce dont je suis capable.

© Easy Tiger

En étant impertinente, comme Dounia ?
Comme elle, j'ai du mal à voir le danger. Si je m'étais posé beaucoup de questions, je ne serais pas là. À 12 ans, on faisait du théâtre dans un local à poubelles avec Houda, heureusement que je n'ai pas réfléchi. Il faut oser dans la vie. La preuve, je viens de tenter le Conservatoire et je l'ai eu.

Donc pas de tournage à l'horizon ?
Je vais passer des castings pour des premiers rôles, mais j'avoue vouloir me concentrer sur mes études. J'ai trois ans devant moi pour me parfaire, avoir une bonne technique, être à l'aise avec mon corps. Le cinéma sera toujours là. Je m'y consacrerai quand je serai au top. J'atteindrai peut-être mon rêve de petite fille : entrer à la Comédie-Française.

Quel a été le déclic de cette passion pour le jeu ?
À 12 ans, Houda m'a emmenée voir le Malade Imaginaire là-bas, à la Comédie-Française. Cette pièce a changé ma vie. À la base, je voulais devenir pédiatre, mais Houda m'a forcée à venir dans ses cours de théâtre parce qu'elle n'avait personne. Nous étions ses premiers élèves avec mon frère. Quand je suis sur scène ou devant une caméra, je ne pense à rien et c'est fabuleux. Ma seule envie, c'est de tourner.

Regardez la bande-annonce de Divines, au cinéma le 31 août 2016 :


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