Tatiana de Rosnay : "Mon fils a été renversé par un chauffard"

"Moka", au cinéma le 17 août, est la 3e adaptation d'un roman de Tatiana de Rosnay, après "Elle s'appelait Sarah" et "Boomerang". Le réalisateur Frédéric Mermoud y distille à merveille le suspense qui a fait la renommée de la romancière. Le Journal des Femmes a interviewé l'auteure.

© Bertrand Gilles/ABACA

Tatiana de Rosnay ne quitte plus les écrans de cinéma. Ou plutôt, son oeuvre. Près d'un an après la sortie de Boomerang, un film pour lequel nous avions eu la chance de la rencontrer, un nouveau film adapté de l'un de ses romans débarque en salles le 17 août. Moka, réalisé par Frédéric Mermoud, est la 3e transposition d'un roman de l'auteur franco-britannique. Un thriller psychologique intense et haletant, parfaitement incarné par Nathalie Baye et Emmanuelle Devos. Les comédiennes interprètent 2 mères : l'une remue ciel et terre pour retrouver le chauffard qui a tué son fils, avant de prendre la fuite dans une voiture couleur moka, l'autre désespère que sa fille trouve un sens à sa vie. Entre elles va s'installer une relation ambiguë. Le cinéaste a toutefois choisi de changer plusieurs éléments de l'histoire : celle-ci se déroule désormais entre la France et la Suisse, alors que Tatiana de Rosnay avait planté son récit entre Paris et Biarritz, et les prénoms des protagonistes ont été changés. Avant la sortie de ce face-à-face, nous avons interviewé la romancière.   

© Bertrand Gilles/ABACA

 

Le Journal des Femmes : Comment Frédéric Mermoud a-t-il justifié les changements apportés à votre roman ? 
Tatiana de Rosnay :
Je suis un auteur "facile", je respecte totalement le désir du cinéaste de vouloir changer mon roman à sa guise. C'est normal. Ces changements sont assez infimes parce que le nœud de l'histoire est le même : une maman a qui un drame est arrivé va se muer en justicière et bouleverser la vie d'une autre femme. Mon livre retrace ce combat psychologique entre ces 2 personnages qui s'apprécient beaucoup. Frédéric Mermoud a parfaitement respecté ça, donc la différence dans les prénoms et les lieux ne m'a pas gênée.   

Le Journal des Femmes : Vous n'avez jamais été déçue par une adaptation d'un de vos romans ?    
Tatiana de Rosnay :
Pour l'instant, j'ai beaucoup de chance. Les 3 qui ont été faites, Elle s'appelait Sarah, Boomerang et Moka, m'ont émerveillée. Deux autres adaptations vont bientôt être tournées : Le Voisin et Spirales. J'attends avec impatience de voir ce que ça va donner. On me donne les scénarios dès le départ donc je sais que là aussi beaucoup de choses vont changer, mais ce n'est pas grave. Le cinéma est un art fragile, les films restent si peu à l'affiche. Si nous, les écrivains, commençons à râler, on ne va pas aider le cinéma. Si mon livre peut offrir un terreau fertile à un réalisateur, tant mieux !

Le Journal des Femmes : De qui vous sentez-vous la plus proche, Diane [Emmanuelle Devos] ou Marlène [Nathalie Baye] ?
Tatiana de Rosnay :
Quand j'ai écrit le livre, j'étais plus proche du personnage de Diane. Mais quand je vois ce magnifique duel de comédiennes, je pense qu'on peut s'identifier à ces deux femmes très facilement.

Le Journal des Femmes : Le personnage de Diane suscite une totale empathie alors que son attitude peut paraître inquiétante. Comment êtes-vous parvenu à ce dosage ?
Tatiana de Rosnay :
Je me suis mis dans la tête d'une femme qui doit aller jusqu'au bout pour essayer de comprendre qui était au volant de cette voiture. Mon fils a été renversé à l'âge de 13 ans par une Mercedes couleur moka, ce qui a donné naissance au livre. Il y a beaucoup de moi dans le personnage de Diane, qui s'appelle d'ailleurs Justine dans le livre, comme " justice ". Heureusement, on a trouvé très rapidement qui était au volant, mais j'aurai fait exactement la même chose si la police n'avait pas fait son travail. Quand quelque chose arrive à son enfant, une maman devient une espèce de justicière, une lionne. C'est ce que j'ai essayé de montrer. 

"Il y a beaucoup de moi dans le personnage de Diane"

Le Journal des Femmes : Vous vous-êtes uniquement inspirée de votre histoire, sans rencontrer de parents endeuillés par la perte d'un enfant ?
Tatiana de Rosnay :
Je mets beaucoup de moi dans mes livres, même si les choses ne m'arrivent pas directement. Pour Elle s'appelait Sarah, je n'ai pas connu la rafle du Vel d'Hiv, évidemment, mais c'est ça aussi le rôle d'un écrivain : essayer de se mettre à la place des autres et transmettre une émotion. J'ai essayé de transmettre l'émotion que j'ai ressentie quand mon fils a été renversé par un chauffard. 

Le Journal des Femmes : Vous avez baptisé votre roman de la couleur de la voiture, moka. Etes-vous sensible aux couleurs ?
Tatiana de Rosnay :
C'est plus important que ça : "moka" à l'envers, ça donne "coma". Dans mon roman, le fils de Diane ne meurt pas, il est dans le coma et il s'appelle Malcolm. J'ai joué sur les mots entre "malcoma", "malcolm", "moka". Je suis contente que Frédéric Mermoud ait respecté la marque et la couleur de la voiture, une mercedes moka. Il voulait appeler le film A ta place et je me suis battue pour qu'il garde le titre Moka.

Le Journal des Femmes : Y a-t-il un réalisateur avec lequel vous rêveriez de collaborer ?
Tatiana de Rosnay :
J'aime beaucoup le travail de Roman Polanski, mais je lis plus de livres que je ne vais au cinéma. J'aime beaucoup les films classiques. Je suis aussi une addict de séries américaines comme House of Cards ou Game of Thrones. Je ne guette pas les films à leur sortie. C'est difficile pour moi parce que je voyage beaucoup. Je regarde souvent les films en avion ou en DVD, avec un peu de retard.

Le Journal des Femmes : Quel est le dernier film que vous ayez vu ?
Tatiana de Rosnay :
Mustang m'a beaucoup marquée. C'est un film absolument bouleversant. J'ai vu Moka, évidemment… Un film fantastique (rires). Ma priorité, c'est aussi la musique. Je suis une fan absolue d'opéra. C'est une grande passion. Je préfère aller à l'opéra qu'au cinéma. Récemment, j'ai vu La Traviata à l'opéra Bastille. Si je dois hiérarchiser mes loisirs, la lecture et la musique viennent en premier. Et le sport bien sûr. C'est très important pour moi. Je fais de la marche à pied, entre 1 heure et demie et 2 heures par jour, donc presque 10 kilomètres. Ça me permet de réfléchir à mes livres. 

Moka, réalisé par Frédéric Mermoud, avec Nathalie Baye, Emmanuelle Devos, Olivier Chantreau... Au cinéma le 17 août. 

L'affiche de "Moka", au cinéma le 17 août © Pyramide Distribution

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