Festival de la Rochelle : les réalisatrices turques à l'honneur

CINEMA - Le festival de la Rochelle consacre cette année un focus spécial aux réalisatrices turques. Du 1er au 10 juillet, l'événement met à l'honneur ces cinéastes, courageuses et déterminées. La directrice artistique, Prune Engler, nous en dit plus.

© Jordan Strauss/AP/SIPA

Où sont les femmes ? Cette question, qui tourmentait Patrick Juvet en 1977, intéresse aussi le cinéma. Pendant le Festival de Cannes, en mai, Jodie Foster a ouvert une session de discussion sur le sujet, intitulée Women in Motion, et le site Women in Film, décliné avec le hashtag #52FilmsByWomen sur les réseaux sociaux, a été lancé pour mettre en avant les films réalisés par des femmes. Le Festival de la Rochelle, dont la 44e édition se tient du 1er au 10 juillet, se penche lui aussi sur le sujet. La manifestation, que l'on pourrait pour l'occasion rebaptiser festival de La Roch"elles", consacre cette année un focus aux réalisatrices turques, après avoir mis en lumière le cinéma chilien, mexicain ou allemand lors des éditions précédentes. Un choix que Prune Engler, directrice artistique du festival, explique par le succès colossal de Mustang. Le film de Deniz Gamze Ergüven, sorti en France en juin 2015, a remporté 4 César au mois de février (Meilleure musique, Meilleur scénario original, Meilleur montage et Meilleure première oeuvre) et représenté l'Hexagone aux Oscars. Un choix plus que jamais nécessaire au regard de la condition déplorable de la femme en Turquie.
Cette année, le festival présente 11 films réalisés par des cinéastes turques, injustement méconnues hors des frontières ottomanes. Yeşim Ustaoğlu présente à elle seule quatre longs-métrages : En attendant les nuages (2003), Life on their Shoulders (2004), La Boîte de Pandore (2008) et Araf, quelque part entre-deux (2013). Pelin Esmer sera sur place pour projeter l'intégralité de son oeuvre : La Pièce (2005), Les collections de Mithat Bey (2010) et La Tour de guet (2012). Deniz Akçay présente Nobody's Home (2013), Senem Tüzen et Ahu Öztürk diffusent respectivement Motherland (2015) et Dust Cloth (2015). Enfin, Deniz Gamze Ergüven présentera son très beau Mustang
À travers ce focus, Prune Engler explique avoir voulu montrer au public la Turquie sous un angle féminin : "Ces femmes s'intéressent à tous les territoires géographiques de la Turquie, Istanbul comme l'Anatolie. Elles s'intéressent à la scène intime de la famille qui est révélatrice des contradictions du pays, entre tradition et modernité, religion et laïcité." Ces réalisatrices dénoncent aussi les problèmes politiques tels que le traitement réservé aux kurdes. Prune Engler l'assure : "Ce sont des femmes courageuses, qui prennent des risques pour contourner la censure imposée par le régime d'Erdogan." Un courage qui mérite d'être récompensé par plus de reconnaissance. 

Deniz Gamze Ergüven © Jordan Strauss/AP/SIPA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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