Pauline Etienne, talon à l'état brut

Pauline Etienne crève l'écran dans "Sur quel pied danser", au cinéma le 6 juillet. Dans cette comédie musicale et sociale, la comédienne de 27 ans incarne une jeune femme qui peine à trouver un emploi stable. Et sans lui lécher les bottes, elle y est parfaite. Interview.

© Loin derrière l'Oural

A seulement 27 ans, Pauline Etienne a déjà un joli parcours derrière elle. La comédienne belge, révélée en 2008 dans Elève Libre, de Joachim Lafosse, s'est construit une filmographie éclectique : Qu'un seul tienne et les autres suivront, Le Bel Age, Paradis Perdu, La Religieuse, 2 automnes 3 hivers, Tokyo Fiancé et Eden. Régulièrement présentée comme "la révélation du cinéma francophone", l'actrice est lauréate de deux Magritte du cinéma - l'équivalent des César en Belgique. Pourtant, la jeune maman n'aime pas cette étiquette, elle qui parcourt les plateaux depuis déjà 8 ans. Avec Sur quel pied danser, au cinéma le 6 juillet, elle ajoute un nouveau genre à son palmarès en se lançant dans le périlleux registre de la comédie musicale. Pour la première fois, elle a poussé la chansonnette et effectué quelques pas de danse devant la caméra. Et avec ce rôle de jeune femme tiraillée entre sa quête de CDI et son coeur, Pauline Etienne nous enchante. En interview, la comédienne est comme à l'écran : discrète, 100% naturelle et bien dans ses baskets. Rencontre.      

Pauline Etienne © Rezo Films

 

Le Journal des Femmes : pouvez-vous nous présenter votre personnage dans Sur quel pied danser ?
Pauline Etienne : 
Elle s'appelle Julie, elle a 25 ans. C'est une jeune femme qui débute sa vie et qui est à la recherche d'un CDI ou au moins d'un travail pour vivre. Elle va de CDD en CDD, de stage en stage… Elle est très représentative de ma génération pour laquelle il est compliqué de trouver un travail même si on a des diplômes. Elle finit par trouver un stage dans une usine de chaussures au moment où celle-ci entre dans une phase de restructuration. Elle va devoir faire un choix entre garder son emploi ou se battre pour ses droits.

C'est ce mélange entre la comédie musicale et la dimension sociale qui vous a plu ?
Pauline Etienne :
C'est tout à fait ça. J'adore les comédies musicales, au cinéma et sur scène. C'est un très bon moyen de parler de sujets importants. Beaucoup de films parlent de la lutte sociale, mais je trouvais ça bien de le faire avec un autre point de vue. Ça permet de faire passer le message plus facilement, sans que le public soit plombé par la morosité de la situation économique.

Jouer, chanter et danser en même temps, ça a été un vrai défi ?
Pauline Etienne :
J'étais un peu anxieuse parce que je n'avais pas la technique, je ne connaissais pas ma voix… Mais c'est chouette parce que ça permet de découvrir une autre partie de nous-même et de travailler différemment le corps et la façon de jouer. Toutes les ouvrières sont interprétées par des danseuses professionnelles, avec un sacré niveau. C'était très impressionnant de se retrouver face à elles et j'ai essayé de faire de mon mieux pour ne pas faire trop tâche au milieu. 

Qu'avez-vous appris pendant le tournage ?
Pauline Etienne :
J'avais accouché deux mois avant. Il y avait un enjeu physique pour me réapproprier mon corps, accepter de voir qu'il avait changé. C'était une étape importante dans ma vie.

Êtes-vous une fan de comédies musicales ?     
Pauline Etienne : J'en ai beaucoup regardé quand j'ai découvert le cinéma. Les films de Jacques Demy, d'Audrey Hepburn, Chantons sous la pluie et les plus récentes comme Moulin Rouge... J'adore ! (rires). Si on pouvait tous vivre en chantant, ça serait plus facile pour exprimer ses sentiments.

Comment est l'ambiance sur un plateau pour un film de ce genre ?
Pauline Etienne :
Il y a de la musique, mais pas en permanence. Elle était diffusée sur des haut-parleurs quand on tournait des chorégraphies avec les danseurs, mais quand j'étais seule, j'avais une oreillette et j'étais la seule à entendre la musique. C'était très bizarre parce que je chantais quand même, mais c'était un peu surréaliste et ça devait être très moche. 

Le film tourne autour de l'univers de la chaussure. C'est quelque chose qui vous botte ?
Pauline Etienne :
Non ! (rires) Je ne suis pas vraiment passionnée par les chaussures ou par la mode. J'essaie de faire un peu attention parce que ça fait partie de mon métier. Je commence à m'y faire. Avant, je détestais et j'étais en rébellion par rapport à ça, mais j'ai compris que ça faisait partie du job. On rencontre des maisons de couture. Pas seulement des gens qui veulent se faire du pognon, il y a aussi des personnes passionnées par leur métier.

Êtes-vous de nature revendicative ou êtes-vous plutôt une suiveuse ?
Pauline Etienne :
J'aime affirmer mes idées, mais je n'aime pas le faire dans la presse. J'estime que ce n'est pas mon métier. Je peux avoir des coups de sang et m'énerver, mais je n'ai pas assez confiance en moi pour créer une association, par exemple. Il faut avoir du temps et une sacrée force. J'admire les gens qui font ça. 

Qu'auriez-vous fait si vous n'aviez pas été comédienne ?
Pauline Etienne :
Si ça s'arrêtait, je ferais une formation d'ostéopathe. C'est en lien : le rapport avec le corps, se connaître soi-même... J'y pense maintenant parce que je sais que c'est aléatoire. Ça se passe très bien aujourd'hui, mais ça peut ne plus être le cas dans 2 ans. Je préfère prévoir et me remettre en question constamment plutôt que de me dire "finger in the nose, je vais faire ça toute ma vie".

Pour terminer, je vous propose une interview "pied", en clin d'œil au titre du film :     
Vous levez-vous souvent du pied gauche ?
non, mais quand ça arrive, ça peut faire très mal. Tous les matins, j'ai mon petit garçon qui m'émerveille donc je ne vois pas pourquoi je ferais la gueule.
Avez-vous le pied marin ? j'adore les bateaux ! Je ne suis pas malade, j'adore quand il y a des vagues. Quand j'étais plus jeune, j'adorais me mettre sur la proue quand il y avait de grandes tempêtes.
Avez-vous les pieds sur terre ? Oui, c'est peut-être un de mes problèmes. Des fois, j'aimerais être plus libre. C'est nécessaire pour faire ce métier et j'essaie de trouver cette liberté.
La dernière fois qu'on vous a mise au pied du mur ? J'ai eu l'occasion de faire un film en Angleterre récemment. Ça s'est décidé en 10 jours et je devais tout organiser pour partir avec mon bébé. J'ai été submergée par l'angoisse et par le stress.
Vous êtes du genre à vous laisser marcher sur les pieds ? Oui… J'essaie d'y remédier, mais si quelqu'un me dépasse dans une file, je ne vais rien dire parce que je n'ai pas envie de créer de conflit.
Avez-vous pris votre pied sur le tournage ? Grave ! (rires)

© Rezo Films