Paolo Virzi : "L'angoisse, la peur et le malheur sont les thèmes de notre époque"

Après "Les Opportunistes", Paolo Virzi intègre un institut pour femmes malades mentales. En compagnie de Valeria Bruni-Tedeschi et Micaela Ramazzotti, le réalisateur italien construit un road-movie drôle et émouvant. Il nous a parlé de ses "Folles de Joie".

© Fiona Ipert

Avec Folles de Joie, Paolo Virzi a fait le bonheur de la Quinzaine des réalisateurs, à Cannes. À travers l'histoire de deux marginales, le réalisateur des Opportunistes et de La Prima Cosa Bella, met en lumière les nuances de l'être humain, les forces et fragilités féminines. Le cinéaste italien a choisi de mettre en scène son épouse, la délicieuse Micaela Ramazzotti, face à Valeria Bruni-Tedeschi. Loin du tumulte du Festival de Cannes, à Paris, il nous a confié les secrets de ces Folles de Joie a moitié en français, à moitié dans sa langue maternelle. Entretien avec un réalisateur gentiment timbré.

Le Journal des Femmes : Comment est né Folles de Joie ?
Paolo Virzi : Je m’intéresse à la psychopathologie. Dans chacun de mes films, les personnages sont des cas cliniques, sans être soignés en hôpital.
 Pour Folles de Joie, je voulais franchir les murs de cette institution. Il me semble que l'angoisse, la peur et le malheur sont les thèmes de notre époque. Je souhaitais réaliser une comédie outrageuse, aventureuse, drôle, vibrante, vitale, sur un sujet pénible et angoissant.

Vous parlez de comédie, pourtant l'émotion et le drame sont bien présents...
C'est un film en équilibre entre la joie et le malheur, la comédie et la tragédie, la dépression et l’exaltation. Il y a déjà beaucoup de documentaires sur les cliniques, je voulais une approche différente. J'ai créé deux héroïnes qui ne sont pas des saintes. Mes personnages féminins ne sont jamais vertueux, toujours incompris. Les mystères du monde féminin m'intéressent plus par leurs fragilités que leurs forces. Je donne à ces personnages un peu de mes faiblesses...

Qui sont Donatella et Beatrice ?
Ce sont deux femmes exclues, stigmatisées et hospitalisées qui forment un couple tragi-comique. L'une est riche et arrogante. L'autre est introvertie et issue d'un milieu misérable. Elles ont une relation affective brutale, ce n'est pas de l'amitié. Au début, elles sont comme Don Quichotte et Sancho Panza, le patron et l'esclave. Puis elles s'enfuient de la Villa Biondi. À l'extérieur, l'esclave est plus au courant de la réalité de la route et va se rebeller. 

Comment les avez-vous créées ?
J'ai eu une révélation sur le tournage de mon film précédent quand j'ai vu Micaela et Valeria parler ensemble. Je les ai trouvées belles, drôles, folles. J'ai eu envie de leur proposer une histoire sur des malades mentales. Je suis allé visiter des institutions, certaines terribles, d'autres agréables. J'ai rencontré des psychiatres, écouté des histoires de thérapie. Puis on a amené Micaela et Valeria dans un de ces endroits. La première a mimé. La seconde donnait l'impression d'être la directrice de l'institut au bout de 5 minutes.

Comment avez-vous travaillé avec vos actrices ?
J'ai mélangé de vraies patientes aux comédiennes. Au bout de 30 minutes, je ne distinguais plus les vraies folles. Micaela est très méticuleuse. 
Elle se cherche encore, alors elle est ravie quand on lui demande de devenir quelqu'un d'autre. Je l'ai emmenée observer des malades pour qu'elle sache quoi faire. Avec Valeria, le travail a été opposé. Elle a cette folie en elle. Il suffisait qu'elle se libère de l'hypocrisie pour la faire sortir. C'est une femme très intelligente, en contact avec les choses de l'âme et du psyché. Elle dit elle-même qu'elle se sent chez elle dans la salle d'attente de son psy !

Faire du cinéma, c'est comme pour vos héroïnes, un besoin de liberté, une recherche de joie ?
Ça dépend des films. Le cinéma est une thérapie. Il essaie de donner un sens à quelque chose qui n'en n'a pas : la vie. J'aime la narration, ce qui se passe devant la caméra. Le fétichisme du regard de l'auteur ne m'intéresse pas. 

Qu'est ce qui vous rend fou de joie ?
J'ai la chance de faire un métier qui me permet de cultiver mon côté fou. Je fais les mêmes choses qu'ado, quand je faisais du théâtre avec mes amis. Les tournages me procurent des moments d'euphorie.

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