Aïssa Maïga est la bienvenue à Marly-Gomont

Aïssa Maïga est à l’affiche du film "Bienvenue à Marly-Gomont", en salles le 8 juin. Elle incarne Anne Zantoko, une mère de famille débarquée d’Afrique dans le village perdu où son mari exerce. Rayonnante et authentique, l’actrice se livre. Rencontre.

© Mars Films
Aïssa Maïga dans Bienvenue à Marly-Gomont, en salles le 8 juin © Mars Films

À 41 ans, Aïssa Maïga dévoile une carrière aussi harmonieuse qu'elle. Après sa sortie du Laboratoire de l'acteur par Hélène Zidi, la jeune comédienne est repérée pour jouer dans Saraka Bô, son premier long-métrage en 1996 aux côtés de Richard Bohringer et Yvan Attal. Elle enchaîne avec les comédies L'un reste, l'autre part de Claude Berri et Les Poupées russes de Cédric Klapisch en 2004. Elle travaille également en 2005 sous la houlette de Michel Haneke dans Caché et de Philippe Lioret dans Je vais bien, ne t'en fais pas. Cette maman de deux garçons s'est peu à peu affirmée dans le registre de la comédie avec Ensemble, c'est trop, Sur la piste du Marsupilami, L'écume des jours et désormais Bienvenue à Marly-Gomont

Le Journal des Femmes : Comment vous-êtes vous retrouvée au casting ?
Aïssa Maïga :
J'ai juste eu à lire le scénario pour dire oui tout de suite. Je n'ai pas hésité une seule seconde. J'ai trouvé l'histoire sensible. On sentait que c'était autobiographique, qu'il y avait l'histoire de Kamini à travers son regard d'enfant puis d'adulte. Le scénario est plein d'humour et d'humanité. J'ai eu envie d'incarner cette femme africaine forte.

Le souci d'intégration, est-ce une chose que vous avez connue ?
Aïssa Maïga :
Oui et non. J'ai des souvenirs de l'énorme contradiction qu'il y avait quand j'étais enfant entre la façon dont je percevais ma famille et la façon dont ma famille était perçue à l'extérieur. Le regard porté sur les Africains était assez négatif alors que mon père était comme le père de Kamini, un intellectuel africain qui maîtrisait les codes de la culture française. J'ai subi des moqueries à l'école, mais mon intégration n'a pas été difficile. J'avais 4 ans et demi quand je suis arrivée en France. Je la considère comme mon pays. En revanche, de vrais souvenirs d'enfance me sont revenus sur le tournage. Mon personnage m'a rappelée certaines figures féminines de ma famille venues en France dans les années 1970. Elles arboraient les mêmes coupes de cheveux, vêtements et bijoux. Elles étaient ambassadrices de leur culture et très fières. À la maison, on parlait le Songhaï, une langue du Mali. Elles vivaient avec leur temps, mais elles étaient fières et émancipées. Elles avaient à cœur d'offrir une belle éducation à leurs enfants. J'ai été éduquée comme cela.    

Avez-vous rencontré la vraie Anne Zantoko pour vous préparer au rôle ?
Aïssa Maïga 
: Non. Dès le départ, le film ne se voulait pas biopic, on restait dans la fiction. Cependant, j'ai eu la chance de la rencontrer à l'issue d'une projection. Cette femme m'a retournée. Elle était dans une telle émotion. Elle m'a serrée dans ses bras très longtemps, avec tendresse et gratitude. À ce moment-là, j'ai senti que le film était plus qu'une simple fiction, mais un pan de la vie de cette femme qui revivait sous ses yeux. Elle s'est reconnue au niveau des attitudes et a été troublée par l'interprétation de Marc Zinga (Seyolo Zantoko, mari d'Anne) puisqu'elle a reconnu son ex mari. Il y avait beaucoup de similitudes.

Vous êtes maman attentive et protectrice dans le film. Quelle maman êtes-vous dans la vie ?
Aïssa Maïga :
Exactement pareil et du mieux que je peux !

Ça faisait un moment qu'on ne vous avait pas vu à l'écran, le cinéma vous avait-il manqué ?
Aïssa Maïga :
Oui et non. J'étais au théâtre ces derniers mois, à Paris et en tournée. Donc d'une certaine façon, ça ne m'a pas manqué. Ce que l'on vit au théâtre est tellement plein d'émotions, de la plus légère à la plus dramatique que je n'ai pas eu le temps de m'ennuyer. Puis j'ai tourné d'autres films qui ne sont pas encore sortis. J'ai surtout envie de les découvrir et de tourner pour des projets à venir.

Serez-vous comédienne toute votre vie ?
Aïssa Maïga
 : Je me suis posée la question plus jeune et je ne me voyais pas faire ça toute ma vie. Désormais, c'est différent : je ne me vois pas faire que ça pour plusieurs raisons. Le métier d'acteur comble, en termes de rencontres, d'apprentissage, de remise en question de soi et de découverte du monde. C'est d'une richesse hallucinante, mais parfois, on peut manquer de satisfaction et avoir l'impression de ne plus avancer. Une actrice subit le temps qui passe et se voit offrir moins de rôle avec l'âge. Cette conception va à l'encontre de l'idée que je me fais du métier et en même temps, plus j'exerce, plus je me dis que j'ai des choses à apprendre. J'écris une pièce en ce moment aux propos assez violents, mais assumés. L'écriture est un mode d'expression qui se révèle de façon incontournable. J'ai tourné autour pendant des années. Je me suis laissée embarquer par mon inconscient sans être dans le contrôle. J'ai pu aller vers des territoires insoupçonnés. J'ai essayé le coaching en animant un stage au Burkina Faso. Je ne savais pas que je pouvais atteindre un tel degré de concentration. Être concentrée sur d'autres personnes m'a permis d'amener des comédiens à être en conscience. Je me suis découvert de nouvelles capacités. J'espère qu'il se passera d'autres choses dans ce genre là.

De quoi êtes-vous la plus fière ?
Aïssa Maïga :
Je suis fière de ma capacité de résilience.

Portrait chinois : si vous étiez... 
Un film : Les Quatre Cents Coups
Un pays : Le Mali 
Un homme : Nelson Mandela
Une odeur : Le musc
Une chanson : Feeling Good de Nina Simone
Un animal : Un papillon à grande longévité

Retrouvez Bienvenue à Marly-Gomont, en salles le 8 juin. Bande-annonce :