François Berléand, père au bord de la crise de nerfs

Figure incontournable du petit et du grand écran, également connu des amateurs de théâtre, François Berléand incarne le père de Victoria Bedos dans "Vicky", en salles le 8 juin. Un rôle dans lequel l'acteur a projeté beaucoup de lui-même. Rencontre.

© Gaumont Distribution

Son air d'éternel bougon du cinéma français ferait presque oublier que François Berléand est une pâte. Son rôle dans Vicky trouve presque un double écho avec la réalité : il y interprète un comédien obnubilé par la première de sa pièce, qui doit accepter le fait que sa fille, à l'aube de ses trente ans, est devenue une femme. Si les jumelles de l'acteur ont tout juste sept ans, ses deux aînés ont passé le cap de la trentaine, alors la crise d'ado (même tardive), il connaît. Avec lui, nous avons parlé, en toute simplicité, de ses enfants, de féminisme... et de cinéma bien sûr. 

François Berléand et Jonathan Cohen © Gaumont Distribution

 

Le Journal des Femmes : Qu'est-ce qui vous a plu dans le scénario de Vicky ?  
François Berléand :
L'histoire d'abord, celle de cette jeune fille dont le père et le frère sont connus. Comment on trouve sa place dans une famille aussi forte ? La deuxième chose que je trouvais intéressante concernait mon personnage, qui est comédien, et l'état dans lequel on peut être à trois semaines d'une première au théâtre. On ne sait pas comment ça va être reçu, on est mort de trac pour tout. Mes proches me foutent une paix royale et il n'est pas question qu'on vienne m'emmerder avec des choses qui n'ont rien à voir. 

C'était pour l'aspect comédien qui joue un comédien. Quel père êtes-vous dans la réalité ?
François Berléand :
J'aime profondément mes enfants. J'ai deux grands et des jumelles qui ont 7 ans et demi. Pour les aînés, je faisais mon métier de manière plus anonyme. Ils auraient plutôt souffert d'un déficit de notoriété que l'inverse. Les filles sont trop petites donc elles s'en foutent, mais elles ont conscience de ça. J'ai une passion pour mes deux grands, mais comme je me suis séparé de leur maman quand ils avaient 13 et 9 ans, je n'ai pas vécu 24/24h avec eux. Je ne vois pas non plus mes filles toute la journée parce que je suis au théâtre ou en tournée. 

Ce thème de la "génération boomerang", ces trentenaires qui retournent chez leurs parents après avoir pris leur envol, c'est quelque chose que vous redoutez pour vos enfants ?
François Berléand :
Quand j'ai quitté mes parents, c'était simple de trouver un appartement. Ce n'est pas normal que ce soit aussi difficile de se loger dans un pays comme le nôtre. En ce qui me concerne, j'ai fait le nécessaire pour que mes enfants aient quelque chose. Il se trouve que mon fils a un petit problème en ce moment. Il se sépare de sa compagne et a retrouvé l'appartement qu'il avait quand il a quitté la maison.                                        

Y a-t-il des phrases que vos parents vous répétaient ou que vous rabâchez tout le temps à vos enfants ?
François Berléand :
Non... Je disais à mes fils "si tu n'as pas ton bac, ce n'est pas grave". J'enlevais toute pression parce que je n'ai eu que ça. C'est vrai que la vie est difficile, mais je préfère que les enfants soient heureux – tous les enfants, je ne parle pas que des miens. Je suis quelqu'un de foncièrement optimiste, même avec tout ce que s'est passé, comme les attentats. J'essaie de donner cette confiance à mes enfants. C'est mieux de réussir ses études, mais si on échoue, ce n'est pas grave et on peut toujours s'en sortir à partir du moment où on est un peu intelligent et qu'on a envie de travailler. 

Il y a une dimension féminine et féministe très forte dans Vicky. Que pensez-vous de la manière dont les femmes sont représentées au cinéma ?
François Berléand :
(Rires) Je trouve les quotas épouvantables, parce que tout à coup, il faut faire du 50-50, mais s'il y a 60% de femmes plus intelligentes et réciproquement, ce n'est pas la question. Toutes ces questions de féminisme m'emmerdent parce que j'ai toujours été avec des femmes plus brillantes et plus intelligentes que moi. Je suis fou des femmes, je suis un hétéro maniaque. J'estime que la femme est supérieure à l'homme. J'ai vécu avec Nicole Garcia qui est une réalisatrice formidable. La France est le seul pays au monde où il y a autant de réalisatrices et les comédiennes sont beaucoup plus fortes dans le jeu que les acteurs. Je trouve scandaleux qu'elles ne soit pas payées autant. 

Avez-vous eu un rôle de mentor par rapport à Banjo et Victoria Bedos, dont c'est le premier rôle au cinéma ?
François Berléand :
Pas du tout. Jamais je ne me permettrais et ils étaient toujours justes. J'ai fait un film avec Nawell Madani [C'est tout pour moi, ndlr]. C'était son scénario, mais elle improvisait beaucoup. Je lui disais : "Dis-moi au moins ta dernière réplique parce que je ne sais pas quand je dois parler. Tu parles un langage djeuns, je ne te comprends pas. C'est comme si tu parlais chinois." Là, je me suis permis, mais parce que je ne savais pas quand intervenir comme acteur. Il fallait aussi que j'aide le réalisateur parce qu'il était paumé par moment. 

Quel terrain de jeu préférez-vous : le théâtre, le cinéma ou la télévision ?
François Berléand :
Le théâtre, parce que quand on est mauvais, c'est de notre faute. Ça peut aussi être la faute du metteur en scène ou du texte, mais ce sont des choix qu'on fait. À un moment donné, on est seul face à son choix et il faut l'assumer. Sinon, c'est qu'on est un crétin. Au cinéma, on peut couper des scènes ou il suffit d'avoir un mauvais montage pour que vous soyez mauvais.

Vous avez encore des rêves de comédien ?
François Berléand :
On en a toujours. J'ai plus de rêves sur les planches où j'ai envie de jouer des grandes figures du théâtre classique, mais je n'ai plus l'âge. Il ne me reste plus que des rôles de vieux, moins gratifiants. Au cinéma, c'est plus des envies de tourner avec des metteurs en scène que des rôles. J'aimerai bien retourner avec Jacques Audiard, parce que j'aime son cinéma et que je le trouve passionnant.

Vous pourriez passer derrière la caméra ?      
François Berléand :
Je ne vois pas pourquoi je ferais ça. Ce n'est pas essentiel pour moi. J'aime trop le métier d'acteur et je fous un souk terrible sur un plateau. J'aime rire donc je ne me vois pas comme metteur en scène en train de mettre en péril un film à cause de ma trop grande bonne humeur. La seule chose que j'aurais aimé faire, c'est adapter mon livre, Le Fils de l'homme invisible [paru en 2006, ndlr], mais on ne me l'a pas proposé. 

Regardez la bande-annonce de Vicky, au cinéma le 8 juin : 

 

© Gaumont Distribution

 

Voir aussi :