Victoria Bedos : "Vicky, c'est une sorte de super pute"

Actrice, scénariste, chanteuse... Victoria Bedos est une artiste multicartes. La jeune femme dévoile son talent dans ces trois domaines dans "Vicky", au cinéma le 8 juin. Une belle manière de prouver qu'elle n'est pas que la fille et la soeur de...

© Gaumont Distribution

On connaissait Guy et Nicolas. Dans la famille Bedos, il faut désormais compter avec Victoria. À 32 ans, la jeune femme trace sa "voix", malgré un patronyme parfois écrasant. On la savait scénariste et chanteuse, on la découvre désormais comédienne. Le scénario de La Famille Bélier, carton du cinéma français à plus de 7 millions d'entrées, c'est elle. Et depuis deux ans, elle chante avec Olivier Urvoy de Closmadeuc dans le duo Vicky Banjo. Dans Vicky, au cinéma le 8 juin, elle retrouve ses casquettes de scénariste et de chanteuse et ajoute une nouvelle corde à son arc en passant pour la première fois devant la caméra. Elle interprète une adulescente coincée entre un père comédien et un frère vedette de la radio. Vous avez dit autobiographie ? Pétillante et spontanée, Victoria Bedos nous a parlé écriture, musique et famille, sans tabou et sans langue de bois. Un vrai moulin à paroles qu'on aurait pu écouter des heures...   

Victoria Bedos et Chantal Lauby dans "Vicky"  © Gaumont Distribution


Le Journal des Femmes : La première chose qui saute aux yeux, c'est la dimension autobiographique de Vicky. Qu'avez-vous atténué ou ajouté par rapport à votre histoire ?
Victoria Bedos :
C'est une autofiction, ce n'est pas une autobiographie. C'est un mélange de fiction et de réalité. Ma vie réelle n'est ni aussi marrante ni aussi trash. Mes parents m'aiment beaucoup. Le personnage du père est un mélange de plein d'acteurs que j'ai rencontrés, qu'on a vu à la télé. Mon frère est vraiment sympa, c'est quelqu'un de sensible et d'intelligent. Ce qu'il y a de plus autobiographique, c'est le passage de Victoire à Vicky qui m'est arrivé à travers la chanson. Ce personnage de Vicky, que j'ai créé sur scène, m'a permis de chanter ce que je n'arrivais pas à dire et de passer de la petite fille à la femme.

C'est l'élément clé du film. À quel moment cela s'est fait pour vous ?
Victoria Bedos :
Pour mon entourage, ça a été radical. Je suis vraiment passée de l'enfant sage, de la petite fille, à la femme assez brutalement grâce à Vicky Banjo. Tout ce que je n'arrivais pas à dire, j'ai réussi à le chanter grâce à cet avatar. Vicky, ce n'est pas moi, c'est une sorte de super pute. Ce personnage m'a permis de pousser le curseur très haut sur la liberté féminine. Moi, je me situe au milieu. Elle a chanté ce que je n'arrivais pas à faire et revendiqué quelque chose que je voyais autour de moi et qui est universel : on pardonne beaucoup plus aux hommes leur plaisir. Une fille qui couche le premier soir, on la traite de pute; une fille qui picole, on dit qu'elle est alcoolique. Il n'y a pas d'égalité dans le traitement des femmes et des hommes sur tout ce qui est de l'ordre de la joie de vivre.

Vicky revient chez ses parents après son mariage raté. Ce phénomène de la génération boomerang, ça vous parle ?
Victoria Bedos :
Oui ! (rires) J'ai les clés de chez mes parents. Quand La Famille Bélier est sorti, j'ai emménagé à 5 minutes de chez eux. Quand mon père a vu le film, il m'a dit : "'Mes chers parents, je pars,je pars', mais à 5 minutes de la maison quand même !". C'est vrai que j'ai complètement échoué (rires). À chaque fois que je quittais ou que je me faisais quitter, je retournais vivre chez mes parents. Dans le film, Vicky en souffre, mais moi j'adore aller dormir chez eux.

Vous aviez droit aux petites phrases de parents du type "ne te couche pas trop tard" ?
Victoria Bedos :
C'était plus physique. Ce sont des bruits que tu as entendu toute ton enfance et qui ne t'ont jamais dérangée, mais à partir du moment où tu passes un stade, ils te rendent fou comme les chaussons quand on traîne les pieds dans la maison.  

Vicky est votre première expérience de comédienne. Comment avez-vous vécu ça ?
Victoria Bedos :
Je pense que je suis un peu folle, ou un peu con, je ne sais pas, mais je n'ai pas le trac. C'est comme un instinct de survie. Je sais que je dois le faire, alors je le fais. Je somatise un peu : j'ai mal au ventre, je perds ma voix, je me bloque le dos. Quand je suis arrivée sur le tournage, tout le monde pensais que j'avais déjà joué alors que ce n'étais pas le cas. Ma première scène c'était avec François Berléand et je ne savais même pas où était la caméra...

Comment s'est passée la rencontre avec François Berléand et Chantal Lauby ?
Victoria Bedos :
Ça fout évidement la pression, mais c'est une bonne pression parce que ça t'oblige à être bon. Par chance, Banjo et moi, nous sommes tombés sur deux acteurs d'une générosité absolue et qui nous ont aidés. Au lieu de dire "c'est n'importe quoi ce qu'il vient de faire", ils te disent "peut-être que tu pourrais le faire comme ça". C'était magnifique parce qu'on a appris à leur contact. Maintenant, Chantal me dit que je suis sa fille et je l'appelle "maman". Elle a été une mère pour moi sur le tournage et comme elle a une fille de trente ans qui chante [Jennifer Ayache, du groupe Superbus, ndlr], il y a eu un truc très joli.

Aviez-vous une pression particulière en écrivant le scénario de Vicky après le succès de La Famille Bélier ?
Victoria Bedos :
J'ai écrit le scénario avec Denis Imbert bien avant et je tournais Vicky quand La Famille Bélier est sorti. J'étais déjà un autre personnage, dans une autre histoire. Les scénaristes ne sont pas les personnes qu'on met le plus en avant, ce qui n'est pas juste d'ailleurs. Je suis heureuse d'avoir la parole en tant qu'actrice pour parler aussi de l'écriture. Il n'y a pas de film sans auteur et c'est très étrange qu'on les traite mal. Aux César, toute l'équipe de La Famille Bélier est passée devant le photocall. J'étais avec ma belle robe, on regarde mon carton d'invitation et on me dit : " Ah non, vous c'est par là-bas. " On nous fait passer par la porte de service et on met tous les scénaristes au fond.

Vous cumulez les casquettes : chant, écriture (de roman, de scénario), comédie. Est-ce que c'est de l'hyper-créativité ou de l'hyperactivité ?
Victoria Bedos :
 Quand je chante et quand j'écris, c'est la même chose. J'ai commencé à écrire des chansons après mon mariage raté et ça a été un cri. C'est sorti d'un coup. Mon instrument principal, c'est la plume. Dans ces trois métiers-là, j'écris. J'aime écrire à deux. L'écriture scénaristique me correspond plus parce que c'est plus rigolo et plus ludique. J'ai d'abord chanté avant de jouer, mais le chant est aussi une forme de jeu. J'espère pouvoir continuer à faire les trois. Si je ne chantais plus, ça me manquerait ; si on me disait de ne plus être actrice, ça me manquerait et écrire, je ne peux pas faire autrement parce que j'en ai besoin. 

Comment avez-vous découvert l'écriture ?
Victoria Bedos :
Je ne voulais pas du tout écrire. Je voulais faire du cheval, être vétérinaire. J'ai échoué parce que j'étais une littéraire malgré moi. J'ai participé à un atelier d'écriture à la fac d'Histoire et à la fin, on nous demandait d'écrire une nouvelle. J'ai écrit un texte qui est dans mon recueil, Le Déni, qui s'appelle Sœur. J'ai senti qu'il y avait quelque chose qui lâchait, que ça m'avait fait du bien. Je me suis dit : "Putain, ça y est, je vais faire comme mon père et mon frère." Je voulais tellement être différente. Je me disais : "Moi je ne suis pas comme ces névrosés, ces artistes."  

Quels conseils donneriez-vous à de jeunes écrivains ou scénaristes qui voudraient se lancer ?
Victoria Bedos :
 C'est Stanislas Carré de Malberg, le co-scénariste de La Famille Bélier, qui m'a appris à écrire. Je conseille d'avoir une sorte de Pygmalion, d'aller voir quelqu'un qui nous donne les bons conseils. Je n'avais plus envie d'écrire après La Famille Bélier parce que j'avais souffert. Il faut essayer d'entendre sa petite musique intérieure, parce que c'est ça qui fait le style. Ce n'est pas d'être cultivé ou d'avoir lu plein de livres.

Qu'est-ce qui a été douloureux dans l'écriture de La Famille Bélier ? 
Victoria Bedos :
J'ai lâché des choses,  j'y ai mis certains démons et raconté une période triste de ma vie. J'ai détesté l'adolescence, comme plein de gens. En écrivant, parfois je me mettais à pleurer, j'avais mal au dos. Comme une psychanalyse, ça fait du bien, mais ça fait du mal aussi. Plus je vieillis, plus je suis heureuse.

Regardez la bande-annonce de Vicky :

 

L'affiche du film © Gaumont Distribution

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