Le Journal de Cannes : liste d'attente

A Cannes, il n'y a pas une minute à perdre. Tic, tac, tic, tac, tic, tac... Il faut se dépêcher pour avoir temps de passer sa journée à attendre (le bus, les films, les verres).

© Fiona Ipert / Journal des Femmes

Un. C'est le numéro du bus qui est censé, en moins d'un quart d'heure, me téléporter de mon appartement à la Croisette. Trois. C'est le nombre de minutes dans lequel il est supposé passer. Mille deux cents. C'est le nombre de secondes qu'il me faut l'attendre, inévitablement. "Bianca, on rentre à pieds ?", demande une Cannoise, exténuée, à son chien. L'autocar, comme disent mes voisins de fauteuil retraités, est le pire ennemi du Cannois pressé. Lentement, il serpente dans la ville pendant que les 28 degrés ambiants font chauffer les nerfs.

Enfin arrivée dans le centre, mon accréditation se balance à mon cou comme un pendule… Stop. Un policier m'arrête. Il faut attendre pour traverser, évidemment. Un flot de piétons bloque le passage. Ils divaguent alors que des jeunes endimanchés poireautent, pancarte à la main, dans l'espoir d'assister à une projection. Je rejoins la centaine de journalistes agglutinée devant le Palais pour voir le film d'Olivier Assayas. Les aiguillent avancent, pas la file. Plus de place. Temps perdu. Pas de répit.

Pause perdue

À l'heure du déjeuner, j'assiste incrédule au service des restaurants, qui ne se sont pas mis au pas. Trois quart d'heure pour un tartare "minute". À peu près le temps passé la veille au soir pour se procurer un verre à l'open bar de cet endroit branché. Comme les festivaliers, l'attente ne fait pas de pause. Elle se manifeste sous différentes formes, que l'on soit dans une pharmacie face à cette dame qui va chercher, lentement, les produits un à un ou que l'on se trouve dans la salle d'attente improvisée d'une interview avec une star en retard.

Malgré les apparences, le temps passe. 22h30. Voilà deux heures et demi que je trépigne pour accéder à la projection de Juste la fin du Monde. À bout, je m'installe dans la plus petite salle du Palais, face à un écran grand comme un mouchoir de poche, option tête du voisin de devant en plein milieu. La lumière finit par s'éteindre. Une heure trente-sept de beau cinéma. Xavier Dolan me rappelle que si le temps est précieux, une période d'expectative permet (parfois) de mieux apprécier. Rythmée par des silences, cadencée par des jeux de regards infusés d'une lumière brûlante, la fin du monde du Québécois arrête le chrono. Pas le temps de savourer l'après-séance… Le bus ne m'attendra pas, lui.

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