Emma Suárez et Adriana Ugarte : "Pedro Almodóvar agit comme une caresse"

Elles sont le personnage à double visage de la "Julieta" de Pedro Almodóvar, présenté en compétition officielle à Cannes. Adriana Ugarte et Emma Suárez se partagent le premier rôle du drame féminin qui pourrait valoir la Palme d'or au cinéaste. Rencontre sur la Croisette.

© Capture d'écran JDF

Elles rejoignent le clan très prisé des "chicas" d'Almodóvar. Adriana Ugarte, 31 ans, et Emma Suárez, 51 ans, sont les Julieta du réalisateur espagnol. L'une incarne une jeune fille passionnée et sensible dans les années 80, l'autre une femme brisée et secrète aujourd'hui. Comme transition entre les deux, un drame familial, une incompréhension terrible. Nous leur avons demandé de nous parler de ce rôle à double tranchant et de l'homme qui en est à l'origine, sous un soleil cannois radieux.

Le Journal des Femmes : Qui est Julieta ?
Emma Suárez : C'est un personnage qui incarne les rêves déçus, l'échec de l'amour, l'incompréhension de l'abandon et la solitude qui en découle. Julieta, c'est la nécessité de recomposer le passé quand il est devenu un lieu qu'on ne veut pas visiter.

Adriana Ugarte : Au début du film, Julieta a une grande envie de vivre. Elle n'a que 23-24 ans, c'est la fin de la dictature et ces facteurs la poussent à exploser. Elle ne se connaît pas bien, elle n'a pas l'habitude de s'écouter ou de communiquer avec les autres. Les drames qu'elle affronte très tôt dans l'histoire vont mettre tout ça sur le tapis. Sa sensation de solitude et son silence s'intensifient alors.

© Pathé

Avez-vous travaillé ensemble pour lui donner vie ?
Emma : Pedro Almodóvar a créé ce personnage pour qu'il soit joué par deux actrices. C'était un coup de maître très courageux de sa part. À cause d'une tragédie, Julieta devient une autre femme. Au début, nous voulions entrer en contact pour composer le rôle ensemble, mais être dirigées par un réalisateur tel que Pedro Almodóvar était bien mieux. Nous nous sommes abandonnées entre ses mains. Il fallait que ce soit ainsi.

Qu'avez-vous appris à son côté ?
Adriana : Beaucoup de choses. Pedro a la réputation d'un génie exigeant, spécial. C'est vrai, mais il est surtout très proche de toi. Il agit comme une caresse, c'est très particulier. Il parvient à influencer ton propre ego. Quand tu commences un film, tu es nerveuse. Tu as besoin d'un résultat immédiat. Il arrive à te calmer, te fait recommencer de zéro chaque scène. Le résultat est toujours une surprise. Ce n'est pas meilleur ou moins bon, c'est une situation totalement nouvelle.

Emma : Travailler avec un réalisateur comme Pedro est un acte de confiance. Tu sais que tu es entre les mains d'un cinéaste avec une dimension, un style, un langage visuel très particulier. Entrer dans son univers, c'est accepter de lui apporter ce qu'il recherche. Il faut avoir une confiance absolue. Cela nécessite de beaucoup travailler parce que c'est un perfectionniste qui ne se conforme pas. Pour moi, c'était nécessaire de bien me préparer, d'étudier, de me documenter pour atteindre l'état émotionnel qu'il exigeait.

La Palme d'or, vous osez y penser ?

Adriana : Ce serait un rêve...

Emma : Nous sommes excitées par tout ce que signifie être à Cannes. Nous présentons un film dont nous sommes fières. Ce serait magnifique de recevoir un prix, surtout que Pedro a présenté plein de films ici, qu'il est très aimé à Cannes. On ne sait jamais ! "Pourquoi pas !"
 
Regardez les actrices de Julieta nous raconter leur Festival de Cannes :
 

Julieta, de Pedro Almodóvar. En compétition officielle et au cinéma.

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