Micaela Ramazzotti : "Je me sens un peu orpheline"

Micaela Ramazzotti est sublime en détraquée dans "Folle de Joie". Face à la caméra de son époux, Paolo Virzi, la muse se révèle poignante et incontournable. Rencontre sur la Croisette.

© Bac Films

Micaela Ramazzotti a quelque chose d'Angelina Jolie. Une ressemblance qui se révèle dans le port altier, la bouche ourlée et le regard de chat. À l'opposé de son rôle de mère instable dans Folles de Joie, la comédienne nous apparaît souriante et charmeuse sur cette terrasse de Cannes, en plein Festival. Elle est là pour parler de son neuvième rôle de cinéma, le troisième filmé par son mari, Paolo Virzi. Derrière ses lunettes de soleil, qu'elle quitte de temps à autre pour nous laisser entrevoir l'intensité qui submerge ses yeux, elle joue la carte de l'actrice fatale, dramatique par moments, rieuse par d'autres.

Micaela Ramazzotti et Valeria Bruni Tedeschi © Bac Films

Le Journal des Femmes : Qui est Donatella, votre personnage ?
Micaela Ramazzotti : Donatella est une femme humiliée, renfermée et hospitalisée. C'est un personnage fort, qui a subi des choses lourdes émotionnellement et physiquement
. J'ai cherché à lui rendre justice, à trouver l'innocence de cet animal blessé avec qui j'ai créé un fort lien d'affection.

Vous êtes mariée avec le réalisateur. Comment avez-vous donné vie à Donatella ensemble ?
C'était très intense. Pour Donatella, Paolo est parti d'un tableau d'Egon Schiele, qui peint toujours des femmes très masculines. Il l'a reproduit sur papier et il a ajouté des tatouages, des cicatrices, cette coupe de cheveux ratée. Il m'a dit : "Voilà à quoi ressemble Donatella de l'extérieur. Imagine comment elle est à l'intérieur." On l'a peinte ensemble, on a cherché à comprendre son passé : pourquoi elle est si négligée, si fermée au monde. Pourquoi elle a toujours ses écouteurs, pourquoi elle tire sur sa frange. Elle est fragile et triste. C'est ce qui la rend vulnérable.

Comment conjuguez-vous vie amoureuse et vie de plateau ?
Je fais de mon mieux (rires) ! C'est très compliqué, parce que la nature humaine est compliquée. Travailler ensemble amplifie tout, mais c'est aussi très créatif, stimulant. Et puis je tombée amoureuse de Paolo justement pour sa générosité, sa curiosité de la vie et des gens.

Qu'est-ce qui vous attire chez un personnage ?
Quand les femmes sont erronées, que leur mécanisme a dû se bloquer quelque part. Nous sommes faites de plusieurs couches : une violente, une attentionnée, une belle…
Ça ne m'a jamais intéressée d'incarner des héroïnes. D'ailleurs, on ne me les a jamais proposées. J'aime les personnages qui ont une douleur, une blessure, peut-être parce que moi aussi je suis un peu erronée.

Quel a été le déclic pour être actrice ?
Je ne voulais faire que ça ou dessiner des vierges au sol partout dans le monde. Il n'y avait pas de solution intermédiaire. J'ai eu de la chance (sourire)… J'ai fait un lycée artistique, l'Académie des Beaux Arts, mais dès le collège, je me suis intéressée au cinéma. Je ne savais pas si j'allais être bonne à ça, mais je savais que c'était ce que je voulais faire. Je me sens un peu orpheline et l'idée d'avoir des metteurs en scène qui m'adoptent me plaît beaucoup.

Avoir un film à Cannes, c'est un stress ?
Pas du tout. Je suis très heureuse d'être ici, peut-être même trop relax ! Je me sens comme chez moi. Quand votre film est présenté à Cannes, c'est comme s'il était sous le feu des projecteurs. Il n'est pas vu qu'en Italie ou en France, il a une résonance internationale. Mais sinon, je n'ai pas encore vécu le vrai Cannes : on est toujours entre nous, je n'ai pas vu George Clooney ou Woody Allen (rires) !

Quelle est votre envie cannoise ?
Le photocall ! Avec toutes les poses, la tête renversée en arrière, le dos tourné aux photographes (elle mime). La dernière fois que je suis venue ici, c'était pour la Semaine de la critique et je n'y ai pas eu droit non plus. J'ai fait des photos sur la plage et avec la sculpture de la vache que vous voyez sur la terrasse... Il me manque le vrai photocall !

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