Fabienne Berthaud : "Diane Kruger est ma messagère"

Avec "Sky", Fabienne Berthaud signe un opus brûlant, beau comme le firmament. La réalisatrice française embarque Diane Kruger dans le désert US pour un voyage initiatique douloureux et libérateur. Rencontre avec une cinéaste qui aime les films "auda-cieux".

© Instagram @dianekruger

"Le désert me remplit d'essentiel, c'est indispensable pour moi." Parce qu'elle a grandi en Algérie au milieu d'un vaste espace, la réalisatrice Fabienne Berthaud a ancré son nouveau film, Sky, au milieu des plaines américaines.
La cinéaste qui a révélé Diane Kruger avec Frankie, leur premier film à toutes les deux, sublime une nouvelle fois sa muse. Face à sa caméra, l'Allemande devient Romy, Parisienne perdue dans un amour qui se meurt. Poussée par la vie, cette instinctive va se laisser aller à la passion pour se retrouver. Road-movie, romance, drame... Après Pieds nus sur les limaces, Fabienne Berthaud nous questionne sur le bonheur et la quête de soi avec un opus ardent. Rencontre.

 

And so it begins..Sky..April 6. France #youknowwhattodo

Une photo publiée par Diane Kruger (@dianekruger) le

 

Le Journal des Femmes : Comment est né le personnage de Romy ?
Fabienne Berthaud : J'avais une bonne base puisque je savais que Diane l'incarnerait, qu'elle serait ma messagère. Avant d'écrire le scénario, j'ai fait deux voyages pendant lesquels je me suis documentée sur cette Amérique-là. Puis j'ai rédigé son histoire en partant d'une femme soumise, éteinte, qui se réveille, vivante, pour réinventer sa vie. J'aime les personnages capables de vivre l'instant, de se dire "un jour après l'autre, c'est tout".

C'est le message que vous voulez transmettre ?
Si on ne se bouscule pas soi-même, on risque de vivre tièdement toute notre existence. C'est important d'être passionné, de faire ce qu'on aime. Romy devient instinctive. On perd ça, on raisonne trop. Quand on rencontre quelqu'un, on l'analyse alors qu'on devrait se croiser, se regarder, se reconnaître ou pas. C'est aussi ça l'amour.

Diane Kruger et Norman Reedus forment un couple magnifique. Elle a une beauté pure, lui un charme rugueux. C'est ce que vous cherchiez ?
Leur physique en opposition est forcément voulu, mais inconsciemment. C'était une évidence.
 Quand je les ai vus tous les deux, je me suis dit qu'il ne fallait pas chercher ailleurs. Je suis instinctive et pas intellectuelle. Si ça marche si bien, c'est parce qu'eux aussi sont tombés amoureux dans leur rôle, ils se sont reconnus.

Peut-on dire que Diane Kruger est votre muse ?
Tout à fait. On a commencé ensemble et j'aime l'emmener à chaque fois plus loin. Il suffit de la regarder pour voir que
 c'est pas fini. On a toujours l'impression que ça avance, qu'elle va chercher ailleurs. Quand j'écris, je ne pense pas toujours à elle. J'écris avec mes émotions et ma sensibilité, puis ça bascule de son côté et elle met de la chair sur mes mots.

Lena Dunham incarne Billy. Comment s'est-elle retrouvée sur le projet ?
Diane la connaissait, moi je regardais Girls. Elle lui a envoyé un texto, je lui ai fait parvenir mon précédent film avec ce scénario et elle a dit "oui". Lena est venue deux jours sur le tournage. Elle était la première à me montrer des micro-shorts roses, elle n'avait peur de rien, se mettait nue sans gêne pour essayer. Les acteurs américains osent sans contrôler leur image, ils sont davantage sur des rôles de composition.
 En France, on est plus posés.

Sky, c'est votre rêve américain ?
Complètement. J'ai réalisé mon fantasme : faire mon road-movie. J'adore tourner des films pour découvrir d'autres choses, ne pas recommencer ce que j'ai déjà fait. Mon seul ennui, c'est que j'ai de plus en plus de fantasmes de cinéma. Je ne sais pas si ma vie sera assez longue pour les concrétiser.

La musique est sensuelle, comme le film. Quel rôle joue-t-elle ?
Elle est essentielle, mais je la trouve toujours en dernier. Je n'y pense pas avant le montage.
À l'inverse de mes films précédents, pour Sky je voulais des voix d'hommes, comme si c'était la musique de Diego.

Vous êtes aussi écrivaine. De quoi parlera votre prochain roman ?
D'une vraie passion amoureuse. C'est toujours un peu les mêmes thèmes, sauf qu'en littérature, on ne raconte pas de la même façon, on peut aller chercher d'autres choses. J'adore écrire, mais si je ne faisais que ça, je ne tournerai pas rond, je deviendrai folle par manque de contact. Le cinéma c'est l'inverse, on n'est pas le seul maître à bord. Un film se fait à plusieurs, ce sont des talents qui s'ajoutent les uns aux autres.

Sky, de Fabienne Berthaud. Au cinéma le 6 avril 2016.

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