Mikhaël Hers, la nostalgie lumineuse

Dans son deuxième long-métrage, "Ce sentiment de l'été", en DVD le 21 juin, Mikhaël Hers aborde avec poésie et délicatesse le thème du deuil, tout en nous faisant voyager de Berlin à New York en passant par Paris et Annecy en trois étés. Le Journal des Femmes l'a rencontré.

© AURELIE LAMACHERE/SIPA

Après Memory Lane, Mikhaël Hers revient avec son deuxième long-métrage, Ce sentiment de l'été, un film mélancolique et bouleversant, tourné en pellicule. Ce diplômé de la Fémis s'entoure de l'acteur norvégien Anders Danielsen Lie et de Judith Chemla pour porter son nouveau projet, délicat et lumineux. Ce sentiment de l'été est à découvrir en DVD le 21 juin. Nous avons pu nous entretenir avec le cinéaste. 

Le Journal des femmes : Comment vous est venue l'idée de Ce sentiment de l'été ?
Mikhaël Hers : Très souvent, je pars des lieux pour écrire. J'ai une mémoire qui se cristallise beaucoup autour des endroits. J'avais envie de filmer ces quatre villes, Berlin, Paris, Annecy et New York, avec lesquelles j'entretiens un lien affectif fort pour des raisons différentes. : je vis à Paris, mais les autres, je les ai traversées et y ai vécu des choses. Ensuite, il y a des thématiques qui s'imposent un peu à moi dès que j'écris : l'absence, la disparition, la séparation… Je pense qu'on choisit autant un film qu'il vous choisit lui-même.

Pourquoi la saison estivale ?
De manière anecdotique, j'aime les tournages qui sont assez légers et de manière très pragmatique, lorsque l'on tourne en été il y a une meilleure lumière, une mobilité… C'est dur de tourner l'hiver : il fait froid, on est chargés et la pluie nous ralentit considérablement. L'été est une saison évidemment lumineuse, avec la promesse d'un renouveau, quelque chose de plutôt joyeux et en même temps, le vide et l'absence se font ressentir de manière plus cruelle. Je trouvais ça bien qu'il y ait cette ambivalence.

Pour avoir choisi d'étaler Ce sentiment de l'été sur trois étés ?
C'était constitutif du projet, avec les lieux et les thèmes du film. C'est une affaire de sensibilité : je voulais travailler sur le passage du temps, sur l'absence. Je pense qu'on accède un peu à une forme de vérité autour de la perte qu'avec le temps, ce n'est pas quelque chose qui se décide comme ça. Je ne me voyais pas traiter la frontalité de ce qui arrive juste après la mort, comme la sidération et la violence. Mon sujet était ailleurs, c'est la temporalité qui me paraissait juste pour le film. C'est très intuitif, il y a différentes manières de traiter tout ça.

Pourquoi avoir particulièrement choisi le thème du deuil ?
C'est une thématique que je traite souvent et que j'avais envie de travailler de manière plus frontale, moins métaphorique, moins abstraite, sans tomber dans le pathos, avec comme point de départ une disparition soudaine et brutale.

Mikhaël Hers © AURELIE LAMACHERE/SIPA

Pourquoi avoir tourné en pellicule ?
C'est un format qui m'est très cher : j'aime l'image un peu granuleuse. On est habitués à avoir des images très lisses, définies et froides. Avec le grain, on a l'impression qu'on pourrait presque la toucher, qu'il y a une épaisseur. Elle est imparfaite, comme les gens, il y a quelque chose qui nous touche profondément. De plus, je trouve qu'elle se prête plutôt bien à la thématique du passage du temps, à la matérialisation de l'absence, à la cohabitation du passé et du présent. C'est une image que l'on n'a pas l'habitude de voir et je pense que ça interpelle.

Comment avez-vous procédé pour la bande-originale ?
C'est un mélange de plages musicales composées par David Stankz, du groupe Tahiti Boy, le musicien qui a fait celles de Memory Lane, mon premier film. C'est une musique assez minimaliste avec du piano, quelques cuivres et instruments à vent. Puis il y a des morceaux qui me sont chers, qui m'accompagnent depuis plusieurs années et qui ont trouvé leur place dans le film.

Comment avez-vous choisi les acteurs ?
Il y en a certains avec lesquels j'avais déjà travaillé. J'aime beaucoup cette idée de retrouver des gens, de les voir grandir et changer à l'écran, c'est émouvant. Il y a quelque chose de l'ordre documentaire du cinéma. Pour les deux acteurs principaux, je n'avais pas travaillé avec eux, mais j'avais vu Anders Danielsen Lie dans Nouvelle donne et Oslo, 31 août de Joachim Trier. Il est très intéressant avec ce visage anguleux, un peu fermé et quand il se met à sourire il est bouleversant. Judith Chemla, je l'ai rencontrée en casting, elle a quelque chose de lumineux, très ouvert. Je trouvais que tous les deux, dans le même plan, ça donnait quelque chose d'intéressant.

C'est votre deuxième long-métrage et vous avez reçu le Grand Prix du Jury au Festival International du film indépendant de Bordeaux. Quel effet cela vous fait ?
Ça fait plaisir, même si très franchement, on ne fait pas de films pour avoir des prix. Au contraire, on fait ça pour s'extraire de ces perspectives-là. Que le travail soit reconnu et que le film soit aimé, c'est réconfortant. Savoir qu'il a pu toucher certaines personnes, ça a beaucoup de sens pour moi.

Anders Danielsen Lie a cité Umberto Eco qui disait qu'"une œuvre doit être plus intelligente que son auteur", en parlant de son jeu d'acteur. Pensez-vous que ça s'applique aussi pour vous, en tant que réalisateur ?
Je suis assez d'accord. Plus intelligent, je ne sais pas, mais je pense que les réalisateurs ne sont pas les mieux placés pour parler de ce qu'ils font. Quand on fait un film, il ne nous appartient plus et j'aime en apprendre plus sur lui à travers le regard des autres. Ils sont souvent capables de formuler les choses bien mieux que je ne peux le faire. J'ai une approche très intuitive, j'analyse peu ce que je fais. Il faut qu'une œuvre soit suffisamment ouverte pour que les gens puissent y loger leurs projections et sentiments.

Si vous étiez...
Une ville : Paris.
Une saison : l'été.
Un sentiment : la multitude des sentiments qui a du sens, qui fait mosaïque, je ne pourrais pas être qu'un sentiment.
Une chanson : celle qui clôt le film, North Marine Drive de Ben Watt.

Regardez la bande-annonce de Ce sentiment de l'été, en DVD le 21 juin :

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