Anders Danielsen Lie : sentiment de génie

L'acteur norvégien Anders Danielsen Lie est à l’affiche de "Ce sentiment de l’été", un film à la mélancolie lumineuse et renversante à découvrir le 21 juin en DVD. Le Journal des Femmes a rencontré cet acteur, musicien et médecin généraliste révélé en 2012 dans le long-métrage "Oslo, 31 août".

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Anders Danielsen Lie dans Ce sentiment de l'été © Copyright Pyramide Distribution

Anders Danielsen Lie est arrivé dans le cinéma "par accident" et c'est tant mieux. Médecin généraliste de profession, musicien passionné par nécessité et désormais comédien, Anders Danielsen Lie est aussi cérébral qu'impulsif. C'est sans doute ce qui fait que son jeu d'acteur passe aussi bien par le sourire que par le poids des mots. Dans Ce sentiment de l'été, en DVD le 21 juin 2016, il interprète Lawrence, un jeune homme qui doit faire face à la disparition brutale de l'être aimé. Le réalisateur Mikhaël Hers le suit à travers trois étés, dans trois capitales différentes et s'empare avec délicatesse du thème poétique de la mélancolie. Rencontre.

Le Journal des Femmes : Comment êtes vous arrivé dans le cinéma ?
Anders Danielsen Lie : Par accident. Cela m'a toujours attiré et en 2006 ma mère – actrice de profession – m'a fait savoir qu'un réalisateur cherchait des garçons pour un long-métrage. J'ai passé le casting et décroché le 1er rôle à ma grande surprise. Le film a remporté un franc succès en Norvège, c'est comme ça que ça a commencé. Mais ma première passion reste la musique, c'est quelque chose dont je ne peux pas me passer au quotidien. Après l'école, j'ai développé d'autres centres d'intérêts, j'ai fait médecine et j'exerce en tant que généraliste. Cette dernière année a été très intense donc j'ai travaillé à mi-temps, j'essaie toujours d'orchestrer au mieux toutes ces activités.

Qu'est ce qui vous a plu dans le scénario de Ce sentiment de l'été ?
Mikhaël Hers a vu Oslo, 31 août et il a pensé à moi pour Ce sentiment de l'été. J'ai lu le script, à l'aide d'un dictionnaire français (rires). J'y ai vu du potentiel, d'abord avec le challenge de la langue et puis parce que je me voyais incarner ce personnage de Lawrence. C'est dur de jouer avec une langue qui n'est pas votre langue natale ! La spontanéité devient plus compliquée. En anglais, ma deuxième langue, c'est déjà dur alors en français qui est ma troisième langue… C'est le film où j'ai appris le plus, de loin.

Vous faites passer beaucoup de messages à travers votre gestuelle et votre sourire, parfois plus qu'avec les mots…
Dans Oslo, 31 août j'étais de tous les plans et j'avais peur que les gens s'ennuient de me voir autant à l'écran. Puis j'ai vu le film muet La Passion de Jeanne d'Arc​ de Carl Theodor Dreyer, qui m'a bouleversé. Tout était là : pas de mots, juste des expressions du visage, des nuances… on peut presque tout dire avec le corps et je vous parle d'un film de 1928 ! C'est une œuvre extrêmement moderne, naturaliste et en avance sur son temps. Alors je me suis dit qu'en 2015 on pouvait le faire. Mon apprentissage du français ne s'améliorait pas, j'ai donc tenté de reprendre toutes les scènes et de voir comment je pouvais m'exprimer à travers la gestuelle car j'étais linguistiquement limité. C'est devenu ma stratégie. J'ai beaucoup appris durant le tournage sur l'essence même du jeu d'acteur à la fois comme comédien et spectateur.

Au moment du tournage, aviez-vous l'impression de ressentir la vision de Mikhaël, son approche si travaillée de la lumière, l'interaction avec les gens …?
Nous n'avons pas fait beaucoup de répétitions. Mais sa mise en scène, sa patte, sa vision sont très présentes pour tous ceux qui travaillent avec lui. Il ne tourne pas en digital, c'est un obsédé de la lumière, du cadrage, et c'est un film très thématique sur la mélancolie et le temps qui passe. C'est essentiel de ressentir la vision du réalisateur car quand on tourne, il y a toujours le risque de trahir sa perception première à cause de certains éléments qui demeurent incontrôlables. Trop de choses travaillent contre lors d'un tournage, il faut constamment faire des compromis. D'où la nécessité de saisir cette vision.  

Le film nous fait vivre trois étés, à Berlin, Paris puis New York. De quelle capitale vous sentez-vous le plus proche ?
J'ai moins d'attache avec Berlin qui m'est moins familière, même si j'aime cette ville. Paris en revanche a toujours été très importante pour moi, je suis venu plusieurs fois et j'ai le sentiment d'avoir expérimenté la ville et qu'elle a eu un impact sur moi. New York est une capitale très intimidante au départ, tout est trop grand. J'y ai vécu un an et quand j'y retourne, j'ai l'impression d'être à la maison, mais je ne vais pas à New York pour rechercher le calme. Donc Oslo, New York et Paris sont les endroits où je me sens le plus chez moi.

Jusque-là, on vous a vu dans des films d'auteurs. Envisageriez-vous un tournage hollywoodien ?
Oui bien sûr, en tant que cinéphile j'aime voir certains blockbusters. Je n'aurai pas les même attentes que lorsque je travaille avec des auteurs européens, mais je ne me mets pas de limite. C'est la particularité du médium cinéma, c'est le seul à pouvoir osciller entre des productions commerciales vulgaires au sens littéraire du terme et des films d'auteurs plus intellectuels. C'est ce qu'il y a de beau et en tant que cinéphile, j'ai besoin des deux.

Avez-vous connu la perte d'un être cher ?
Non. Et même si c'était le cas, je ne pense pas que j'aurais utilisé cette douleur pour incarner le personnage de Lawrence. Je ne suis pas un adepte de la technique de Constantin Stanislavski. Je fait appel à plusieurs techniques en fonction des scènes. L'important c'est d'accepter que parfois une méthode ne marche pas. Umberto Eco a dit : "Une œuvre devrait être plus intelligente que son auteur." Si je fais le parallèle avec la technique du jeu d'acteur, il y a le travail de recherche en amont, – rationnel et intellectuel – et l'incarnation du personnage, qui est la partie mystérieuse que je ne veux pas analyser. C'est là que ça devient intéressant.

Ce sentiment de l'été de Mikhaël Hers, en DVD le 21 juin. 

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