Noah Baumbach fait sa "comédie humaine"

Dans "Mistress America", co-écrit avec Greta Gerwig, Noah Baumbach explore avec talent le thème du choc des générations à travers la rencontre d'une étudiante fraîchement débarquée à New York avec sa future demi-sœur trentenaire extravertie. Le cinéaste s'est confié au Journal des Femmes.

© Charles Sykes/AP/SIPA

Le réalisateur Noah Baumbach revient le 6 janvier au cinéma avec Mistress America, une comédie aux personnages féminins névrosés, mais entiers, portés par les interprétations de Greta Gerwig et Lola Kirke. Comme pour son précédent film Frances Ha, Noah Baumbach a aussi fait appel à Greta Gerwig pour collaborer à l'écriture du scénario. Les dialogues fusent, les situations burlesques et rocambolesques s'enchaînent dans un New York frénétique. Rencontre avec Noah Baumbach.

Noah Baumbach - Charles Sykes/AP/SIPA

Journal des Femmes : Comment votre carrière de scénariste et réalisateur a-t-elle débuté ?
Noah Baumbach : J'ai toujours été intéressé par le cinéma et très tôt j'ai su que je voulais devenir réalisateur. Après ma spécialisation en littérature anglaise à l'Université j'ai commencé à me former à l'écriture scénaristique avec un ami. On a envoyé notre script à toutes les personnes qui pouvaient de près ou de loin être intéressées et susceptibles de nous aider. Au bout de quelques années j'ai fini par réaliser mon premier long métrage.

Comment définiriez-vous votre cinéma ?
Il s'agit beaucoup de comédie humaine, parfois plus comique que dramatique ou l'inverse selon les films. Mais mes personnages restent des représentations de la réalité avec un certain degré d'artifice, ne serait-ce que dans leur manière de parler. Je souhaite que le public puisse s'identifier à eux sur certains aspects.

Travailler avec sa moitié c'est ... ?
Outre le fait d'être un couple à la ville, Greta Gerwig et moi avons la même approche du cinéma que se soit au niveau de l'écriture ou de la mise en scène. On partage vraiment une même vision.

Greta Gerwig est-elle votre muse ?
Greta est davantage ma collaboratrice que ma muse, bien qu'elle soit évidemment une grande source d'inspiration.

Frances Ha et Mistress America mettent à l'honneur la femme, diriez-vous que vous êtes féministe ?
Je ne me mets pas d'étiquette, c'est simplement que je trouve ces sujets inspirants.

Que pensez-vous des rôles féminins à Hollywood ?
Évidemment les voix féminines dans l'industrie du cinéma peinent à se faire entendre. Mais les films sortis d'Hollywood ne sont pas ceux qui m'intéressent le plus. 

La propriété intellectuelle est très présente dans vos films, pourquoi ce sujet vous tient-il à coeur ?
Je trouve ça drôle lorsque certaines personnes croient reconnaître quelque chose qui vient d'eux dans mes films. A contrario, lorsque je m'inspire des gens que je côtoie pour la création de dialogues par exemple, ils ne s'en rendent pas compte (rires).

Pourquoi vos personnages n'arrivent-ils pas à aller au bout de leur ambition 
Je pense que beaucoup ont de grands rêves et se voient obliger de les restreindre, c'est ce qui fait partie de leur combat intérieur. Dans le cas de Brooke pour 
Mistress America (interprétée par Greta Gerwig, ndlr), c'est quelqu'un qui aspire à être connue et riche et pour elle, tous les moyens sont bons pour y parvenir.

Vous êtes né à Brooklyn, que pensez-vous du phénomène de gentrification ?
Quand j'étais jeune, mon but était de venir vivre au coeur de Manhattan, c'était mon "endroit rêvé". Et quand j'ai enfin réussi à poser mes valises au coeur de New York, l'endroit attractif est devenu Brooklyn (rires). Mauvais timming, mais ce n'ai pas pour autant que je suis retourné à Brooklyn. 

Parlez-nous de la scène de confrontation dans le film qui évoque le genre du vaudeville.  
Effectivement cette scène finale est très théâtrale, mais j'avais surtout en tête les "screwball comedies" (
sous-genre de la comédie hollywoodienne où s'est illustré Ernst Lubitsch entre autre, ndlr) comme le film The Philadelphia Story.

Pourquoi Brooke consulte-t-elle un medium ?
Brooke est une jeune femme qui recherche de la magie dans sa vie, ça tombait donc sous le sens pour Greta et moi qu'elle ait l'habitude d'aller voir un médium, qui est un vrai médium d'ailleurs. 

Affiche Mistress America © 20th Century Fox 2015
 

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