Céline Sallette, je vous souhaite d'être follement aimée

Céline Sallette, incontournable dans le paysage du cinéma d'auteur français, est l'héroïne de "Je vous souhaite d'être follement aimée", en salles le 6 janvier. A l'écran comme à la ville, cette Bordelaise se donne corps et âme pour qu'on l'admire. En interview aussi.

© Diaphana Distribution
Céline Sallette dans Je vous souhaite follement d'être aimée © Diaphana Distribution

Des yeux bleus un peu tristes, un visage qui raconte une histoire et une filmographie faite exclusivement de drames. Céline Sallette pourrait passer pour une fille mélancolique, c'est tout l'inverse : celle que les amateurs de Revenants connaissent bien est pleine de vie, drôle et volubile.
Après L'Apollonide : Souvenirs de la Maison Close, 
Géronimo ou encore Vie Sauvage, l'actrice de 35 ans tient le premier rôle de Je vous souhaite d'être follement aimée, au cinéma le 6 janvier 2016. Un drame donc, qui raconte l'histoire d'Elisa, jeune femme née sous X en quête de celle qui l'a mise au monde puis abandonnée. Sur son chemin de croix, cette kiné expatriée à Dunkerque, va croiser ses doutes, bifurquer vers l'introspection et stopper face à sa poursuite d'identité.
A Paris, la Bordelaise "pas bankable", mais que la profession adule, s'installe dans un divan face à nous. On lui fait remarquer le parallèle avec une séance de psy. Elle rigole, allume une clope et nous prend au mot en se confiant, sans filtre.

Pourquoi vous dans Je vous souhaite d'être follement aimée ?
Céline Sallette : Le scénario m'a bouleversée comme jamais, j'en ai pleuré.
Ma fille avait 4 ans à l'époque et les problématiques de l'origine me touchaient particulièrement. Comment être mère et fille ? Quoi transmettre ? Dans le film, ces interrogations sont exarcerbées par le fait qu'Elisa n'a pas connu sa mère, qu'elle a un enfant d'origine maghrébine alors qu'elle et son mari ne le sont pas. Elle ne connaît pas ses racines. Voir grandir un enfant, l'aimer, c'est comme accepter un étranger. Cette histoire questionne l'inconnu.

C'est ce qui vous a plu ?
J'aime le fait qu'Elisa soit capable, en plein questionnement existentiel, de reconnaître que ça ne va pas comme sur des roulettes. Parfois, la vie ne coule pas d'elle-même, ça coince, la fluidité est impossible. Un besoin plus profond apparaît alors, celui de se remettre à plat, de se trouver. C'est le parcours d'Elisa et aussi celui d'Annette. C'est un film sur la maternité, ce n'est pas spectaculaire, mais c'est très profond.

"J'ai le besoin vital d'être aimée"

Ce rôle a-t-il impacté votre vie privée ?
J'ai aimé traverser le tournage avec des questions qui faisaient écho à ma vie perso. Avoir un enfant, c'est une profonde remise en cause. Je suis une maman qui a 6 ans (rires), ce qui est peu, mais ce sont des années de révolution pour moi. Ma principale quête, mon besoin vital en tant que comédienne, c'est d'être aimée. Jouer la comédie m'a permis de combler un ennui, de pouvoir être tout potentiellement, dans un espace de fantasme et de création. D'un coup, je devenais plus grande que ce que je m'imaginais pouvoir être. Ce même besoin de me sentir illimitée m'est revenu très fort avec ma fille. J'ai commencé à vouloir être aimée d'elle, donc à produire du jeu, de l'amusement. Elle m'a renvoyée à ses besoins vitaux, m'a imposé des limites et un cadre régulier, alors que ma vie était basée sur de l'intermittence, de l'improvisation et de la désorganisation.

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Vous êtes-vous déjà laissée submerger par un rôle ?
Non, parce que je n'ai pas peur de grandir, de changer ou de muter. Ma base n'est pas incorruptible, même si je ne perdrai jamais la nécessité vitale d'être quelqu'un de bien. Ça fait partie du paquet "être aimée"... Mais il y a un revers : ne pas pouvoir dire "non" sans avoir peur de déplaire. Ce film, comme ma maternité, m'a rappelé ce nœud de l'enfance : comment grandir, comment accepter les frustrations et le fait de ne pas être tout-puissant...

Dans Je vous souhaite d'être follement aimée, le rapport au corps est cru, très réaliste. Ça vous a dérangée ?
C'est vrai qu'on touche au domaine de l'intime, mais je ne suis pas gênée par la vieillesse, la peau non normée... La perfection n'existe que dans les magazines. J'aime ce métier parce qu'on voit de tout, qu'on peut tout être. Mon parcours est dû à une part de chance et de mystère, mais j'aime bien croire que si ma vie avait été différente, j'aurais pu devenir quelqu'un d'autre. Tout humain est potentiellement un roi, une reine ou un clodo.

Vous croyez au hasard ?
Je crois que dans la vie, des gens cherchent et trouvent, comme Elisa. J
e trouve ça sublime de le mettre en histoire. La rencontre avec sa mère peut être un hasard, mais elle va exactement là où elle sait qu'elle peut tomber sur elle. Beaucoup de gens n'essaient pas, par peur. On n'est jamais sûr que ce qu'on va trouver correspondra au fantasme qu'on s'en faisait. De la même manière, on peut idéaliser son futur enfant, un parent inconnu où même sa propre famille. Quand tu pars en quête, tu analyses, tu essaies de comprendre et bien souvent, à vouloir démêler, tu finis par trouver un fil, une épreuve.

On vous voit souvent dans des rôles de femme torturée. Pourquoi ?
Le principe de la comédie, c'est rire de la tragédie. Qu'est-ce qui est fictionné sinon des problématiques ? J'avoue avoir cumulé des rôles particulièrement noirs, mais quitte à poser des questions, autant en soulever de grosses. J'aime le challenge, jouer beaucoup, sans que ça se voit forcément. Et puis u
n rôle en appel un autre, il y a une espèce de filiation, il faut que quelqu'un trouve le courage de dire "moi je veux faire une comédie avec elle". Figurez-vous que ça va arriver : je vais probablement en faire une dans peu de temps, sur une femme de 41 ans encore vierge.

"J'aime parler de choses qui ne vont pas"

Vous n'avez pas peur de vous frotter au registre comique pour la première fois ?
Je l'ai déjà fait au théâtre, dans du Feydeau notamment, et je sais que c'est exactement la même chose. Quand un mec se casse la gueule, on rit parce que c'est la loose. J'aime parler de choses qui ne vont pas parce que le positif se voit. La vie n'est pas toujours évidente et c'est pour ça que c'est si bien quand c'est la fête. Bon, c'est vrai que dans mes films, on en est très loin (rires)...

Vous êtes tentée par des grands films populaires ?
Bien sûr ! Mais on ne m'appelle jamais. Pour ces rôles, il  y a d'autres comédiennes déjà installées. Ce qui ne veut pas dire qu'on n'est pas interchangeables, qu'une actrice qui a déjà fait des comédies populaires ne peut pas jouer dans un film d'auteur très noir. Ce sont des aspirations contraires. Et puis, je ne suis pas très bankable… Les films que je fais sont des œuvres, comme les poèmes, dont le but n'est pas forcément de faire de l'argent.

A qui souhaitez-vous d'être follement aimée ?
A tout le monde ! "Everybody needs somebody to love !"

Regardez la bande-annonce de Je vous souhaite d'être follement aimée, au cinéma le 6 janvier :

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