Le Voyage d'Arlo : rencontre (pré)historique avec les créateurs du dino

Peter Sohn et Denise Ream sont réalisateur et productrice du Voyage d'Arlo, au cinéma le 25 novembre. Au cœur des studios Pixar à San Francisco, nous avons demandé à ces passionnés d'animation comment était né le plus mignon des apatosaures. Réponses.

© Disney Pixar
Légende par défaut © Disney Pixar

Nous avons rencontré Peter Sohn et Denise Ream sur leur lieu de travail, dans les studios Pixar à San Francisco, où ils nous ont parlé de leur dernier bébé : Le Voyage d'Arlo, au cinéma le 25 novembre. Le premier est le réalisateur de cet émouvant voyage initiatique à dos de dinosaure vert. Casquette à l'effigie de son héros vissée sur la tête, Apple Watch au poignet et bonhomie évidente, on reconnaît bien là celui qui a inspiré Carl, le petit garçon de Là-Haut. Avec sa productrice, également derrière Cars 2 et 3, l'animateur nous a dévoilé les coulisses de la création du fameux Pixar de Noël.

Pourquoi un film sur les dinos ?
Peter Sohn : Parce qu'ils sont énormes, mystérieux et drôles. Nous avons constaté que tout le monde aime les dinosaures. Pour ce film, nous avons voulu créer un monde énorme et c'était drôle de l'imaginer avec des dinos. Nous sommes passés à travers un tas de métaphores comme "les dinosaures se sentent coincés", pas capables d'avancer. C'est le cas d'Arlo, bloqué émotionnellement, qui trouve en Spot un catalyseur pour aller de l'avant. 

Avec Le Voyage d'Arlo, vous dites qu'on ne peut vaincre la nature, comme on ne peut vaincre la peur, mais qu'on peut trouver un moyen de vivre avec...
Peter : Toute l'idée était de comprendre ce qui nous arrête, dans notre vie professionnelle ou personnelle. Je suis père de deux enfants et artiste. Quand j'ai peur ou que je manque de confiance, je stoppe tout et j'essaie de savoir si je peux me débarrasser de cette peur. Je me suis rendu compte à plusieurs reprises que je ne pouvais pas la faire partir, mais qu'il y avait toujours un moyen de la maîtriser, comme pour la nature. La peur et la nature sont toutes deux inarrêtables, mais on peut chercher comment y survivre. Cette métaphore nous a servi à la fois pour la crainte et le deuil d'Arlo. Quand tu perds quelqu'un, veux-tu l'oublier complètement ? Non, tu dois trouver un moyen de vivre avec. Notre film parle de l'amour pour la personne (ou peu importe ce que c'est), qui t'aide à aller de l'avant.

L'affiche du film © Disney Pixar

Donc, le mot d'ordre c'est "amour"...
Peter : Oh oui ! Pendant notre voyage, j'ai fait certaines choses pour la première fois, j'ai été terrifié, je n'ai pas cru en moi, mais je l'ai fait pour l'amour des films... J'ai grandi avec des histoires émouvantes qui ont changé ma vie et m'ont tellement appris. Aussi, les gens de Pixar m'ont totalement soutenu quand j'étais dans une mauvaise passe. Ils étaient là parce qu'ils ont la même motivation : faire le meilleur film. Ils injectent de l'amour dans tout ce qu'ils font. C'est le secret ici : on y met du cœur et quand les temps sont durs, on continue d'y croire.

Denise Ream : Peter est très apprécié dans les studios. C'était gratifiant et inspirant pour tout le monde de voir un jeune storyteller réaliser un film. Dès qu'il a été nommé, c'était évident que les gens voulaient travailler pour lui et le voir réussir. C'était génial de participer, d'observer et d'encourager ce soutien.

Comment vous est venue l'idée de Spot ?
Peter : Nous voulions vraiment raconter l'histoire classique du petit garçon et du chien. Quand tu grandis, tu vois toutes ces histoires avec des petits garçons qui chevauchent des dinosaures. Nous avons inversé ce concept. Le dinosaure est le garçon et le chien est l'humain, qui ne parle pas. Je me souviens avoir dessiné Spot très rapidement. Inverser le concept était l'un des challenges marrants.

Quels sont les ingrédients d'un film réussi ?
Peter : Beaucoup de travail !

Il y a de la magie dans les films Pixar…
Peter : C'est grâce aux gens. J'ai travaillé dans d'autres studios avant et les priorités sont différentes. Ici, le niveau de talent est très élevé, mais les priorités sont les mêmes pour tout le monde : faire les meilleures choses possibles. Des gens comme John Lasseter (directeur des studios et réalisateur de Toy Story, ndlr) nous permettent généreusement de faire notre boulot. Ils sont aussi réalisateurs, pas comme les patrons des autres studios. A chaque fois qu'on est dans une mauvaise passe, ils comprennent parfaitement.

Denise : Je suis productrice donc je suis responsable des plannings et des budgets… J'ai toujours mendié auprès de mes superviseurs pour améliorer le tir. Ca n'arriverait jamais ici. Tout le monde essaie de faire de son mieux. S'il y a une magie, elle est là.

Revenons à Arlo : quel a été le plus gros challenge dans sa création ?
Peter : Comme pour tous les films, le challenge est de trouver le personnage en premier. Il n'a jamais été question de faire un dinosaure pour faire un dinosaure, mais de trouver une vraie personnalité. Arlo est passé par quelques changements quand il a fallu trouver son caractère, pour que le design corresponde. Pour le papa et la maman, nous avons cherché à les faire ressembler à des fermiers qui ont travaillé dur toute leur vie. 
Le père a été compliqué à créer, parce qu'il fallait qu'il nous fasse penser à un tracteur, à un patriarche, à un apatosaure. Il est donc costaud comme un tank, avec des marques qui vous font dire qu'il a trimé… Ces éléments font ce qu'il est et servent l'histoire. Arlo est peureux au début du film, alors on s'est inspiré de la manière maladroite de marcher des chameaux. Plus il prend confiance, plus il se déplace comme un cheval, décidé et fort.

Avez-vous fait des recherches sur les dinosaures pour parfaire vos personnages ?
Peter : Nous sommes allés au musée, à Brooklyn, à Cleveland et au National Museum de New York pour comprendre comment ils fonctionnaient. Les experts ont pas mal de preuves de ce qu'il ont été, mais ils essaient encore d'éclaircir certains troubles. Ils tombent sans cesse sur des éléments qui remettent en cause de précédentes trouvailles. Chaque année, tout change. C'est ce qui conserve le mystère des dinos.

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