Sarah Gavron, la courageuse

Dans "Suffragettes", la réalisatrice Sarah Gavron raconte le combat au début du XXe siècle des centaines d’Anglaises, issues de toutes conditions, pour l’égalité et le droit de vote. Nous avons rencontré la cinéaste qui a choisi de mettre en images cette partie de l’histoire trop souvent ignorée et qu’il ne faudrait pas oublier.

© Chris Pizzello/AP/SIPA
Sarah Gavron © Chris Pizzello/AP/SIPA


La réalisatrice Sarah Gavron raconte Les Suffragettes avec émotions et finesse en évitant de tomber dans l'écueil de la pédagogie. Carey Mulligan, Helena Bonham Carter et Meryl Streep incarnent avec intensité ce combat. Conversation  : 

Journal des Femmes : Votre mère Nicky Gavron a embrassé une carrière politique, quelles influences cela a -t-il eu sur votre métier ?
Sarah Gavron : Depuis toute petite j'ai regardé ma mère se hisser contre l'idéologie paternaliste de mon grand-père qui voulait qu'elle arrête l'école à 14 ans... depuis elle a été députée-maire de Londres, membre de l'Assemblée... je pense qu'elle aurait fait une bonne suffragette (rires). C'est évidemment quelqu'un qui a influencé mes choix en tant que réalisatrice, ce n'est pas un hasard si j'ai commencé avec le genre du documentaire engagé, puis j'ai eu envie d'aborder la fiction.

Que pensez-vous de la jeune génération et de son engagement politique ?

Je suis optimiste malgré les statistiques quelques fois assez déprimantes. En Angleterre, en ce qui concerne le vote des jeunes femmes, il y a un réel désengagement. Faire ce film sur les suffragettes, c'est aussi une manière militante de rappeler d'où nous venons et comment ces femmes ont fait qu'aujourd'hui nous pouvons être indépendantes économiquement, politiquement et socialement.

Pourquoi avoir choisi le combat des suffragettes ?
J'y pense depuis dix ans et cela m'a pris six ans à le réaliser. Leur combat est longtemps resté ignoré des livres d'histoire. Avec mon équipe nous avons eu accès aux archives nationales et l'on a découvert des épisodes bouleversants de leur lutte, la manière dont elles organisaient leur combat, les traitements horribles qu'elles recevaient en prison...

Seriez-vous prête à sacrifier votre famille pour une cause militante, à la manière de Maud dans Les Suffragettes ?
Nous avons passez beaucoup de temps sur le tournage à nous demander si nous aurions pu être des suffragettes. Etant née dans le monde moderne et dans une société où la femme est l'égal de l'homme je pense qu'on ne peut pas imaginer et se mettre à leur place et puis je suis maman. Aujourd'hui certaines femmes dans le monde se battent encore pour des droits les plus primaires, elles, sont dans des positions où elles sont prêtes à tout risquer.

Carey Mulligan dans Les Suffragettes © Pathé Distribution

 

Le choix du casting ?
On a d'abord pensé à Carey Mulligan. Elle est tellement douée pour incarner des personnages et faire varier sa palette d'émotions tout en nuances. Ensuite nous avons construit le casting autour d'elle, on voulait que ce soit éclectique pour qu'il reflète le mouvement des suffragettes de l'époque qui fédérait des femmes très différentes. Durant le tournage on est toutes devenues très amies et j'ai vraiment pris plaisir à travailler avec ces actrices. Carey Mulligan, qui était là tous les jours, était toujours force de propositions, on parlait énormément des dialogues.

Emmeline Pankhurst, la figure de file des Suffragettes, est-elle une héroïne pour vous ?
Je pense que comme chaque leader politique, elle est imparfaite, mais c'était une femme visionnaire pleine de courage et de bravoure.

 

Le fait que vous fassiez ce genre de film, n'est-ce pas déjà un acte militant ?
Rien que le fait de réaliser pour une femme peut être considéré comme un acte politique. Pour Les Suffragettes, je n'aurais peut-être pas pu le faire quelques années auparavant. Le climat de rébellion contre la discrimination des sexes qui règne dans le monde du cinéma a certainement joué en ma faveur. Mais quand bien même ce n'était pas facile, je me suis d'ailleurs entourée uniquement de femmes sur le tournage. J'essaie de provoquer un discours, une émotion, une opinion et d'exercer le travail de mémoire. 

© Pathé Distribution

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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