Phantom Boy: Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli croquent la Grosse Pomme

En salles le 14 octobre 2014, Phantom Boy est le second long métrage animé d'Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli. Passionnants et passionnés, les deux talentueux artistes nous ont raconté la genèse de cette incroyable histoire.

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Exit les péripéties d'une boule de poils sur les toits d'un Paris des années 50. Nominés 17 fois dont une aux Oscars avec leur premier film animé Une vie de chat, le scénariste Alain Gagnol et son ami dessinateur Jean-Loup Felicioli se sont sentis pousser des ailes. Leur envol les a menés jusqu'aux grattes-ciel de Manhattan où ils nous embarquent pour suivre les aventures de Léo. Hospitalisé à cause d'une maladie, le jeune garçon de 11 ans est doté de l'incroyable pouvoir de sortir de son corps. Associant films policier, fantastique et de super héros, cette seconde (chef d') œuvre est une ode à la liberté et à la vie. Un petit bijou tout droit sorti de l'imagination d'Alain Gagnol et coup de crayonné par Jean-Loups Felicioli. Chapeaux, les artistes.

Léo, le petit garçon à l'incroyable pouvoir © Folimage
Le JournalDesFemmes.com : Comment est née cette histoire ? 
Alain Gagnol : Après Une vie de chat, je souhaitais changer de registre et j'avais très envie de mêler les univers du polar, du fantastique et celui des super héros. Je suis un grand amateur des Marvel car je trouve que les personnages gardent une grande humanité derrière leurs pouvoirs. 
 
Dans Une vie de chat, l'intrigue se déroulait à Paris. Pourquoi avoir choisi New York comme toile de fond cette fois-ci ? 
Alain Gagnol : En référence aux super héros et plus pragmatiquement, parce que notre producteur nous l'a conseillé. C'est plus "vendeur" au niveau international. 
Jean-Loup Felicioli : C'était cohérent par rapport à l'histoire, et Paris aurait été trop plat. Graphiquement, New York était beaucoup plus intéressante. Comme nous n'avons pas pu nous rendre sur place, je me suis inspiré de photos trouvées sur Internet ou dans des magazines. J'ai mélangé tout ça pour créer mon New York à moi. J'ai complètement réinventé la ville, idem pour les couleurs. 
 
Vous avez une patte bien particulière. Quelles techniques utilisez-vous ? 
Jean-Loup Felicioli : Les décors sont faits à la craie sur du papier canson. Ils servent de repères. Les couleurs sont ensuite posées, puis les traits. Les personnages sont gouachés puis crayonnés : c'est ce qui donne l'effet vibration. Cela permet de les intégrer dans le décor, d'éviter qu'ils ne soient trop en aplat. 
Alain Gagnol : Cette technique permet de mettre en avant le travail de la main, le coup de crayon. Cela apporte une grande sensibilité au dessin. On veille à la maîtrise du graphisme tout en conservant les imperfections pour préserver "la trace" du travail effectué. 
 
Comment s'est fait le choix des voix d'Audrey Tautou, Edouard Baer et Jean-Pierre Marielle ? 
Alain Gagnol : Assez rapidement car nous en avions physiquement besoin avant d'animer les personnages. Leur mouvement doit être raccord avec les dialogues. Pour Phantom Boy, nous n'avons pas trop tatonné, des noms se sont très vite imposés. 
Jean-Loup Felicioli : Jean-Pierre Marielle était une évidence car il fallait une voix à la fois terrifiante - capable de monter assez haut pour menacer - et distinguée, qui colle parfaitement avec les séquences dans lesquelles il vouvoie ses acolytes. 
 
Il vouvoie même Rufus, le petit chien ? 
Alain Gagnol : C'est sa façon d'être et c'est ce qui lui confère un côté sympathique, voire ridicule. Pour l'anecdote, je me suis inspiré d'un ami qui a cette manie. Je trouvais que ça collait parfaitement avec le personnage. Cela lui confère une certaine théâtralité aussi, une certaine grandeur. 
 
Ne connaîtra-ton jamais la malheureuse histoire de l'homme au visage cassé ? 
Jean-Loup Felicioli : Alain a fait plusieurs versions de scénarios, dans lesquelles il y avait toujours une explication. On avait pensé le révéler pendant le générique mais on a préféré conserver le mystère. Parfois, c'est mieux de ne pas savoir. 
 
Le dessin de son visage fait penser à du Picasso... 
Jean-Loup Felicioli : Dans le scénario d'Alain, il avait vraiment un visage horrible composé de lambeaux de chair. Pour ne pas trop effrayer les enfants, j'ai cherché quelque chose qui soit à la fois esthétique et bizarre. Ces morceaux colorés façon Picasso permettent "d'adoucir" son visage. C'est une sorte de masque qui cache quelque chose de très effrayant. Cela lui donne un côté un peu dérangeant et ça le rend un peu abstrait aussi. 
 
Pourquoi le héros est-il malade ? 
Alain Gagnol : Au départ, c'était une idée graphique. J'avais depuis longtemps en tête ce personnage au crâne rasé avec une casquette. Je souhaitais l'animer d'autant que c'est une image qu'on ne voit pas souvent au cinéma. 
 
Pourquoi Phantom Boy plutôt que "Fantôme Boy" ? 
Jean-Loup Felicioli : Pour faire écho à ce que vient de dire Alain parce que malgré la maladie, on ne voulait pas que le film soit associé à la mort. Un "phantom" c'est une sorte de corps éthéré, un dédoublement. Cela fait plus écho à l'enveloppe corporelle. C'est moins morbide qu'un fantôme. 
Alain Gagnol : Et ça fait plus super héros ! On a mis un certain temps à trouver ce titre mais on en est fiers. 
 
Si vous aviez le même pouvoir que Léo, qui aimeriez-vous "espionner" ? 
Alain Gagnol :  Léo n'est pas vraiment dans ce "voyeurisme"... Cela étant, on découvrirait sûrement des choses édifiantes ! 
Phantom Boy, en salles le 14 octobre 2015 © Folimage

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