Georgia Scalliet, au haras

Georgia Scalliet a le verbe haut et la fierté en étendard dans "L'Odeur de la Mandarine", où elle campe Angèle, féministe avant-gardiste en 1918. Inconnue du grand public, cette pensionnaire de la Comédie-Française mérite pourtant que tous les regards se portent sur elle. Entretien avec une jeune femme aussi délicate que libre.

© Metropolitan FilmExport
Georgia Scalliet dans L'Odeur de la Mandarine © Metropolitan FilmExport

Georgia Scalliet tient le premier rôle de L'Odeur de la Mandarine, au cinéma le 30 septembre. Comédienne de talent de la Comédie-Française, elle s'essaie pour la première fois au cinéma avec brio pour camper une femme forte et moderne en 1918. Comme son personnage, la jeune femme de 29 ans clame haut et fort sa liberté. Rencontre.

Pouvez-vous vous présenter ? 
J'ai grandi en Bourgogne, commencé le théâtre à 8 ans, étudié à Bruxelles pendant 2 ans avant d'entrer à l'ENSATT (Ecole Nationale Supérieure des Arts Techniques du Théâtre) à Lyon et d'intégrer la Comédie-Française. Voilà 6 ans que j'y suis. L'Odeur de la Mandarine est mon premier film au cinéma. Avant, j'avais tourné pour Arte une adaptation des Trois sœurs de Tchekov par Valeria Bruni Tedeschi.

Comment vous êtes-vous retrouvée dans L'Odeur de la Mandarine ?
J'étais très curieuse de découvrir tout un pan de mon métier que je n'avais jamais expérimenté. Les règles du jeu sont différentes et j'y ai vu une occasion pour apprendre, grandir et essayer d'évoluer. J'ai donc passé des castings et j'ai été prise.

Que retenez-vous de cette premiere expérience de cinéma ?
Le terrain de jeu est encore plus grand, on s'y perd parfois, mais c'est merveilleux. J'ai dû apprendre à faire du cheval pour le film. C'était incroyable de rencontrer toutes ces personnes. Le cinéma permet d'entrer dans des univers différents, d'apprendre à travailler ensemble pour la même cause. C'est passionnant.

Quel a été votre plus gros challenge ?
De ne travailler qu'avec des gens que je ne connaissais pas. C'est très différent du théâtre, où je suis toujours proche d'au moins 2 ou 3 personnes de la troupe. Il a fallu garder confiance, apprendre à me concentrer. J'ai l'habitude de moments plus intimes. Là, j'avais tendance à être fascinée par ce qui se passait autour de moi, j'observais et j'oubliais que c'était à moi de m'y mettre.

Incarner une rebelle comme Angèle, c'était important pour vous ?
J'ai été touchée par sa liberté de pensée, de parole. L'histoire se déroule en 1918, ce qui la rend d'autant plus impressionnante. Cette femme part de chez ses parents parce qu'elle est enceinte et qu'elle ne veut pas d'un mariage forcé, elle s'improvise infirmière pour jouer un rôle dans la guerre… Moi, si je le faisais dans un hôpital à Paris, ça ne donnerait pas grand-chose, alors dans son cas ! Elle trouve ensuite refuge chez Charles et finit par accepter un mariage de raison, sans faire carpette. Elle ne fait pas semblant. Elle est toujours vraie, honnête. J'aime côtoyer, m'inspirer de gens comme elle, qui décident de vivre leur propre vie, qui pensent, agissent selon leur vérité et malgré ce que leur dicte la société.

Vous êtes-vous retrouvée dans ce côté frondeuse ?
Angèle n'est pas du tout comme moi, mais comme je l'interprète, j'y mets forcément beaucoup de ma personne. Souvent je me reconnais en elle, je suis d'accord avec ce qu'elle dit sans prétendre être aussi forte. Jouer un rôle est toujours un mélange délicat entre ce qu'on est et ce qui est écrit. C'est juste du jeu.

Si on vous fait une remarque sexiste, vous retorquez ?
Oui, complètement. C'est d'ailleurs ce que j'ai aimé chez Angèle, qu'elle ne soit pas dans la revendication. Les carcans ne l'atteignent pas. Elle est féministe c'est sûr, mais pas dans la colère. Elle renvoie la balle parce qu'elle est vivante. Elle n'a pas l'habitude de s'écraser, elle dit ce qu'elle pense.

Angèle reste libre de ses sentiments, de son corps… A propos de quels sujets vous n'acceptez pas qu'on empiète sur votre liberté ?
Tous. On ne peut pas empiéter sur ma liberté, sur mon corps, sur là où se trouve mon plaisir. Je ne supporte pas de ne pas avoir le droit de dire ce que je pense, ne serait-ce que par honnêteté. Si on ne me laisse pas penser comme je veux, ça peut être très violent, radical. Dans mon métier, je souffre quand on me prive de ma liberté d'expression.

Un mariage doit-il forcément être animé par la passion ? Comprenez-vous le mariage de raison ?
Je peux concevoir que tout est possible. Il y autant de relations, de contrats, que de couples. Je trouve triste quand les gens ne sont pas honnêtes entre eux. Si les deux personnens ne veulent pas la même chose, ça n'est pas possible. Pour le reste, je n'ai pas beaucoup de morale ou d'a priori.

L'âge peut-il être un frein à l'amour ?
Ce n'est pas évident, pour un homme ou une femme, de tomber sur quelqu'un avec qui il/elle a 25 ans d'écart. Si ça m'arrivait, je regretterais qu'on n'ait pas le même âge. Je serais très amoureuse, mais je ressentirais une petite déception, même si ce n'est pas une barrière à l'amour. Je suis convaincue que des gens avec beaucoup d'écart s'aiment mieux que d'autres qui ont le même âge.

Revenons à vous : vous rêvez d'une carrière sur grand écran ?
Mon rêve le plus prétentieux est de ne faire que ce que j'aime. Que ce soit sur les planches ou à l'écran, ça n'a pas tellement d'importance.

Quels sont vos projets ?
Je monterai sur scène pour Britannicus avec une mise en scène de Stéphane Binche. Je jouerai Junie et je donnerai la réplique à Laurent Stocker, Hervé Pierre et Dominique Blanc, que j'admire.

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