Raphaël Jacoulot nous donne un Coup de chaud

Dans Coup de chaud en salles le 12 août 2015, Raphaël Jacoulot explore la figure du bouc émissaire à l'échelle d'un village. Sombre, troublant et saisissant de réalisme, le réalisateur réussit un coup de maître avec son 3e long-métrage. Rencontre.

© TS Production
Un film sombre qui (nous) interroge. Un casting de choix, une mise en scène soignée et une histoire qui fait réfléchir. Avec Coup de chaud, Raphaël Jacoulot observe notre société pour pointer la capacité de l'individu à cristalliser ses maux sur la figure du bouc émissaire. L'humain en prend un bon coup et c'est tant mieux. Echange avec un réalisateur talentueux. 
Raphaël Jacoulot © Mickaël Crotto

Le Journal des Femmes : Comment est né Coup de chaud ? 
Raphaël Jacoulot :
En découvrant un fait divers qui m’avait marqué. Je les épluche souvent car ce sont de bons départs de fiction. Celui qui m’a inspiré Coup de chaud m’intéressait plus particulièrement car il y a un mécanisme collectif qui s’est dérégulé jusqu’à conduire à la violence. J’avais envie de travailler son propos, le sujet de société qu’il représente, la construction des personnages et leur point de vue.  Il y a eu un important travail d’investigation. Avec ma co-scénariste Lise Macheboeuf, nous avons rencontré les différents protagonistes, assisté aux assises. On a puisé de la matière autant dans la sphère publique que privée. 

Pourquoi avoir démarré le film par la mort de Josef ? 
Parce qu’on a pensé le film comme une tragédie. L’annonce d’un événement grave autour du personnage central installe une tension, une couleur de film noir. Il n’était pas question de faire un mystère autour de sa mort mais de montrer comment on y arrive, qui est le coupable et pourquoi.

Coup de chaud est ponctué d’ellipses. Une façon de semer le doute dans l’esprit du spectateur ? 
La culpabilité est partagée, collective. Elle se répand de villageois en villageois. Chacun a une part de responsabilité dans le processus victimaire. L’ellipse est effectivement un bon moyen de semer le doute et de donner corps à la rumeur. Elle nourrit le fantasme par rapport à Josef et ce dont on l’accuse. 

Josef est une sorte de bouc émissaire contemporain… 
La figure de Josef est centrale mais ce qui m’importait c’était de la travailler du point de vue des villageois. Au départ, chacun d’eux est présenté à travers son individualité, son intimité avec ses problématiques de couple, de travail qui ne concernent absolument pas Josef. Plutôt que de les régler individuellement,  les villageois se trouvent une problématique collective qui est la gestion de Josef. 

Est-ce aussi une façon d’interpeller le public ? 
Le film a été construit ainsi oui. L’idée c’était de se mettre à la place des villageois, d’essayer de comprendre pourquoi Josef leur est aussi pénible. Il y a un processus identificatoire de par les figures choisies. L’histoire se déroule dans un microcosme mais n’est pas absolument pas propre au milieu rural. Au contraire, il y a une volonté d’universalité : Coup de chaud, c’est la France vue à travers un village. 

La France, vous l'avez justement sillonnée pour présenter le film au public. Quel est le ressenti général ? 
Très positif. Il y a eu de vrais échanges. Le questionnement semblait avoir fait son chemin dans l’esprit des spectateurs. Je suis heureux qu’il réussisse à ouvrir une réflexion. 

Pourquoi Karim Leklou en Josef ? 
Le choix de l’acteur pour Josef Bousou était assez complexe car il s’agissait de choisir entre un acteur professionnel ou pas. J’ai préféré un professionnel car cela me permettait d’être plus précis. S’est posée ensuite la question de la notoriété. Pour un personnage qui suscite l’étrangeté, la peur, l’inconnu, cela nous paraissait plus cohérent de prendre un visage non identifié. Le champ de projection était ainsi plus fort. A l’inverse, pour le maire, il nous fallait une figure publique, reconnue, d’où le choix de Jean-Pierre Darroussin. 

Le film est sombre mais s'éteint sur une certaine lueur d’espoir…
Coup de chaud, décrit une certaine capacité de l’humanité à aller vers des choses sombres, un échec du politique, du vivre ensemble. J’avais envie d’un renouvellement possible et j’ai choisi la figure adolescente car malgré leur cruauté pendant le film, ils ressentent la façon dont Josef a été instrumentalisé et ont la capacité à grandir. Ils apportent une forme de salut, d’espoir mais aussi une certaine ouverture du village. 

Diriez-vous de votre film qu'il est engagé ?
Il y a nécessairement une forme d’engagement à partir du moment où j’aborde la thématique des gens du voyage, la stigmatisation qui les entoure, la question du handicap, de l’absence des institutions qui est une carence importante dans notre société. Ce sont des choses dont je voulais parler mais pas sous la forme d’un pamphlet. J’essaie d’exprimer ma vision sur un monde à travers des personnages. Si le questionnement s’ouvre, tant mieux. 

10 questions coup sur coup 
Avez-vous essuyé beaucoup de coups durs dans votre carrière ? 
Les moments compliqués sont les temps de financement, même si le cinéma français garde une vitalité. 
Votre dernier coup de gueule ?
Je me mets trop rarement en colère pour m'en souvenir. Peut-être ai-je haussé la voix pendant le tournage mais je le regrette déjà. 
Votre dernier coup de foudre ? 
C'est une question difficile... 
Votre dernier coup de soleil ?
Pendant la tournée pour présenter le film, on a fait la route des plages. J’ai choppé plein de coups de soleil.  
La dernière fois que vous avez fait les 400 coups ? 
Pendant le tournage, on a beaucoup fait la fête. 
Avez-vous un bon coup de crayon ?  
Je l’avais mais je l’ai perdu. Plus jeune, je voulais être peintre. Mais je ne l’entretiens plus beaucoup.
Avez-vous un bon coup de fourchette ? 
Oui, surtout pendant les tournées. Trop même !  
Si je vous offre un coup à boire, que commandez-vous ?  
Une bière.
En quoi aimeriez-vous vous transformer sur les douze coups de minuit ?  
En cinéaste même si j’ai l’impression de le devenir de plus en plus. 
La sortie de Coup de chaud en plein été, coup de bol ou coup dur ? 
Coup de bol. C’est une question de stratégie. En août, on a plus de possibilité en termes d’affichage et de distribution dans les salles. La concurrence est moins forte aussi. 
 
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