Karim Leklou, brillant dans Coup de chaud

Cet acteur aussi discret que fascinant explose dans Coup de chaud, un film sombre et saisissant à découvrir dans les salles le 12 août 2015. Rencontre chaleureuse avec Karim Leklou.

© TS Production
C'est sous la chaleur écrasante parisienne que l'on rencontre Karim Leklou. Jean, baskets, sourire affable, l'acteur est accueillant, accessible et spontané. Tête d'affiche dans Coup de chaud, Karim Leklou défend avec ardeur le long métrage de Raphaël Jacoulot. Effervescent, enthousiaste, bouillonnant lorsqu'il parle de son métier qu'il "adore", l'acteur se dit chanceux. Ce sont nous les chanceux, d'avoir échangé avec une personne aussi solaire. Coup de projecteur sur un acteur qui mérite la lumière.  
Karim Leklou dans Un coup de chaud en salles le 12 août 2015 © TS Production

Le Journal des Femmes : Qui êtes-vous Karim Leklou ? 
Karim Leklou :
Cela fait cinq/six ans que je fais ce métier. J’ai joué dans Un prophète de Jacques Audiard, Les géants de Bouli Lanners, La source des femmes de Radu Mihaileanu. En novembre, je serai à l’affiche du film Les anarchistes présenté à Cannes. J’ai tourné récemment avec Delphine et Muriel Coulin et j’aurai l’immense plaisir de retrouver Katell Quillévéré avec qui j’avais tourné Suzanne. Avant tout ça, je suis très fier de défendre Coup de chaud de Raphaël Jacoulot. 

Pourquoi vous dans Coup de chaud ? 
La directrice de casting avait parlé de moi à Raphaël Jacoulot. Il a vu Marseille la nuit, un moyen métrage qui lui a donné envie de me rencontrer. On a fait des séances de travail dont une avec Carole Franck. Faire un essai avec une actrice aussi passionnante et passionnée était déjà une super expérience. Et ça a marché.
 
Josef est particulier… Comment vous êtes-vous préparé pour ce rôle ? 
C’était le gros challenge. Le personnage de Jean-Pierre Darroussin parle de "débilité débonnaire et affective" à propos du handicap de Josef.  La difficulté c’était d’en faire ressortir l’intériorité. Nous avons beaucoup travaillé sur le texte en amont avec Raphaël Jacoulot. Cela nous a permis d’établir un profil psychologique. Physiquement, j’ai pas mal fondu, j’ai dû me tonifier. J’étais plus... comment le dire diplomatiquement, plus imposant, plus "fat" ! J’ai fait un gros travail pour trouver une silhouette. Il y a aussi une gestuelle, une démarche bien spécifiques. Il fallait trouver le bon dosage pour ne pas tomber dans quelque chose de vulgaire. Ce n’était pas évident mais le manque d’affection du personnage, son côté égratigné m’ont pas mal aidé car ce sont des choses qui ne me sont pas totalement étrangères.  

Derrière son handicap, Josef est très lucide sur chacun des villageois. 
C’est justement ce qui fait tout l’intérêt de son personnage. C’est pour ça que je dis que Josef est un gars libre. Il sait frapper là où ça fait mal. Cette ambivalence m’a plu et m’a donné envie de l’incarner. C’est hyper intéressant comme rôle. 

La différence, vous effraie-t-elle ? 
Non, c’est ce qui fait des sociétés riches. Quand tout le monde se ressemble, c’est angoissant. Une société sans différence s’expose à l’appauvrissement culturel, intellectuel. En France, on ne saisit pas assez la chance qu’on a d’avoir des régions différentes, des populations différentes…

Mais ne vous êtes-vous pas demandé comment vous auriez réagi si vous aviez été l’un de ces villageois ? 
Bien sûr. Je peux comprendre ces villageois qui pètent les plombs. Quand on voit le film, on se dit "il est chiant ce gars qu’écoute sa musique à fond, qui fait des conneries". On le pense forcément. Et c’est tout l’intérêt du film de Raphaël Jacoulot. D’interroger chacun de nous sur la facilité à tomber dans un processus victimaire, encore plus dans un contexte de crise. Dans le film, les villageois évoluent dans une chaleur étouffante et la canicule impacte la vie agricole. Il faut un bouc émissaire. Le comportement de Josef additionné à la puissance de la rumeur font de lui la "victime idéale".  On a fait une grosse tournée pour présenter le film et c’était hyper intéressant de voir que le public réagissait, s’interrogeait sur le vivre ensemble, la différence.  
 
Diriez-vous que c’est un film engagé ? 
C’est un film qui interroge par ses dimensions politiques et sociales. Pour autant il n’est pas question de faire la morale. Le film n’est pas hautain, n’ambitionne pas de juger le comportement des villageois. Ce qui est intéressant aussi c’est l’universalité du propos alors même que l’histoire se déroule à huis clos dans un village. C’est toute la force de ce film. Ce cinéma fort, qui aborde de telles thématiques m’est précieux. 
 
Vous ne tourneriez jamais dans une comédie, une romance ? 
Si, bien sûr. Pourquoi un gars n’aurait-il pas d’opinions politiques dans un film d'amour par exemple ?  Regardez les films de Ken Loach ou La vie d’Adèle. C’est l’un des plus beaux films d’amour et l’un des films les plus engagés des dernières années. On a de la chance en France d’avoir des auteurs qui ont de vraies plumes, qui se positionnent. En tant qu’acteur, c’est le pied d’avoir une telle diversité. J’aime le cinéma que raconte mon pays. 
 
Et si les étoiles d’Hollywood vous appellent ? 
Pour l’instant, je me sens très bien les pieds sur terre. Le cinéma, c’est un art délicat. Je ne me projette pas au-delà du présent pour ne pas me faire de film… 

Vous retrouvez en haut de l’affiche, ça vous donne le vertige ? 
Le cinéma ne me donne pas le vertige, parce que ce n’est que du cinéma. Il peut y avoir des hauts, des bas mais ce ne sont pas des game over.  Il faut savoir relativiser. Il y a des choses qui m’ont plus touché dans la vie. Ce qui m'aurait donné le vertige avec Coup de chaud, cela aurait été de ne pas le faire. 
 
12 questions coup sur coup 
Avez-vous essuyé beaucoup de coups durs dans votre carrière ? 
Le métier de comédien n’est pas toujours facile. Mais je reste mesuré car j’ai la chance de travailler sur des films que j’aime depuis que j’ai commencé. Je fais un métier où je m'épanouis et dans lequel je peux exprimer une voix. Je suis hyper heureux donc ce serait indécent de parler de coups durs. 
Vous sentez-vous dans le coup ? 
Vous avez vu ma tenue ? Je m’en fous complètement ! Je ne sais pas ce que c’est qu’être dans le coup. Je me préoccupe pas des questions de tendance, ce n’est pas ce qui me touche.
Votre dernier coup de foudre ?
Ma femme. 
Votre dernier coup de blues ?
Joker.
Votre dernier coup de gueule ?
La dernière fois que j’étais dans un bar. J’ai dû gueuler !
Votre dernier coup de chance ? 
Faire ce métier, jouer dans des films que j’aime. Une chance, un privilège. 
Votre dernier coup de soleil ?
Sur l’un de mes derniers tournages. Je me suis retrouvé avec la fameuse marque du marcel, clairement pas dans le coup pour le coup !  
La dernière fois que vous avez fait les 400 coups ?  
Y’a une semaine dans un bar. En même temps que le dernier coup de gueule.  
Avez-vous un bon coup de crayon ?  
Imaginez le dessin d’un enfant de 4 ans. Il dessine mieux que moi. 
Avez-vous un bon coup de fourchette ? 
Ah oui ! Je suis plus salé que sucré. J’aime beaucoup le hachis parmentier. 
Si je vous offre un coup à boire, vous commandez quoi ? 
Ça dépend des humeurs. Mais en général, je commence par un café allongé et si le coup dure je termine par de l’eau russe plus communément appelée vodka. 
En quoi aimeriez-vous vous transformer sur les 12 coups de minuit ?  
Diego Armando Maradona. Le plus fabuleux des joueurs argentins.  
 

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