Isabelle Huppert ne voit pas de sexisme dans le cinéma

En marge du Festival de Cannes, la place des femmes au cinéma est débattue via les talks "Women in motion", organisés par le groupe de luxe Kering. Pour Isabelle Huppert, le combat pour l'égalité des genres n'a pas (forcément) lieu d'être dans le 7e art.

Isabelle Huppert ne voit pas de sexisme dans le cinéma
© Vittorio Zunino Celotto

Cette année à Cannes, les femmes sont à l'honneur : dans la sélection officielle d'abord, mais aussi en marge des salles obscures. A deux pas du Palais des Festivals, le groupe de luxe Kering organise des discussions avec des grands noms du 7e art pour débattre de la place des femmes sur grand écran.
Dans la suite de l'hôtel Majestic Barrière dédiée aux talks Women in motion, avec vue sur la mer, Isabelle Huppert a pris place entre la productrice Sylvie Pialat et François Aubel, rédacteur en chef du Figaro. L'actrice, à Cannes pour représenter trois films (Louder Than Bombs de Joachim Trier, Valley of love de Guillaume Nicloux et Asphalte de Samuel Benchetrit), met en garde dès les premières minutes : "Attention à ne pas stigmatiser ce qu'on essaie de défendre."
Ainsi, les deux invités se disent contre la féminisation des mots et les quotas. La star de cinéma, elle, en a marre que les journalistes lui demandent sans cesse s'il existe des différences de traitement entre les hommes et les femmes dans le milieu. Pour Isabelle Huppert et Sylvie Pialat, c'est parce qu'on se focalise dessus que le sujet existe. Ballot quand on participe à un débat sur la question.

Isabelle Huppert et Sylvie Pialat © Vittorio Zunino Celotto

La comédienne et la veuve du regretté Maurice Pialat finissent pas évoquer certaines ombres au tableau. La Pianiste concède être encore beaucoup moins bien payée que ses collègues masculins. La productrice, elle, avoue qu'au moment des négociations, elle s'arrête là où les hommes continuent, par peur de "passer pour l'hystérique de service". "Car une femme exigeante est forcément une hystérique alors qu'un homme exigeant est exigeant", soulève Isabelle Huppert. Voilà pour l'envers du décor.
Face caméra, la femme de Ronald Chammah confie avoir remarqué quelque chose de subtil, mais vrai : "Les plans sur les hommes ont tendance à être plus longs que ceux sur les femmes." Isabelle Huppert, tenace, insiste pour ne pas y voir de la discrimination. "Le désir vient de la frustration, alors j'imagine qu'on montre moins les actrices pour mieux les désirer."
Le sexisme s'arrête là pour celle qui détient le record de films présentés à Cannes. Selon elle, il est même "plus facile d'être comédienne". Elle joue carrément la provoc' en lançant que dans le cinéma d'auteur, "les hommes ont de quoi envier les femmes", pour leurs personnages souvent plus complexes.
"Mon féminisme, c'est d'être au centre, non pas pour le triomphe, mais pour mettre en lumière une certaine fragilité, des faiblesses", explique-t-elle. Après une heure de débat, l'actrice tranche : "La qualité d'un film ne dépend pas du sexe des acteurs." Sur ce point là, on est d'accord.

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