En Equilibre : entretien avec Denis Dercourt, le réalisateur

Au cinéma le 15 avril, "En Equilibre" est le neuvième film de Denis Dercourt. Pour la première fois, le réalisateur de "Demain dès l'aube" et "La tourneuse de pages" a adapté un livre, celui de Bernard Sachsé, cavalier handicapé depuis un terrible accident. Rencontre avec le cinéaste.

Dans En Equilibre, en salles le 15 avril, Albert Dupontel interpète Marc, ancien cascadeur équestre cloué dans un fauteuil roulant depuis un accident de tournage. En guerre contre son assurance, il va faire la rencontre de Florence, incarnée par Cécile de France, ancienne musicienne chargée de son dossier. La rencontre entre ces deux destins brisés va bousculer leurs équilibres, leur vie. Interview avec le réalisateur, Denis Dercourt.

Image tirée d'En Equilibre, au cinéma le 15 avril © StudioCanal

Le Journal des Femmes : En Equilibre est tiré de l'autobiographie de Bernard Sachsé. C'est la première fois que vous adaptez un livre...
Denis Dercourt : Oui, mais c'est une adaptation très libre. Sur mes quatre jambes de Bernard Sachsé raconte seulement le parcours d'un homme, il n'est pas question d'histoire d'amour : il s'est en fait marié un mois avant son accident. Le scénario a été plus dur à écrire que je ne pensais, car il fallait inventer toute une histoire autour de son récit. Alors assez vite, je me suis dit que j'allais partir de cette anecdote d'assurance, qui n'est mentionnée que brièvement dans le livre. Je me suis beaucoup documenté : je savais que le modèle allait être sur le tournage, je ne voulais pas me planter.

Comment avez-vous travaillé avec les chevaux ?
Etrangement, c'était moins difficile que ce que l'on m'avait dit. J'ai travaillé avec une équipe très expérimentée, dont Bernard et son épouse. Dès le scénario, le cheval était écrit comme un personnage. Je ne voulais pas me contenter de faire de la captation, comme dans ces films de chevaux avec des plans en extérieur, très beaux. J'ai considéré l'animal comme un comédien, je voulais le filmer à la manière d'un musicien : dans le travail.

Vous êtes musicien. Ce regard-là vous aide-t-il à composer un film ?
A l'écrire, sûrement. Au départ, ce regard m'handicapait parce que j'écoutais plus que je ne regardais. Il m'a fallu un certain temps pour oublier l'oreille. J'ai l'impression que les réalisations de musicien sont un peu différentes. Des gens me disent que ce ne sont pas des films, parce qu'il y a peu d'accroche pour l'intellect.

Cécile de France joue du piano dans le film. C'était important pour vous ?
Au contraire !  A la base, je ne veux pas qu'il y ait des musiciens dans mes films, car c'est mon quotidien. Je suis professeur, mon fils est professionnel : il n'y a que de la musique à la maison. Sauf qu'au moment de l'écriture, je m'identifie à un personnage et là il devient musicien. Dans En Equilibre, je suis Florence. C'est le personnage identificatoire, ordinaire. Et puis ça aide. Le comédien aime généralement incarner un musicien et il est plus simple d'avoir de la musique à l'écran pour la bande-originale.

Comment avez-vous choisi le duo Albert Dupontel - Cécile de France ?
Nous avons d'abord pensé à Albert : il n'y a pas beaucoup d'acteurs comme lui en France, aussi physiques. Il a tout de suite dit "oui", à condition de faire ses cascades lui-même. Comme ça ne plaisait pas trop à la productrice, nous avons tourné les scènes de voltige en fin de tournage. Albert ne voulait pas n'importe qui pour lui donner la réplique et nous nous sommes directement tournés vers Cécile, qui elle aussi a immédiatement accepté.

Quel serait votre rêve de réalisateur ?
J'aimerais bien tourner avec Gérard Depardieu. Je ne rêve pas de la Palme d'or à Cannes ni d'un immense succès populaire, mais de pouvoir continuer à faire les films que je veux, avec les gens que je veux. En cinéma, vous n'êtes pas seul... Jusqu'à présent tout s'est bien passé, mais ça peut vite évoluer.

En Equilibre, au cinéma le 15 avril, de Denis Dercourt, avec Cécile de France et Albert Dupontel.