A La Vie : l'émouvant témoignage de Jean-Jacques Zilbermann

Trois femmes revenues de l'horreur découvrent les joies de l'amour sur une plage du Nord... Pour réaliser A LA VIE, Jean-Jacques Zilbermann s'est inspiré de l'histoire de sa mère, Irène, qui rejoignait ses amies de déportation à la mer, enfin "à Auschwitz-les-Bains".

A La Vie : l'émouvant témoignage de Jean-Jacques Zilbermann
© Le Pacte/Elzevir Films / France 3 Cinema

Un "devoir de mémoire". Si la génération des déportés a quasiment disparu, Jean-Jacques Zilbermann considère la Shoah comme un traumatisme héréditaire. Pas question pour autant de livrer un témoignage de souffrance sur les camps. "Il y avait suffisamment de drame pour ne pas y ajouter du mélo", nous explique-t-il. Cet écueil évité, le cinéaste nous offre un film enchanteur à l'esthétique colorée et à la musique entraînante. Un opus à la mélancolie joyeuse, une reconstitution rendue possible grâce à la population conviviale et impliquée de Berck-sur-Mer.

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A La Vie, en salles le 26 novembre 2014 © Le Pacte

Comment avez-vous traité un sujet aussi intime, aussi fort ?
Jean-Jacques Zilbermann : Mes deux parents ont été déportés à Auschwitz et j'ai baigné dans cette atmosphère toute mon enfance. Ils étaient deux sortes de survivants. Mon père, qui a perdu sa première femme, ses deux sœurs, sa fille à cause des nazis, c'était le traumatisme, les cauchemars la nuit... A l'écran, j'ai fait de lui un impuissant, un homme délabré qui a renoncé à la chaleur physique. C'est une castration symbolique. Après de telles blessures, son personnage joué par Hippolyte Girardot ne s'exprime plus qu'à travers des blagues juives.
Ma mère, c'était la rage de vivre, la militante communiste volubile, intarissable. Elle allait dans les écoles partager son expérience, considérait que c'était une chance formidable d'être là.
Mon père culpabilisait de s'en être sorti, il était dans l'intériorité. Ma mère partageait tout avec ses amies. Elles étaient solidaires dans leur féminité, riaient tout le temps. C'est dans cette générosité, cette sororité, le regard bienveillant des unes sur les autres des autres, qu'elles avaient puisé leur force alors que les mélancoliques mouraient.

Racontez-nous la genèse du projet...
Jean-Jacques Zilbermann : J'ai eu la chance d'avoir trois mamans : Irène, mais aussi ses deux amies de déportation, Paulette et Annie. Elles s'étaient rencontrées à Auschwitz, en 1944, dans le malheur. Elles s'étaient serré les coudes et l'union faisant la force, elles avaient survécu. Ce n'est que vingt-cinq ans plus tard qu'elles se sont retrouvées. Elles partaient en vacances ensemble pour quelques jours, au bord de la mer, sans leurs maris, sans leurs enfants.
À la fin des années 1980, j'ai pris une caméra et je suis parti les rejoindre pour tourner un documentaire qui est devenu avec le temps notre film de famille. Puis j'ai commencé à réfléchir au scénario d'un long-métrage...

Comment avez-vous choisi vos actrices ?
Jean-Jacques Zilbermann : Je voulais trois femmes aux silhouettes différentes. Je tenais à Julie Depardieu pour incarner ma mère, car elle est à la fois fragile et forte et chante merveilleusement en yiddish. Pour le reste, j'ai suivi la réalité autobiographique: Paulette habitait Montréal et Annie Amsterdam. J'ai donc cherché une Canadienne et une Hollandaise. Suzanne Clément m'avait emballé dans Laurence Anyways de Xavier Dolan, c'était la "jewish princess" parfaite. J'avais lu que Johanna Ter Steege avait été retenue par Stanley Kubrick pour jouer le rôle principal d'Ariane Papers, sur l'extermination, mais que le projet avait été abandonné à cause de la sortie de La Liste de Schindler, le blockbuster de Spielberg.

A La Vie est un film vif, drôle, charmant et plein d'espoir...
Jean-Jacques Zilbermann : L'idée était de situer leurs retrouvailles au début des années 1960, parce qu'à ce moment-là, l'époque a réellement changé : on est vraiment sortis de la guerre. Les bikinis, les transistors, le twist sont arrivés comme une libération. Je voulais confronter ces trois femmes et leur passé à cette gaieté, cette légèreté.

Comment avez-vous traversé l'aventure ?

 

Jean-Jacques Zilbermann : Je ne prétendais pas faire un récit historique, mais je tenais à ce que chaque détail soit vrai. Le travail de préparation a été très long, mais le tournage n'a duré que huit semaines. Il faut dire que l'on a complètement bloqué la station balnéaire pendant tout l'été. Les Berckois ont été formidables.
Ce film très personnel, je l'ai muri pendant plus de 20 ans. Je le pensais impossible, je suis fier de l'avoir fait. 

 

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