Le Beau Monde : Julie Lopes Curval, réalisatrice réaliste

Avec Le Beau Monde, en salles le 13 août, Julie Lopes Curval signe son quatrième long-métrage. Rencontre avec une réalisatrice au regard aussi critique que profond.

Le Beau Monde Julie Lopes Curval

Julie Lopes Curval est une Parisienne sympathique et réfléchie. La réalisatrice de Bord de Mer revient avec Le Beau Monde, une satire sociale qui prend racine dans une histoire d'amour entre Alice, provinciale un peu naïve et Antoine, bourgeois un peu égoïste. La cinéaste à l'origine de ce film aux multiples lectures nous a accordé quelques minutes dans un café parisien, en plein mois d'août pluvieux.

Le Journal des Femmes : Comment vous est venue l'idée du Beau Monde ?
Julie Lopes Curval :
J'avais envie, depuis très longtemps, de raconter une histoire d'amour qui parle de différence sociale. Je voulais que cette histoire se demande si l'amour résiste à tout, se questionne sur la construction au sein du couple, sur l'apprentissage de la vie d'adulte. Il y a plein de fils...

C'est pour ça que vous avez pensé à la broderie ?
Julie Lopes Curval : Je souhaitais surtout qu'Alice, qui n'a pas de grand savoir, puisse intégrer une école supérieure. J'avais aussi l'idée qu'elle se consacre à quelque chose d'artistique. Puis la broderie évoque un univers, que j'ai fait le choix de conserver : il faut de la concentration, de la douceur, de la patience. C'est un métier sans âge, qui a traversé le temps, ce qui rend le personnage intemporel.

julie lopes
Julie Lopes Curval, sur le tournage © DR

Vos personnages ont tous une certaine dualité. Pourquoi ?
Julie Lopes Curval : C'est très humain, peu de personnes sont super tout entières (rires). C'est aussi cela qui rend attachant un personnage de cinéma. Alice est douce, elle a l'air de se laisser faire, mais elle a cette espèce de solidité qui la porte. Je ne voulais pas une histoire d'amour où il n'y en a un qui a raison et l'autre tort. Cela se construit à deux, avec les bons et les mauvais côtés de chacun. On prend un peu de l'autre, on révèle qui on est.

Plus qu'une histoire d'amour, ce n'est pas aussi un film engagé ?
Julie Lopes Curval : Un peu. Les fractures sociales et culturelles sont encore très fortes et c'est dommage. Je voulais montrer cette réalité qui existe encore aujourd'hui : le clivage entre les milieux modestes et les plus aisés. C'est dur de venir d'une famille modeste, de la laisser derrière soi, de la regarder avec du recul. Il y a toujours la peur de trahir, l'envie qu'elle soit "mieux".

Quel message avez-vous voulu faire passer ?
Julie Lopes Curval : Je voulais séparer ce couple, mais faire se rencontrer les gens. Je crois beaucoup à l'échange, au fait que les personnes puissent se voir, se parler... C'est ce qui est beau dans une société !

Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire du cinéma ?
Julie Lopes Curval : J'ai toujours été obsédée par les films. J'en regarde énormément depuis toute petite. Quand j'étais enfant, c'était le début des magnétos, alors je me passais en boucle certains Chaplin, Sissi ou même des Polanski à 6-7 ans... La vraie question est : pourquoi on m'a laissée regarder ça !

Portrait chinois : si vous étiez...
Un film :
Les Lumières de la Ville, de Charlie Chaplin
Un plat : des spaghettis à la tomate, mais des bons !
Un dicton : "P'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non"
Un couple célèbre : Douglas Fairbanks et Katharine Hepburn
Une ville : Paris
Un homme : Euh... Julien ?