Everyone's Going to Die : rencontre avec Jones

"Tout le monde va mourir", tel est le titre du premier long-métrage de Jones, un duo détonant. L'interview du binôme prometteur permettra peut-être d'élucider un film mystérieux, en salles mercredi 9 juillet.

Everyone's going to die Jones

Les réalisateurs d'Everyone is Going to Die, Max Barron et Michael Woodward, ont fusionné leurs idées, leur créativité et leur audace dans un film qui parle d'amour platonique et d'une philosophie de vie à la fois simple et réfléchie.
Au fond d'un café parisien, nous avions rendez-vous avec les deux Britanniques. Assis sur une banquette confortable, le binôme "Jones" réajustait ses lunettes, impatient de partager sa fierté d'avoir réalisé son premier long-métrage comme il le voulait.

Le Journal des Femmes : Quelle était votre idée initiale au moment de l'écriture du scénario ? 
Jones : Nous voulions nous tester en faisant un film avec peu de moyens. Quelque chose de nouveau, une histoire simple avec deux personnages principaux interpellants. Le tournage n'a duré que 20 jours... Nous avions peur de la "dizaine de minutes en trop" qui aurait changé le goût que nous voulions donner au film. La base du scénario était de présenter une rencontre qui donnerait sens à l'histoire. Elle allait offrir à chacun quelque chose de très important...

Pourquoi ce titre, qui indique un film dramatique ?
Jones : Il rappelle que chacun va mourir à la fin et que nous devons gérer ça. C'est un peu sombre, violent, sans l'être vraiment, c'est un genre de blague. On voulait surtout que les gens se questionnent : "Sur quoi portera réellement le film ?". Le fond peut paraître dramatique, mais il est tellement réaliste. Oui, nous allons mourir, c'est justement pour ça qu'il faut donner un sens à sa vie.

Comment avez-vous fait pour marier drame et humour ?
Jones : Nous avons travaillé sur les personnages pour mettre un brin de comique dans une réalité tragique. Au départ, notre scénario était bien plus dramatique et nos amis nous ont conseillés d'intégrer de l'humour. Cet exercice était très difficile mais on s'est finalement rendu compte que l'humour et le drame, qui semblent opposés, ne le sont pas vraiment. Il y a quelque chose de très proche entre ces deux sentiments, comme lorsque l'amour et la tristesse sont ensemble. 

Les protagonistes de votre film, Mélanie et Ray, sont vraiment atypiques. Vous êtes-vous inspirés de quelqu'un ou sont-ils seulement le fruit de votre imagination ?
Jones  : Les personnages ne sont pas nous, mais sont forcément une partie de nous. C'est un mixe entre ce que nous ressentons et ce que nous voulons donner. Ils sont à la fois extrêmes et drôles. Notre vie est indissociable de notre art donc, forcément, les rencontres et nos expériences mutuelles nous ont influencés même si Mélanie et Ray viennent de notre imagination.

Est-il essentiel d'être amoureux avant d'écrire ce genre de film ?
Jones : C'est une question trop personnelle (rires) ! C'est essentiel de croire en l'amour. Il faut surtout aimer la vie. Dans le film, la romance des deux personnages est très platonique, sans contact physique. On peut plutôt dire que l'amour qu'on y présente est celui du plaisir de vivre, de mettre de la joie à l'œuvre. Bien sûr, il y a une connexion entre notre vie amoureuse et le scénario car nous savons qu'il faut croire au moment présent, en la romance offerte par la vie. Nous pouvons manquer des personnes sur notre chemin, mais il faut savoir prendre des décisions pour choisir la bonne direction...

Leur rencontre, est-ce le destin ou la chance ?
Jones :  On veut tous croire au destin, mais les rencontres sont probablement les fruits de la chance. En plus, il y a quelque chose de très romantique dans le destin... On ne contrôle rien de ce qui peut arriver. Le monde va décider pour nous. Chacun peut et doit avoir son opinion sur la question. La chose la plus importante est d'être à l'aise avec le chemin de sa pensée. Ce n'est qu'une question de préférence. En soit, ça ne change pas grand chose.

L'ambiance du début contraste avec le goût laissé par la fin. Comment avez-vous fait pour transformer cela ?
Jones :
Au début, Mélanie ne sait pas qui elle est. Elle est désorientée, confuse et provoque aux spectateurs un sentiment inconfortable. L'histoire commence très doucement... pour aller crescendo. Le film devient de plus en plus drôle et joyeux car, au final, la situation se décante pour les personnages. C'est exactement ce qu'on voulait !

Quel est le message principal que vous avez voulu faire passer ?
Jones : Le plus important pour nous n'est pas réellement le message. On veut que chacun interprète à sa sauce le film car sa vision peut être très personnelle. Si nous devions en citer un, c'est de prendre le contrôle de sa vie en trouvant un moment de clairvoyance. Si on est heureux avec ce que nous avons, il faut le préserver, mais si on ne l'est pas, changeons notre vie. Nous voulons principalement que les spectateurs soient surpris et heureux.

Nous voulions en savoir plus sur vous... Où vous êtes-vous rencontrés ? 
Jones : Nous travaillions ensemble dans la production publicitaire et nous voulions autre chose... En mêlant nos compétences, on a réussi à monter des projets et décidé d'aller de l'avant. Si nous avons choisi le nom collectif "Jones", c'est pour que le film parle de lui-même, sans influencer la vision du spectateur par nos noms ou ce que nous sommes. Il ne faut pas que leur vision soit obstruée par le fait que le film est le produit d'une double créativité. 

Dans quel environnement avez-vous grandi et quelles étaient vos passions petits ? 
Jones : J'ai (Michael, ndlr) grandi dans une famille normale, éduquée, dans le sud de Londres. Moi (Max, ndlr), mes parents travaillaient dans le cinéma et la publicité, ce qui m'a influencé. J'étais passionné de football et je voulais devenir écrivain... Nous sommes nostalgiques : cela fait déjà un bon bout de temps !  

Portrait chinois : Si Jones était ...
Un film : On serait notre propre film car c'est tout l'intérêt d'en faire un !
Une musique : Two hearts living in just one mind de Phil Collins, ( "Deux cœurs qui vivent dans un seul esprit" en français), par évidence musicale !
Un livre : Marelle de Cortazar parce qu'il n'a de sens que celui que chacun donne à sa lecture.
Une femme : On aimerait être Dorothy Parker parce qu'elle s'en foutait de tout et... on adore ça !
Une odeur : La douce odeur de la victoire. Parce que... pourquoi pas ?
Un sentiment : Eternuer car ça fait tellement de bien de le faire quand tu en as envie.
Une ville : Budapest pour des raisons culturelles indéniables.
Un animal : Un hibou parce qu'il est méditatif, songeur et qu'il peut voler.

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Mélanie (Nora Tschirner) et Ray (Rob Knighton) dans Everyone's going to die.  © ARP Sélection