Sur le Chemin de l'Ecole : Pascal Plisson nous raconte "son" film

Le réalisateur Pascal Plisson suit "Sur le Chemin de l'Ecole" (en salles le 25 septembre), quatre enfants à travers le monde prêts à parcourir des dizaines de kilomètres afin d'accéder à l'éducation. Rencontre avec ce cinéaste d'exception.

Sur le Chemin de l'Ecole : Interview Pascal Plisson

JournalDesFemmes.com :  Pascal Plisson, comment est née votre idée de faire un film sur des enfants prêts à tout pour aller à l'école ?
Pascal Plisson : J'ai habité plusieurs années au Kenya. Un jour, je faisais du repérage dans un lac salé appelé Magadi, quand j'ai vu arriver vers moi quatre jeunes guerriers Massaï sans armes, sans lances ni boucliers. Ils avaient juste un petit sac en bandoulière et m'ont expliqué qu'ils voulaient arrêter leur vie de guerrier pour aller à l'école. Ils étaient partis de chez eux à l'aube et avaient au moins deux heures de route pour rejoindre leur établissement scolaire.
J'ai trouvé cela génial que des enfants comme eux choisissent le chemin de l'école plutôt que celui de la guerre. Au fur et à mesure du même voyage, je me suis mis à la recherche d'enfants dans le même cas qui sillonnaient les routes pour se rendre à l'école. Je me suis dit que c'était une bonne idée de faire un film sur ces gamins du bout du monde pour qui l'école paraissait quasiment impossible, mais qui y vont quels que soient les dangers et les obstacles à franchir.

Vous avez  réalisé plusieurs documentaires sur l'Afrique. Vous êtes vous senti dans votre élément en tournant des scènes au Kenya avec Jackson et sa sœur ?
J'ai une relation avec le Kenya qui est très forte. J'aime ce pays ainsi que les gens qui y vivent et j'ai réussi à assez bien m'intégrer parmi eux. L'histoire de Jackson est venue très vite parce que je savais que dans la région nord du Kenya où il vivait, il y avait des écoles très isolées par rapport aux habitations.

Qu'est-ce qui vous a le plus séduit chez Jackson ?
Je me suis entretenu avec plusieurs enfants scolarisés dans une école au Kenya. Jackson est sorti du lot parce que j'ai immédiatement créé une relation très forte avec lui. Il m'a expliqué son parcours. Il était l'enfant le plus pauvre de l'école, celui qui habitait le plus loin et qui avait une force d'intelligence exceptionnelle (il est premier de la classe) pour un enfant de son âge. Je l'ai choisi pour son charisme. Nous sommes devenus très complices, il m'a emmené chez lui, je me suis entretenu avec sa famille et j'ai vu comment ils vivaient. Ça s'est fait naturellement.

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Pascal Plisson, Jackson et sa petite soeur Salomé. © Senator Filmverleih

Pourquoi avoir choisi ces quatre enfants? Qu'avaient-ils de si particulier ?

J'ai recruté les enfants selon deux critères. Tout d'abord leur âge (entre 9 et 12 ans) et la distance qui les sépare chaque jour de leur école (pas moins de 10 km).
Les quatre enfants avaient chacun une détermination incroyable pour aller à l'école. Nous les avons également choisis pour la relation qu'ils avaient avec leurs parents et pour leur motivation. La rencontre entre eux et moi a surtout été très forte et magique.


Pourquoi pas un cinquième enfant ?
J'aurais bien aimé avoir un personnage tout seul dans le film. Mais je n'ai pas pu m'empêcher de choisir ces personnages qui avaient tous les quatre une histoire incroyable.
J'aurais pu en prendre 5 ou même 8, mais je ne voulais pas tomber dans le documentaire "catalogue" au risque d'ennuyer le public. Je voulais plutôt rentrer dans leur histoire en profondeur et prendre le temps de vivre avec ces enfants pour qu'on les comprenne bien, notamment leur situation familiale, leurs états d'âme, la difficulté de leur trajet, leur humour aussi, leur motivation.

Le tournage a été une aventure humaine pour vous comme pour les enfants. Avez-vous noué des liens et gardé contact avec eux ?
Ça a été une aventure humaine intense parce qu'on a crée des liens très forts avec ces enfants à tel point que nous les suivons toujours aujourd'hui. Nous avons trouvé des parrains à Jackson, nous lui avons changé d'école, nous avons acheté un nouveau fauteuil à Samuel, nous leur avons construit une maison ainsi qu'à Carlito en Argentine. L'association Aide et Action au Maroc s'occupe de Zahira et de ses copines. Nous avons un très bon suivi avec les enfants, car quand je réalise un documentaire sur un sujet aussi sensible que celui-ci, je ne peux pas me permettre de seulement filmer puis partir. Et puis si le film a du succès, il y aura forcément un retour.

Justement espérez-vous une prise de conscience de la part des téléspectateurs?
Ce film devrait être projeté dans toutes les écoles du monde. Il est universel car il peut faire prendre conscience aux élèves de chez nous, plus réticents pour aller à l'école, qu'ils ont de la chance d'accéder facilement au savoir et à l'éducation.
Certains enfants en France sont parfois trop encadrés, trop infantilisés. Quand j'ai montré le film aux élèves de CM1, CM2 quelque part ils enviaient ces petits enfants déjà indépendants qui prennent des risques sans avoir leurs parents qui leur tiennent la main.