Histoire du Trophée Roses des Sables : Lydia, motarde au grand cœur

Sur ce rallye 100 % féminin, Lydia n'a pas froid aux yeux. Elle chevauche son énorme moto et nous raconte son expérience exceptionnelle du Trophée Roses des Sables 2016.

© Flash Sport

Le Journal des Femmes : Si vous deviez vous décrire en quelques mots...
Lydia Truglio Beaumont : Je suis déterminée, entière et généreuse.

Pourquoi avoir participé à cette aventure ?
Sans la moindre hésitation pour le côté humanitaire et solidaire. J'avais une seule et unique ambition celle d'acheminer tous les dons récoltés aux enfants du désert et voir le dernier contrôle de passage. Pour la petite histoire, j'ai toujours voulu faire de l'humanitaire mais les associations n'ont jamais voulu de moi (rires). Du coup, au fil des ans, depuis mes 18 ans, j'ai mis en place, à titre personnel, de nombreuses actions humanitaires : "Le tournoi de l'amitié", qui a duré 10 ans et au sein duquel je récoltais des dons financiers pour aider les enfants du Bénin par l'intermédiaire d'un prêtre. Ou encore les hôpitaux mobiles en Afrique avec le docteur Claude Alexandre. A l'époque j'avais carrément crée le "YFCB", c'est-à-dire le Yannick Football Club du Bénin, en l'hommage de mon frère chéri, et j'envoyais des dons et fringues de football, via les prêtres qui venaient l'été dans mon village. 18 ans se sont écoulés depuis mes premières actions solidaires. Aujourd'hui, je voulais entremêler ma passion moto avec mon cœur. Voilà pourquoi j'ai choisi de participer à ce rallye-raid. Avec ma participation en solitaire, je voulais également transmettre un peu de la magie qui est en moi depuis tant d'années, et qui résume finalement très bien mes principes de vie et de motivations pour ce trip en 2016 : amour, partage, solidarité, tolérance et voyage.

Que ressentiez-vous au départ du Trophée à Biarritz ? Et à l'arrivée à Marrakech ?

Je suis arrivée toute seule avec ma moto et mes nombreux cartons de dons. Je ne savais pas trop ce que je faisais là en fait. Je commençais à réaliser peut-être. J'ai suivi le fil de l'organisation, et je me suis laissée guider pour effectuer les démarches. Ensuite, je n'avais qu'une seule chose en tête : transporter mes dons. Une nouvelle course dans la course a vu le jour. Du coup, la peur s'est évaporée petit à petit, et le contact avec les roses était établi. A Marrakech, j'avoue que j'étais complètement déboussolée et apeurée.

Lydia, à l'arrivée du Trophée Roses des Sables © Flash Sport

Quel a été votre meilleur moment ? Votre plus belle rencontre ?

Il m'est difficile de choisir un moment, une rencontre pour être honnête car pendant ce rallye-raid, j'ai eu la chance de rencontrer des femmes exceptionnelles, des femmes de cœur, des bénévoles hors du commun et des enfants merveilleux au village du désert. La beauté et la magie de mon aventure passent par ces rencontres et les différents échanges de solidarité et de partage que nous avons vécu ensemble. Je suis incapable de choisir entre les enfants, les bénévoles ou les Roses. Pour moi c'est un tout ! C'est l'ensemble de nos associations, qui font, que le trophée dégage cette magie humaine.

Votre plus grande difficulté ?
Elle est survenue lors de l'étape d'orientation. En fait, ce jour là, tout allait pour le mieux jusqu'au moment où tout a basculé... Les 100 premiers kilomètres se passent à merveille. Je reste en solo, je me concentre et je garde le cap. Arrivée face à un oued très mou et à des dunettes, je m'arrête et j'ai un vrai doute... Je prends le cap à plusieurs reprises et pense apercevoir la cabane notée sur la case du road book. Les filles du team Edelweiss, au 4x4 jaune magnifique, qui m'ont aidé à transporter 75% de mes dons, pensent comme moi. Nous partons donc toutes les trois dans la... mauvaise direction ! Les pauvres, elles vont casser et désaxer une roue dans l'oued ! Solidaire, je vais rester avec elles une bonne heure en attendant l'assistance puis je vais m'assurer que tout est ok avant de repartir. Malheureusement, à force de tourner et virer dans l'oued pour trouver de l'aide j'ai perdu le nord. Je vois la nuit arriver et je vois aussi qu'il me reste plus de 60 kilomètres à parcourir. Je vois aussi mon essence mis à mal avec mes nombreux détours. Je reste positive et commence à reprendre la route vers le bon cap cette fois-ci. Je croise sur ma route, l'équipage des Roses Bleues, qui elles aussi, sont un peu en retard. A la vue de la tombée de la nuit, on décide de se serrer les coudes et de terminer l'étape ensemble. Et quelle bonne idée ! Que vous dire, elles m'ont sauvé en plein désert. C'est le seul équipage qui avait un 4x4 à essence et non à Diesel ! Ma bonne étoile était là pour moi à ce moment là, elle m'a protégé de tout. Car la suite est bien moins drôle. En effet, après m'avoir sauvé de la panne d'essence, les filles et moi nous avons continué notre chemin dans le nord absolu. Finie la belle pleine lune et bonjour le brouillard et les nuages. Je ne voyais donc plus rien, voir strictement rien. Les filles me suivaient comme elles le pouvaient et m'aidaient comme elles ont pu. Car, évidemment, la route n'était pas une piste facile mais un oued très mou, suivi de dunettes et de barbelés... Elles ne pouvaient pas m'éclairer car si elles se mettaient devant je ne voyais rien avec la poussière et le sable et ayant dû ôter mon masque, j'avais tout directement dans les yeux. Il en est de même dans l'autre sens, je balançais aussi de la poussière, elles ne voyaient rien et donc ne pouvaient pas me suivre de trop près en cas de chute de ma part. Un tableau qui se noircit au fur et à mesure des kilomètres parcourus dans le noir le plus complet. Toutefois, après une petite chute dans le sable, à la vue d'hommes venus de nulle part nous observer, j'ai eu peur. Non pas pour moi, car je ressemble à un cosmonaute avec mon équipement, mais j'ai eu peur pour les filles, car elles étaient très jolies, et les hommes nous regardaient sans bouger et sans nous aider à relever ma moto. En deux temps, trois mouvements, j'ai analysé la situation et j'ai pris sur moi. J'ai pris la décision de continuer et d'y arriver. J'ai pris la décision de le faire, de passer le oued et les dunes de nuit sans aucune visibilité à fond. J'ai relevé ma moto tel Hulk et j'ai mis la poignée en coin. À partir de ce moment là, nous avons bravé tous les obstacles sans encombre jusqu'à l'arrivée au Bivouac. Un exploit, un dépassement de moi-même, un épisode difficile à narrer, une étape éprouvante qui marquera à jamais un déclic personnel "celui de croire en moi, et en mon pilotage". Je l'ai fait malgré la difficulté, je l'ai fait ! 

Qu'est-ce que l'aventure vous a apporté ? Vous a-t-elle changé ?

Une richesse inestimable... En fait, je suis venue pour aider les enfants à l'origine, y déposer un petit grain de sable, et  je repars avec la plus belle des richesses : l'amour des enfants et aussi l'amitié, la solidarité et le partage entre roses. Encore sous l'émotion, je dirais que l'aventure ne m'a pas vraiment changé mais elle m'a redonné la foi en l'humanité. Quand j'ai vu cette solidarité, cette entraide et le soutien mutuel, j'ai compris que chaque homme et femme portait encore "son héros" en lui. 

Que diriez-vous aux femmes qui hésitent à participer ?

Vivez vos rêves, ne les rêvez pas (citation de "je sais plus"), la vie est bien trop courte pour la laisser filer...

La motarde de l'aventure © Flash Sport