Isabelle Patissier, la reine du désert

Elle grimpait aux parois comme un chat. Elle pilote les voitures comme un chef. Le Journal des Femmes a rencontré l'ancienne championne d'escalade, Isabelle Patissier, tout juste de retour du Silk Way, un rallye-raid plutôt rude en Russie.

Isabelle Patissier escalade les dunes

Isabelle Patissier...spécialisée en désert... Après avoir escaladé comme un chat toutes les falaises du monde, notre championne accrochée aux parois les plus abruptes qui nous a tant fait rêver et frissonner dans les années 90, pilote désormais comme un chef des autos body-buildées, de préférence sur les dunes. Magnétisée par le désert, Isabelle Patissier a raccroché les crampons mais pas la passion, notamment automobile, le nouveau moteur – c'est le cas de le dire - de sa vie depuis 2002.

Escaladez-vous encore de temps en temps ?
I.P. : Non. En 1994, j'ai décidé de complètement arrêter et de découvrir autre chose. Je me suis investie pendant 25 ans dans l'escalade. Je passais 10h par jour à m'entraîner. Alors après avoir gagné toutes les plus belles compétitions, j'ai décidé de prendre une année de repos et de passer à autre chose. J'ai repris la fac de psycho et suivi l'étude du comportement animal car j'avais besoin de me prouver que j'étais toujours dans le coup intellectuellement aussi. Puis j'ai passé les baskets de tennis et me suis mise au footing. Retrouver le quotidien a été très difficile à gérer pour moi. En même temps, je me sentais libre, loin des contraintes de la compétition de haut niveau qui demande tant d'investissement et de sacrifices.

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" J'ai gardé la même ligne de conduite que lorsque j'avais 20 ans " © I.Patissier

A quoi ressemble votre quotidien ?
I.P. : Mes copines me disent souvent qu'elles ne pourraient pas vivre comme moi, toujours en marge. Et moi je leur dis que je ne pourrais pas vivre comme elles, avec des heures de bureau et dans une société où tout est fait pour ne pas avoir le moral ! Du coup, je suis à l'image de mes parents qui, à 75 ans, marchent 5 heures tous les jours. J'ai besoin de bouger, d'avoir des projets, d'être passionnée, de rôder, de voyager. Je vis dans le sud, à Aix-en-Provence ou en Andorre car j'ai besoin de soleil, c'est vital pour moi. Je cours trois fois par semaine entre 30 et 40 minutes. Ma philosophie : ne pas prendre de poids et ne pas dépasser mes 50kg de l'époque où j'escaladais. (ndlr, 1.72m pour 50 kg). Globalement, tout ce qui est bon en goût est mauvais pour les kilos... J'ai besoin de cette hygiène de vie pour être bien dans mon corps et dans ma tête. Quand on fait du sport à haut niveau, on fait obligatoirement attention à sa ligne. Quand on arrête, on a déjà beaucoup plus de tentations...

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" Je sais que je ne gagnerai jamais le Dakar. C'est important de connaître ses limites " © I.Patissier

Je suppose que cette hygiène de vie vous permet d'assurer sur les rallye-raids...
I.P. : Bien sûr ! J'ai participé dix fois au Dakar et quand vous ne dormez que 4h par nuit pendant quinze jours, la prépa physique aide grandement à tenir le rythme.

Pourquoi vous êtes-vous lancée
dans la course automobile ?

I.P. : Cela faisait longtemps que j'en rêvais. Ca ne s'explique pas. C'est une attirance. Même si je sais que je ne gagnerais jamais le Dakar, l'adrénaline du sport auto me plaît. Comme en escalade, il faut anticiper et déchiffrer le terrain. Dans l'univers auto, j'aime aussi trouver des sponsors et préparer mon volant. Car pas question d'attendre celui d'une équipe d'usine ! Il ne tombera jamais !


Quel est le dernier rallye raid auquel vous avez participé ?
I.P. : Le Silk Way en Russie. J'avais envie de découvrir les dunes Russes et de baptiser un buggy body-buildé né de l'imagination de mon co-pilote et compagnon, Thierry Delli-Zotti. L'idée nous est venue après l'essai d'un kartcross. On s'est dit qu'il faudrait conserver ce plaisir de piloter un engin léger mais doté d'un moteur fantastique, tout en lui donnant l'endurance et la fiabilité du rallye-raid... Thierry s'est alors mis au travail. A la clé, un tout petit buggy, basé sur un châssis de Clio RS, mais propulsé par un moteur 1100cc de Honda XX, et qui pèse seulement 750 kg pour environ 155 chevaux. Dans les gués, nous n'étions pas les mieux lotis, en revanche, sur le sable, il vole ! Malheureusement, nous avons eu un problème de suspension et n'avons tenu que trois jours de course sur six. Nous avons essuyé les premiers plâtres. Ne reste qu'à le retravailler un peu...


Que pensez-vous des rallyes 100% féminins ?
I.P. : Disons que je trouve dommage de ne mettre que des filles. La mixité devrait être de mise car c'est difficile au niveau mécanique. Pourtant j'ai baigné dans l'univers auto mais je serais bien incapable de savoir d'où vient la panne et surtout de la réparer. Et puis, c'est difficile de trouver à la fois une bonne navigatrice et une bonne mécanicienne. 


...Et des rallyes de régularité ?
I.P. : Pas question ! J'aime trop le chrono !


Vos autres passions ?
Faire de grandes virées me plait beaucoup aujourd'hui. Grâce au nouveau Dakar qui se déroule en Amérique du Sud, j'ai pu découvrir pendant une semaine l'Argentine. C'est agréable de sa balader et de passer du temps dans une autre civilisation aussi charmante et souriante que celle-ci. Vous voyez, je ne fais pas que rouler à bloc sur des pistes ! J'adore également l'aviation. D'ailleurs, je possède un brevet de pilote. Mon rêve ? Aller jusqu'aux USA en ULM. Enfin, j'ai beaucoup de copains dans le bateau qui font Brest-New-York en 4 jours. Alors traverser l'Atlantique en Trimaran, j'en brûle d'envie ! Mon frère, de trois ans mon aîné, s'apprête à faire le tour du monde en bateau avec femme et enfants. Décidément, nous sommes des aventuriers dans la famille !