Jardin de montagne : ce qu'il faut savoir pour l'aménager

Grands espaces, vue magnifique sur les sommets enneigés... La montagne fait rêver. Sa flore tout autant que sa faune sont sources de dépaysement. Mon confrère paysagiste, l’Expert Jardins Patrick Jacob, basé dans le magnifique cadre montagneux du parc du Mercantour, donne toutes ses astuces pour apporter un petit air alpin à un cocon de verdure.

Un jardin en altitude est-il très différent, d’un jardin classique ? Quelles sont les contraintes auxquelles on doit se plier ? Y a-t-il des "fondamentaux du jardinage d’altitude" à connaître ?
Patrick Jacob : Terrain en pente, difficulté d’accès… A ces contraintes, s’ajoute la rigueur du climat qui modifie le rythme de pousse des végétaux. Ils doivent souvent supporter de grands écarts de température entre des hivers très froids où la température peut descendre jusqu’à -10°C, et des étés où il n’est pas rare que le thermomètre affiche +30°C. De même, entretenir son jardin doit suivre un calendrier un peu plus rigoureux pour ne pas se laisser surprendre par les premiers frimas ! De mai à octobre, l’activité est la plus intense : on sème, plante, taille… mais on va aussi préparer les variétés de plantes les plus fragiles afin qu’elles passent l’hiver sans encombre, une opération dénommée "hivernage".

Les hivers sont rigoureux, comment protéger son jardin pour qu’il retrouve toute sa splendeur en été ?
En utilisant les bonnes espèces, on limite dans un premier temps le risque de les voir mourir à cause du climat. Si vous craquez pour un joli palmier, c’est à vos risques et périls ! Si vous souhaitez tout de même tenter votre chance, il faudra mettre en place un paillage automnal pour le protéger. Ce dernier est très simple à réaliser soit même, il suffit de conserver les feuilles et branches (coupées en petits tronçons) issues de la taille. On les dispose ensuite au pied des arbres ou des massifs pour générer un tapis protecteur. En se décomposant, ce paillage préservera et nourrira la plante en créant de l’humus. Les paillages classiques à base de paille ou de broyat d’écorces (mulsch) fonctionnent également dans ce cadre.

Justement, y a-t-il des variétés de plantes à privilégier ou à éviter ?
Tout est possible à partir du moment où on ne choisit pas des variétés trop fragiles ou qu’elles bénéficient de la bonne protection. Pour une palette végétale bien adaptée, on va privilégier les espèces « endémiques » : des résineux (pin mugo, sapin blanc…), des feuillus résistants comme le boulot, le freine ou encore l’érable pour une touche d’exotisme venue du Canada ! Au niveau des plantes fleuries, on choisira des vivaces apportant un festival de couleurs à la belle saison : lupins, delphinium, "échinacées"… Ces variétés vont venir égayer le jardin et résistent aux écarts de températures. Et il ne faut pas oublier la pelouse ! On privilégiera des gazons "plurispécifiques" : contenant plusieurs espèces d’herbes, ils donneront un effet "prairie rustique" permettant ainsi de conserver le vert de son gazon malgré la variation des conditions climatiques au fil des mois.

On peut aussi imaginer un potager vivrier qui utilisera, là encore, des variétés de fruits et légumes endémiques, plus résistantes. On les installera de préférence en escalier pour respecter l’équilibre géologique du site. Pour cela, on crée de petits murets horizontaux, qui ont en outre l’avantage de faciliter l’accès aux différentes zones du potager et de simplifier ainsi son exploitation.

Comment mettre en valeur une belle vue sur les montagnes alentours ?
La manière la plus efficace consistera à fondre les limites du jardin avec son environnement, notamment en utilisant des variétés locales de plantes. Ensuite, on fera entrer la lumière en réalisant un élagage soigné et régulier qui accompagnera la croissance de l’arbre et permettra de mettre le jardin en perspective avec son entourage.

Auriez-vous quelques jolis jardins d’altitude à nous recommander dans votre région (Alpes-Maritimes) ?
Il existe de très beaux jardins d’altitude que l’on peut visiter dans les Alpes Maritimes. Un bon exemple est le Jardin du col du Lautaret, dans les basses Alpes. Il s’agit d’un jardin d’étude créé par la Faculté de Sciences de Grenoble. Ce jardin est ouvert au public et présente des exemples concrets de combinaisons végétales. Sur une zone restreinte, le jardin regroupe toutes les variétés de plantes poussant à travers le monde à cette altitude. Une source d’inspiration inépuisable venue des Andes, des hauts plateaux africains ou de l’Himalaya et qui s’adapte parfaitement à nos climats ! En complément, on peut aussi visiter l’Arboretum de Roure pour bien connaître tous les types d’essences de la palette végétale montagnarde.

Patrick Jacob est Expert Jardins dans les Alpes-Maritimes : Paysage Environnement
En partenariat avec les Experts Jardins.

Images © Expert Jardins – Paysage Environnement