En mai, fais ce qu'il te plaît mais surtout, ne lâche pas ton jardin

"J’ai descendu dans mon jardin, pour y bosser soir et matin !" Telle est la petite ritournelle qui nous trotte dans la tête sitôt la fête du travail passée. C’est le joli mois de mai et ce n’est vraiment pas le moment de mettre ses deux pieds dans le même sabot ou la même botte (suivant son choix de tenue). Alors que fait-on ce mois-ci ? Quelques explications, épuisantes même en les lisant.

Non, non, ne fuyez pas, que cela reste un plaisir quand même. Mais il est vrai qu’avec le réchauffement des températures (un peu discret me direz-vous en ce moment), le jardin, et surtout le potager, s’affole un peu.

Procédons par ordre d’importance, nous y verrons plus clair et égrenons au fil de cette chronique quelques commandements pour passer un mois de mai charmant mais néanmoins laborieux.

Les herbes que tu n’aimes pas tu ôteras, mais celles qui te plaisent tu garderas

Remarquez que je n’ai pas employé le terme "mauvaises herbes" qui m’insupporte plutôt car, me concernant, elles n’existent pas… Il est vrai que j’emploie la technique du faux semis pour éliminer les indésirables des carrés cultivés. Pour les allées, la tonte est plutôt sélective et vous devriez voir la tête de mes voisins qui me voient slalomer avec ma tondeuse manuelle et mon coupe bordure pour préserver coquelicots, boutons d’or et autres adventices qui me plaisent et après tout ne dérangent personne et font le potager joli.

Le faux semis (je l’ai vu cet œil interrogatif, si si…) : il s’agit en fait de travailler le sol en vue de semis, de plantations ou de repiquage (donc comme nous l’avons préconisé ultérieurement, pas plus de 20 cm de profondeur, à la fourche bêche ou la fourche bio ou grelinette), de l’affiner au râteau et de l’arroser afin qu’elle réagisse comme si vous aviez déjà semé. Les graines et restes de racines se mettent donc à germer et à pousser. Ensuite, il ne vous reste plus qu’à biner les indésirables pour obtenir une surface exploitable ou vous aurez peu de travail de désherbage, ce qui préservera votre dos, votre temps et vos nerfs, croyez-moi sur parole.

Semer trop dru point tu ne feras

Il est vrai que dans tous les guides de jardinage que vous pouvez consulter actuellement, il vous est conseillé de semer abondamment et d’éclaircir ensuite.

Bon, what else ? Pas d’autres conseils pour nous ruiner ? Donc je prends mon temps pour semer clair, j’économise les semences et je ne détruis pas la moitié de ma récolte… CQFD.

Au bon moment tu sèmeras

Il est vrai qu’avec la profusion de plants que nous étalent les jardineries depuis début mars, on serait tenté de mettre en place ses tomates, ses courgettes, ses cucurbitacées (non, ce n’est pas une insulte) dès le début de la saison. Il faut savoir que raisonnablement, c’est en mars que l’on sème les tomates mais sous abri. Même combats pour les courges. Le truc, c’est attendre que le sol se réchauffe et que l’ensoleillement soit suffisant. Je sais, je sais, nous jardiniers sommes souvent impatients de voir grandir nos petits légumes chéris mais il faut ronger son frein, surtout cette année avec les températures assez basses de ce début de printemps, car la production pâtirait d’un manque de chaleur et vous seriez bien déçu de ne récolter que de maigrichons potimarrons ou de pâlottes tomates.

Un petit récapitulatif des bonnes dates (enfin les miennes en tout cas) pour s’atteler à tout cela :

  • Poireau : on sème jusqu’au milieu du printemps sans problème, on repique deux mois après environ.
  • Chou frisé : plutôt fin de printemps. C’est un légume de fin de saison.
  • Chou-fleur : tout dépend de la date de récolte que vous souhaitez et de la variété. Pour en avoir l’été (variété Idole, par exemple), on sème mi-printemps ; pour l’automne (Violet Queen ou Merveille de Toutes Saisons), fin de printemps ; pour l’hiver (Wainfleet ou Purple Cape si on veut un peu de couleur).
  • Laitue : semis échelonné à partir du début du printemps et jusqu’à l’automne (bien pratique, pour ceux qui suivent, nous en avons déjà parlé).
  • Epinard : semis successifs du début à la fin du printemps.
  • Betterave : on échelonne du début du printemps au début de l’été comme ça, on en profite longtemps.
  • Navet : début de printemps et été suivant les variétés.
  • Carotte : succession de semis jusqu’au début de l’été.
  • Topinambour : lâchez-vous tout le printemps.
  • Panais : pareil, même punition.
  • Pomme de terre : alors là plusieurs écoles ! Celle de mon père, jardinier bio avant l’heure, qui dès le début du printemps et peu importe la météo, les plante directement sur buttes. Et la mienne : je réalise les buttes, les ouvre pour que la terre se réchauffe et ensuite plante les semis (environ un mois de décalage). Il est sûr que côté primeurs, je suis un peu à la bourre mais niveau rendement, bien meilleur. Donc là, dilemme : je vous laisse vous débrouiller.
  • Haricot (vert ou autres) : là, pas le choix, ils ne doivent pas sortir du sol avant la fin définitive des gelées. Donc on attend patiemment la bonne fin du printemps pour mettre tout cela en place. Don’t worry, la pousse est extrêmement rapide.

Si vous notez des oublis, n’hésitez pas à me demander.

La précieuse eau tu économiseras

Nous en avons déjà parlé dans la précédente chronique donc rapidement, quelques gestes précieux en ce mois de mai :

  • Privilégier les plantes sobres et peu demandeuses en arrosage comme la pomme de terre, l’ail, l’asperge, le topinambour, etc.
  • Planter les arbustes en automne. Ainsi ils se seront bien installés au printemps et seront moins gourmands en eau.
  • Récupérer l’eau de pluie, évidemment.
  • Pailler les cultures. Je ne le dirai jamais assez : paillez, paillez, paillez !
  • Arroser au bon moment : tout début ou toute fin de journée lorsque les gelées ne sont plus à craindre, ça évite l’évaporation directe des arrosages.

Voilà pour cette fois-ci. Je vous laisse retourner à votre jardin mais attention, je surveille ! On ne faiblit pas. Go, go, go ! Pas un instant à perdre ! Et surtout, restez raisonnable - ça fait du bien à la nature et à soi-même -, souriez le plus possible, mangez sain et local, sortez vos tee-shirts et prenez soin de vous et des vôtres.

Images © Gérard Delcuze