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Interview
Décembre 2007
"Les otaries ont le caractère d'un jack-russell !"
Comment avez-vous choisi de vous orienter vers la photographie animalière ? J'ai démarré cette spécialité de photographe animalier il y a une quinzaine d'années. Comme pour beaucoup de choses, cet intérêt est arrivé un peu par hasard. J'étais dans un registre publicitaire assez classique. Un jour, j'ai reçu une commande pour une photo de chimpanzé : c'est là que j'ai été amené à travailler avec Georges. La prise de vue m'a tellement étonné que j'ai eu envie de poursuivre dans cette direction. L'animal n'était pas très coopératif jusqu'au moment où j'ai voulu remballer le matériel, me disant que cela ne servait plus à rien de continuer après 4h de prise de vues. Il me tournait même le dos ! Et au dernier moment, il a daigné tourner la tête en me regardant et j'ai eu l'occasion de faire ces quelques clichés inoubliables. Les publicitaires ont par la suite été emballés !
Deux très belles campagnes pour des marques d'alcool, notamment. La première, où l'on peut voir le produit ingéré par une autruche : il s'agissait d'une campagne très intelligente, où le produit n'apparaissait pas tel quel, mais on pouvait le reconnaître par sa forme. Et puis, une autre très belle campagne où étaient mis en scène ours et pélicans. J'ai également travaillé à un moment pour les peintures de la marque Valentine, avec les mises en scène de panthères en couleurs, mais aussi pour des marques de pet food, comme Whiskas. Actuellement, je collabore à plusieurs projets avec Purina One.
Combien de temps vous a-t-il fallu pour réunir toutes ces photos ? Avec mon amie, nous avons fait une espèce d'arrêt sur image, sur le travail que j'ai effectué ces dernières années. Nous avons fait une sélection parmi des milliers de photos, dont la finalité à la base n'était pas de faire un livre. Le tri était très difficile, car j'avais des milliers d'archives, par exemple, plus de 400 photos pour le chimpanzé Georges : imaginez ce que cela représente pour les 75 autres animaux du livre !
On avait en fait plusieurs possibilités, mais c'est l'éditeur qui a pris la décision finale. Moi j'avais des affinités avec des titres du genre "Du coq à l'âne", un titre léger, car le livre est finalement destiné aux familles et aux enfants : un regard amusé mais non caricatural sur les animaux. L'animal est juste lui-même sur les photos. J'ai pensé également à "Un air de famille", mais finalement "Portraits de famille" rappelle que l'on est tous de la même famille, des mammifères, des êtres vivants sur Terre.
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, les prises de vue les plus difficiles sont celles que l'on réalise avec des chats ou des chiens. En plus, les clients ne voient souvent pas pourquoi on doit passer une demi-journée de shooting avec un animal domestique, qui a priori est plus facile. Les chats persans et angora, par exemple, sont parmi les plus difficiles à photographier et ce ne sont pas forcément les plus expressifs : pour ma part, je préfère travailler avec des chats de "type européen". Les rouquins, je ne sais pourquoi, s'en sortent plutôt bien.
Le chat Eclair, lui, est un animal exceptionnel ! Il participe, il court, il saute lorsqu'on le lui demande, il a envie de faire ce travail ! Les otaries sont également très joueuses, naturellement : ce sont des animaux de 200 kg qui ont le caractère d'un jack-russell !
En commençant à travailler avec les animaux, j'ai retrouvé cette fascination enfantine que j'avais plus jeune, lorsque je jouais avec mon chat. La même que celle qu'a aujourd'hui ma fille de 4 ans.
Cela dépend de l'animal. Les otaries par exemple peuvent traverser la route et entrer normalement dans le studio. Quand il s'agit d'un lion ou d'un tigre, on monte un tunnel qui va du camion au studio, en recréant le même contexte qu'au cirque. L'animal entre ensuite directement dans le studio, autour d'un périmètre ultra sécurisé. Pour l'ours, c'est différent, on le fait entrer comme pour d'autres animaux, directement dans sa cage, sa "maison". Dès qu'il y a un problème, l'animal s'y réfugie.
C'est un peu diffus. Je ressens ce que disais à propos de mes souvenirs d'enfance. Je revis cette proximité avec les animaux. Le jour où j'ai fais les photos avec les renards, j'ai mis ma main dans la fourrure de l'animal, après l'accord du dresseur, et j'ai ressenti une sensation extraordinaire. J'ai aujourd'hui en mémoire cette sensation tactile. J'ai le souvenir de ce poil qui a une bonne tenue en surface et dès que l'on passe dessous, devient chaud et doux. Toute cette sensation, je l'ai mémorisée. J'ai aussi dans un autre registre, le souvenir d'un berger allemand qui ne supportait pas les flashs, ce qui est assez rare chez des animaux bien dressés. Lui, à chaque déclenchement aboyait et semblait vouloir mordre la lumière !
J'ai souvent tendance à dire que c'est Georges, le chimpanzé. Quand je l'ai rencontré, j'étais totalement ignorant des prises de vues animalières. Je me suis retrouvé avec ce singe qui avait l'habitude de travailler en studio et moi qui n'avait aucune connaissance du travail avec les animaux. A la fin de la séance, il est descendu du cube et m'a mordu le pied en passant devant moi, histoire de dire "toi, tu m'as bien embêté !". C'est pendant cette séance que j'ai reçu les clés pour comprendre comment travailler avec les animaux. Il ne faut pas oublier ce qu'on doit aux uns et aux autres. Entre l'homme et le singe, il y a une similitude au niveau de la psychologie : c'est à Georges en tout cas que je dois toutes ces années de travail.
En savoir plus sur le blog de Gérard Rollando et Marie-Astrid Bailly-Maître
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